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L'idée de Dieu profondément ancrée en l'homme

Hormis cet ensemble complexe que constitue son corps physique, l'homme possède une vaste série d'activités vitales qui ne se réduisent jamais aux mécanismes organiques.

Pour la connaissance de ce domaine métaphysique il faut enquêter dans son fond psychologique pour entrevoir au-delà de ses activités physiologiques les larges horizons de la structure de la nature humaine, et les manifestations les plus sublimes de ses sentiments et instincts.

* * *

Il existe en l'homme certaines formes de perception spécifiques inhérentes à sa nature, qui ne dépendent d'aucun agent extérieur.

Avant que l'homme naturel n'entre sur la scène de la science et de ses débats, il pouvait en se servant de ses potentialités innées, connaître les réalités. Mais quand il foule le domaine scientifique et philosophique et que son esprit s'encombre de différentes preuves et arguments, il se peut que son pouvoir inné s'étiole et se perde dans l'oubli , ou qu'il vienne à douter de sa validité. C'est pourquoi nous voyons que les divergences surgissent entre les hommes qu'ils écartent leur nature primordiale de la connaissance de la foi.

Dans ses manifestations initiales, l'attraction pour la religion et la foi prend sa source dans les motivations instinctives et les perceptions inhérentes, puis elle croît et se développe par la raison et la pensée. Les racines des sens primordiales sont à ce point profondes et en même temps manifestes et claires que si un homme lavait son esprit et son âme de toute pensée et imagination antireligieuse et qu'il se concentrait sur soi-même et l'univers, il réaliserait parfaitement qu'il se dirige aux côtés des autres créatures, vers un même objectif.

Sans qu'il l'ait voulu ou souhaité, il a commencé à vivre. Puis encore sans le vouloir, il s'est dirigé vers une destination inconnue.
Et c'est une réalité qu'il observe, avec une méthode et un ordre précis, chez toutes les créatures.

En examinant les conditions qui l'entourent un homme clairvoyant éprouvera mieux l'existence d'une force immense régissant le monde et lui-même.
Il découvre l'existence de la science, de la force et de la volonté en lui-même qui n'est qu'un élément infiniment petit de l'univers infiniment grand. Il se demande alors: “Pourquoi l'univers ne serait-il pas doté de science, de force et de volonté, comme l'homme?”

Bref, ce qui nous oblige à croire en l'existence d'un ordonnateur de l'univers, du commandement et de la prédestination duquel dépend tout ordre, c'est cette même règle et ce mouvement continu, minutieusement prédéterminée. Car on ne peut expliquer cela autrement que par une volonté agissante.

Quand l'homme évalue sa situation dans le monde, il se rend compte qu'une force invisible et inconnaissable l'a créé, l'a doté du mouvement et le fera disparaître quand elle voudra, sans le consulter ni demander son aide.

Il s'agit là d'un jugement naturel et inné (de la Fitrat), car nulle part et jamais on n'a vu un homme conçu sans concepteur, ni agissant sans Agent.

La recherche de la relation de cause à effet est une opération d'origine intérieure. Et puisqu'on ne peut extirper de l'homme la loi de la causalité, le sens religieux et la quête du créateur sont indissociables de son âme.

Même l'enfant qui n'a encore rien vu du monde détourne son regard vers la source du bruit qu'il entend ou du mouvement qu'il perçoit.

La vie pratique et les fondements scientifiques reposent aussi sur l'acceptation d'une cause à tout effet. La règle de la causalité est à ce point général qu'elle n'admet d'exception en aucun cas.

Toutes les disciplines, la géologie, la physique, la chimie, la sociologie et l'économie, etc… consistent en l'examen des phénomènes, pour en déduire les causes et les effets et en diagnostiquer les relations. Ainsi, il est clair que la science ne consiste en rien d'autre qu'en la recherche des causes, et que l'ensemble des progrès de l'humanité est le fruit de l'effort soutenu des savants pour connaître les causes des phénomènes.

S'il nous était possible de présenter, en exemple, quelque part dans le monde, ou dans une créature quelconque, un cas de création spontanée absolue, nous serions en droit de généraliser à d'autres cas cet exemple.

Certes, il n'est pas nécessaire que la loi de causalité se présente à nos yeux dans sa forme ordinaire.

Car la variété des causes est telle qu'il se peut que le chercheur n'ait pas la capacité de les discerner toutes dans le cas d'un incident donné. Mais dans aucun cas, partiel ou total, de nos jours comme dans le passé, un point fortuit ne peut être trouvé, que ce soit au plan individuel ou social.

Quand les sciences expérimentales démontrent que toutes les voies sont fermés à la génération spontanée des éléments de la nature, quand toutes nos expériences, nos sens, nos déductions parviennent à cette conclusion que rien dans la nature ne se produit sans agent et cause, et que tous les évènements reposent sur un ordre fixé et des lois déterminées, il est surprenant de voir certains tourner le dos aux lois scientifiques, aux jugements élémentaires, et aux observations étayées par la raison, et nier l'existence d'un créateur.

En d'autres termes, on peut considérer la nature primordiale (Fitrat) comme l'instinct animal qui aurait évolué et atteint la perfection, et qui se serait émancipé des limites qui le retenaient, de façon à ce qu'il puisse percer le mur du monde sensible et embrasser les secrets de l'inconnu.

