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L'Ecole Médiane

Tous les êtres du monde jouissent d'une forme de conduite propre au degré de développement qu'ils ont atteint. Ces formes spécifiques correspondent à leurs différents degrés de l'existence.
Il nous est possible de préciser et de distinguer notre position parmi les différents êtres de ce monde. Nous savons que les plantes sont sous l'emprise des forces déterminantes de la nature, tout en développant des réactions de développement vis - à - vis des changements dans leur environnement.

Quand nous analysons les propriétés des animaux, nous remarquons qu'ils possèdent des attributs tout à fait différents de ceux des plantes. Pour obtenir leur nourriture, les animaux, doivent s'engager dans toute une série d'activités, car la nature ne les invite pas à un festin où tous leurs besoins alimentaires sont satisfaits. Les animaux ont besoin de certains outils et moyens dans leurs efforts pour obtenir de la nourriture et la nature les leur a donnés.

Bien que les animaux soient sujets à la forte attraction des instincts et sont en ce sens des êtres soumis, ils jouissent d'une certaine liberté qui leur permet jusqu'à un certain point de se libérer de la dure emprise de la nature.

Les scientifiques sont d'avis que plus la structure naturelle des animaux est faible, plus forts sont leurs instincts et plus ils bénéficient de l'aide directe et de la protection de la nature.
Réciproquement, mieux ils sont équipés en pouvoir sensoriels et conceptuels, et plus élevé est leur degré d'indépendance, moins ils sont guidés par leurs instincts.

Dans la première période de sa vie, l'enfant est sous la totale protection de ses parents; quand il grandit, il sort progressivement de leur supervision.

L'Homme qui a atteint le plus haut niveau de développement en étant le seul être possédant la faculté de discernement et de volonté indépendante, a un niveau relativement bas de pouvoir instinctuel. Les capacités de ses sens s'affaiblissent au fur et à mesure qu'il progresse dans sa liberté.

La nature satisfait de diverses façons les différents besoins des plantes. Dans le monde animal, bien que la mère ait à fournir des efforts pour porter, nourrir et protéger sa progéniture, l'instinct apparaît très tôt en le jeune et la mère n'a pas trop de soucis à se faire pour leur éducation. Mais dans le cas de l'homme, nous voyons qu'il n'a pas d'instincts naturels puissants et son pouvoir de résistance aux facteurs environnants défavorables est très inférieur à celui des animaux.

Ainsi sa dépendance de ses parents continue pendant de longues années avant qu'il n'atteigne l'auto suffisance et qu'il ne puisse se tenir debout sur ses propres jambes.
Le noble Coran parle clairement de la faiblesse de l'homme et de son impuissance.

“L’Homme a été créé faible et impuissant” Coran, sourate 4, verset 28

La nature a livré l'homme à ses propres desseins plus qu'elle ne l'a fait avec l'animal. D'une part nous voyons en l'homme une preuve de liberté et l'émergence d'une capacité d'acquérir une conscience et d'autre part un accroissement dans la dépendance et le besoin. Tout en jouissant d'une liberté relative, l'homme est de plus en plus entraîné dans le tourbillon de la nécessité.

Cette variété de situations des différents ordres de création constituent d'après certains penseurs, des facteurs de développement et de croissance. Plus loin l'être avance dans l'échelle du progrès, plus il s'approche de la liberté. C'est précisément la nécessité et l'absence d'équilibre inné qui permettent à la croissance et au progrès d'avoir lieu.

Pour que le choix et le libre arbitre s'expriment, il doit exister un facteur s'opposant à l'instinct naturel. L'Homme sera alors pris entre deux pôles opposés, chacun d'entre eux cherchant à le soumettre à lui, de façon qu'il est obligé de choisir son chemin librement, consciemment et en comptant sur ses propres efforts et ressources; libre de tous les facteurs déterminants et des préjugés mentaux, il commence le travail de sa formation et de son développement sur la base des principes et critères spécifiques. Une fois confronté à cet élément de contradiction, l'homme ne peut atteindre l'équilibre ou choisir un chemin convenable en agissant en automate ou en s'abstenant de tout effort.

En portant le fardeau du pacte divin, ce cadeau que les cieux et la terre ont été incapables de recevoir, et s'avérant seul digne de l'accepter, l'homme est confronté à deux choix seulement dans sa lutte et ses efforts. Soit il devient prisonnier de l'instinct et du désir, en se dégradant ainsi et en s'avilissant. Et soit, puisant dans toutes ses capacités de décision, pensée et volonté, il se lance sur le chemin du progrès et du développement et commence à s'élever.

* * *

Chaque fois qu'un être se libère de l'obéissance à ses instincts, et jette les chaînes de la servitude et commence à faire usage aussi bien de ses capacités innées que de ses capacités acquises, ses facultés sensorielles s'affaiblissent et ses capacités naturelles diminuent.

La raison en est que tout organe ou toute capacité laissée stagnante et non utilisée chez un être humain tend à s'annuler. Réciproquement, plus intensive est l'utilisation d'un organe, plus il grandit et gagne de l'énergie.

Ainsi la lumière de la volonté créatrice et consciente de l'homme, inspirée par la puissance de la raison et du discernement, éclaire son chemin et détermine ses actions, son pouvoir de pensée, lui permettant de découvrir de nouvelles vérités et réalités.

De plus, l'état d'hésitation et d'égarement de l'homme entre deux pôles opposés le pousse à réfléchir et à raisonner de façon qu'il puisse distinguer le bon chemin du mauvais. Ceci active ses facultés mentales, renforce ses capacités de réflexion, et le dote d'un meilleur degré de vitalité et de mouvement.

La propreté, le désir de la liberté, la science et la civilisation, tous ceux - ci sont le résultat direct de l'exercice du libre arbitre de l'homme. Une fois que l'homme atteint la liberté et continue ses nécessaires efforts, il peut avancer rapidement dans le processus de progrès et la découverte de tous les aspects de sa nature essentielle innée. Lorsqu'il atteint sa maturité et ses pleines capacités, il sera transformé en une source de bénéfice et de vertu pour la société.

Nous voyons partout les résultats du libre arbitre, et le combat qui est livré à ses partisans par ceux qui s'y opposent est en soi une indication que ces derniers l'acceptent implicitement.

Voyons maintenant quelles sont les limites du pouvoir du choix de l'homme et jusqu'à quel point il s'exerce. Le point de vue du Chi'isme, qui est tiré du Coran et des paroles des Imams, est une troisième école, intermédiaire entre les déterministes et les partisans du libre arbitre absolu.

Cette école ne souffre pas des inadéquations et faiblesses du déterminisme qui contredit la raison, la conscience et tous les autres critères d'éthique ou sociaux et nie la justice de Dieu en lui attribuant toutes les atrocités et les injustices qui ont lieu, ni de l'affirmation de l'absolu libre arbitre qui nie l'universalité de la puissance de Dieu et rejette l'unité des actes de Dieu. Il est évident que nos actes volontaires diffèrent des mouvements du soleil, de la lune et de la terre, ou des mouvements des plantes et animaux.

Le pouvoir de la volonté vient de nous mêmes et nous rend capable de faire ou de ne pas faire un acte donné, nous donnant ainsi la liberté de choix. Notre capacité de choisir librement de commettre de bons ou de mauvais actes provient de notre capacité de discernement. Nous devons utiliser consciencieusement notre don du libre arbitre: nous devons d'abord réfléchir de façon mûre et posée, peser les choses avec précision, et ensuite faire un choix calculé. La volonté de Dieu est que nous devrions faire usage de notre liberté dans le monde qu'il a créé, d'un usage conscient et éveillé.

Tout ce que nous faisons est inclus dans la sphère de la volonté et de la connaissance antérieure de Dieu. Tous les aspects de la vie, tout ce qui touche à la destinée de l'homme est limité et conditionné par sa connaissance; tout est défini dans des limites préexistantes déjà dans la connaissance de Dieu. De plus, nous ne sommes à aucun instant libre de cette essence à laquelle nous sommes reliés, et l'usage de la puissance naturelle de notre être est impossible sans l'aide de Dieu.

Avec son pouvoir écrasant et suprême, il nous surveille attentivement, et de façon inimaginable, il a la totale souveraineté sur toutes nos intentions et actes.

Finalement, notre libre arbitre ne peut aller au delà des limites de l'ordre établi par Dieu dans cette création, et il ne pose aucun problème par rapport à l'unité des actes de Dieu.

Tout en étant capable de créer des effets dans ce monde grâce à sa volonté, l'homme est lui- même soumis à toute une série de lois naturelles.

Ce n'est pas lui qui décide de venir au monde et ce n'est pas lui non plus qui décide de le quitter.

Il vient à ce monde sans son avis, et ferme ses yeux à ce monde sans aucun désir de le faire. La nature l'a pourvu d'instincts et de besoins. La liberté produit en lui une créativité qui lui permet de subjuguer la nature et de dominer son environnement.

L'Imam Ja’far as-Sadiq - Que la paix soit sur lui a dit:
“Ni déterminisme, ni libre arbitre, la vérité est en fait entre les deux”.1

Il a ainsi le libre arbitre, mais il n'est pas total, car supposer une sphère séparée à l'homme équivaudrait à attribuer à Dieu un partenaire dans ses actes. Le libre arbitre dont jouit l'homme est voulu par le créateur de la nature et le commandement de Dieu se manifeste sous forme de normes qui gouvernent l'homme et la nature, les relations naturelles, les causes et les facteurs.

* * *

Pour l'Islam, l'homme n'est ni une créature toute faite, condamnée par son destin, ni une créature jetée dans son environnement sombre et sans finalité. C'est un être débordant d'aspirations, de talents, d'habileté, de conscience créative et d'inclinations diverses, toujours accompagné par une sorte de guidée interne.

L'erreur faite aussi bien par les déterministes que par les partisans de l'absolu libre arbitre est d'avoir imaginé que l'homme ne pouvait avoir devant lui que deux issues: Soit que tous ses actes soient attribués à Dieu exclusivement, de façon qu'il perde alors toute liberté et devienne déterminé dans ses actes, soit que nous acceptions que ses actes volontaires découlent d'une essence illimitée et indépendante, vue qui suppose la limitation de la puissance de Dieu.

Cependant le fait que nous disposons du libre choix n'affecte pas l'étendue de la puissance de Dieu, car il a voulu que nous prenions librement notre décision, conformément aux normes et aux lois qu'il a établies.

D'un certain point de vue, les actes de l'homme peuvent lui être attribués et d'un autre point de vue, ils peuvent être attribués à Dieu. L'homme est en relation directe et immédiate avec ses propres actes, alors que la relation de Dieu est vraie et réelle. Ni que la volonté divine est en opposition à la volonté divine, ni que la volonté de l'homme est contraire à ce que Dieu désire.

Les hommes obstinés dans la mécréance, et qui s'opposent à toute forme de prédication et d'avertissement, adoptent d'abord une position erronée à cause de l'exercice du libre arbitre, et ensuite expérimentent les conséquences de leur obstination et de l'aveuglement que Dieu leur fait subir.

Obéissant aux désirs inférieurs, ces personnes injustes empêchent leurs cœurs, oreilles et yeux de fonctionner et en retour méritent l'état d'éternelle perdition.
Le Coran dit:

“Oui, il est égal pour les mécréants, que tu les avertisse ou pas, ils ne croiront pas. Dieu a scellé leurs cœurs et leurs oreilles. Et sur leurs yeux, (Il a mis) un bandeau. Et pour eux, il y aura un grand châtiment”.Coran, sourate 2, versets 6 et 7

Quelquefois, la corruption et le péché ne sont pas tels qu'ils empêchent le retour à Dieu et à la vérité. Mais des fois, ils atteignent des proportions telles qu'il n'est plus possible de retrouver la véritable identité humaine, car le sceau de l'obstination a taché les esprits des incroyants. Ceci n'est qu'une conséquence naturelle de leur comportement, déterminé par la volonté et le désir de Dieu.

La responsabilité de telles personnes a sa source dans leur exercice du libre arbitre, et le fait qu'il n'aient pas bénéficié des bénédictions divines ne diminue en rien leur responsabilité. Il y a un principe constant et évident qui dit que “Tout ce qui a son origine dans le libre arbitre et finit dans la contrainte ne contredit pas le libre choix”.

Il a été rapporté de l'Imam: “Dieu voulait que les choses aient lieu par les causes et les moyens, et il n'a rien décrété sans sa cause; il a ainsi créé une cause à chaque chose”.
Une des causes que Dieu a utilisées dans Sa création est l'homme et sa volonté, en se tenant au principe que des moyens et causes particulières sont établies par Dieu pour l'apparition de tout phénomène dans l'univers. La naissance d'un phénomène nécessite l'existence antérieure de causes et de moyens, et si ce n'étaient eux, le phénomène, n'apparaîtrait pas.

Ceci est un principe universel qui inévitablement gouverne aussi les actions volontaires. Nos choix et libre arbitre forment le dernier maillon de la chaîne des causes et des moyens qui résultent en une action de notre part.

Les versets coraniques qui relient toutes choses à dieu et les décrivent comme provenant de Dieu, s'attachent à proclamer la volonté pré - éternelle du Créateur comme l'auteur du monde, et à expliquer comment Son pouvoir couvre et pénètre le cours entier de l'être. Son pouvoir s'étend en chaque part de l'univers, sans aucune exception, mais la puissance incontestable de Dieu ne diminue pas la liberté de l'homme.

Car c'est Dieu qui fait du libre arbitre une part de l'homme, et c'est lui qui la lui dispense. Il a rendu l'homme libre de suivre le chemin de son choix, et il ne tient aucune personne pour responsable des fautes des autres.

S'il y a une contrainte quelconque dans les affaires de l'homme, c'est au sens où il est obligé d'avoir le libre arbitre, comme une conséquence de la volonté de Dieu et non pas au sens où il est condamné à agir d'une façon donnée.

Ainsi quand nous accomplissons le meilleur des actes, la capacité de les accomplir est de Dieu, et le choix d'user de cette capacité de les accomplir est de Dieu, et le choix d'user de cette capacité est de nous.

Certains autres versets du Coran précisent clairement le rôle de la volonté et des actions de l'homme, réfutant de façon définitive les vues des déterministes. Quand il veut attirer l'attention de l'homme sur les calamités et les tourments de ce monde, il les décrit comme étant le résultat de ses méfaits.

Dans tous les versets parlant de la volonté de Dieu, on ne peut en trouver aucun qui attribue les actes volontaires de l'homme à la volonté divine; Ainsi le Coran proclame:

“Quiconque fait un bien du poids d'un atome le verra et quiconque fait un mal du poids d'un atome le verra” Coran, sourate 99, versets 7 et 8

“Et vous serez très certainement interrogés sur ce que vous œuvriez” Coran, sourate 16, verset 93

“Bientôt ceux qui donnent à Dieu des associés diront: 'si Dieu avait voulu, nous n'aurions pas été des faiseurs s de dieu, pas plus que nos ancêtres, et nous n'aurions rien déclaré illicite' ainsi ont crié au mensonge ceux qui les ont précédé, jusqu'à ce qu'ils eurent goûté de notre châtiment. Dis (oh prophète): 'avez- vous quelque science à nous produire? Vous ne suivez que la conjecture et ne faites que mentir” Coran, sourate 6, verset 148

Si le salut et l'égarement de l'homme devaient dépendre de la volonté de Dieu, aucune trace de mal ou de corruption n'existeraient sur terre: qu'il le veuille ou non, tout suivrait alors le chemin du salut et de la vérité. Certains mécréants qui se cherchent des excuses prétendent que tous leurs péchés sont voulus par Dieu.
Ainsi le Coran dit:

“Quant ils commettent une turpitude, ils disent: 'nous y avons trouvé nos ancêtres; et c'est Dieu qui nous l'a commandé, dis: 'non, Dieu n'ordonne pas la turpitude. Direz - vous contre Dieu ce que vous ne savez pas? Coran, sourate 7, verset 28

Tout comme Dieu a voulu récompenser les bons actes, il a aussi voulu punir le péché et la corruption, mais dans les deux cas, vouloir le résultat est différent de vouloir l'action menant au résultat.

L'être humain et les effets naturels de ses actions sont en effet soumis à la volonté de Dieu, mais ses actes volontaires proviennent de sa volonté propre.

Le point de vue de l'Islam tel qu'il est conçu par le chi'isme, est que l'homme ne possède pas un tel libre arbitre qu'il puisse agir en dehors de la volonté de Dieu, qui couvre l'univers entier sous forme de lois et de normes déterminées, réduisant ainsi Dieu à une entité faible et impuissante s'il est confronté à la volonté de ses propres créatures. En même temps, l'homme n'est aussi pas prisonnier d'un mécanisme qui l'empêche de choisir son chemin dans la vie et qui l'oblige à être, comme les animaux, esclave de ses instincts.

Le noble Coran affirme clairement dans certains de ses versets que Dieu a montré à l'homme le chemin du salut, mais il n'est pas obligé ni d'accepter le salut ni de tomber dans l'égarement.

“Oui, c'est Nous qui le guidons dans le sentier, qu'il soit reconnaissant ou ingrat”.Coran, sourate 76, verset 3.

Le Coran nie donc que les actes volontaires de l'homme soient attribués à Dieu.

  • 1. Voir Al-Kafi de Kulayni, Tome 1

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