Tout jugement et sentiment émanant du for intérieur des hommes, et non d'un système de croyance ou d'éducation sociale particulier, fait partie de la nature primordiale, et ne diffère pas de l'amour de soi, de la relation avec l'Existence et des autres instincts humains, quant à l'authenticité et à l'universalité.

Mais l'éducation et les facteurs du milieu environnant constituent des obstacles à la réalisation et à l'épanouissement de la nature primordiale.

Walter Oscar Lindberg, physiologiste et savant réputé dit:
Les recherches scientifiques de certains savants n'aboutissent pas à la compréhension de l'existence de Dieu à plusieurs raisons, dont l'oppression politique ou certaines situations sociales.

Par conséquent, ce qui procède d'un principe instinctuel est esthétiquement semblable aux beautés naturelles. Et ceux qui sont restés libres tout au long de l'itinéraire originel de la création; et ne sont pas devenus prisonniers de leurs habitudes, et dont la nature n'a pas été altérée par les terminologies et les concepts, perçoivent mieux l'appel intérieur.

On trouve moins d'irréligieux parmi ces derniers que parmi les autres catégories d'hommes. Si quelqu'un leur disait que ce monde n'a pas de but et qu'il est accidentel même s'il prenait soin de garnir ses paroles d'un couvert philosophique, il n'obtiendrait aucune adhésion de leur part, parce qu'ils rejettent instinctivement de telles assertions.

Quand à ceux qui sont familiers des modes de pensée scientifiques, il est possible qu'un tel discours, attirant par son étiquette conceptuelle, jette le doute et l'hésitation dans leur esprit.
Un savoir limité est trompeur, comme des verres multicolores placés devant l'esprit et la nature innée. Ceux qui possèdent un tel savoir voient le monde d'après la couleur de leur science, de leur art et de leur culture, et s'imaginent que toutes les réalités sont comme ils se les représentent à travers leurs œillères.

Evidemment, il ne s'agit pas de faire cesser tout progrès sous prétexte qu'il faudrait éviter les déviations, mais plutôt de ne pas se laisser abuser par le savoir et la technologie que l'on maîtrise.

Beaucoup, en effet ne progressent pas. Ils sont incapable de se servir de leur connaissance comme une échelle pour s'élever intellectuellement, et deviennent prisonniers du cadre étroit de leur savoir acquis et le leurs terminologies et conceptions.

La nature originelle vient aussi au secours de l'homme quand elle perçoit un danger; quand il est aux prises avec des contraintes sévères et de sérieuses difficultés, et qu'il est cerné de toutes parts par les facteurs matérielles, et qu'il n'est en mesure d'accomplir aucune action, noyé dans les tourments, devenu la proie des évènements, au point d'être à un pas de la mort, c'est alors que ce même agent intérieur le guide et le conduit vers un appui immatériel. Il entre en contact avec une puissance qui est au - dessus de toutes les puissances. Il réalise ensuite que cet Etre Clément et Tout - puissant peut lui tendre la main et venir à son secours, énergiquement; et c'est pourquoi, il l'implore pour le tirer du danger, rassuré en son cœur qu'Il a le pouvoir de le sauver.

Même les puissants tyrans matérialistes, qui ignorent la souveraineté et la puissance infinies de Dieu, oublient tout ce que leur milieu et leurs doctrines athées leur ont enseigné en matière de religion, dès qu'ils sentent l'imminence du danger et voient que l'étau se resserre autour d'eux et jurent du fond de leur cœur qu'ils acceptent un principe créateur, source de tout pouvoir.

L'histoire est riche en exemple de personnes dont le miroir de la nature primordiale a été nettoyé de ses impuretés par des épreuves dures et pénibles, et qui du fond de leur âme ont appelé le Créateur sans égal.

Diderot qui est l'un des grands philosophes matérialistes français, a écrit en conclusion d'un ouvrage consacré au principe de la matière et du matérialisme, des phrases où il invoque le Créateur et lui demande pardon, phrases qui lui ont été inspirées par une réaction de sa nature primordiale et de sa conscience:

“Mon Dieu! J'ai commencé mon propos par la nature que les croyants pensent être Ton œuvre, et je finis par Toi que les gens de la Terre appellent “Dieu”. Mon Dieu, je suppose que Tu existes, que Tu es témoin de mon état, et conscient de mon for intérieur. Si j'apprends que dans le passé j'ai agi contre Ton commandement et contre ma raison, j'en serai navré et je le regretterai. Mais je suis serein pour l'avenir, car il suffit que je reconnaisse mon péché pour que Tu le pardonnes.

Dans ce monde, je ne Te demande rien, car ce qui doit y être, y est, soit par Ton commandement soit par la loi de la nature. Mais s'il y a un autre monde, j'y attends de Toi une récompense, bien qu'ici-bas ce que j'ai fait je l'ai fait pour moi- même.”1

Outre les sources intérieures se trouvant en l'homme et l'aidant à bien saisir les réalités pour qu'il puisse choisir sa voie dans l'entière liberté et loin de tous les préjugés, contraintes et impositions, il doit y avoir un facteur d'orientation externe à lui, pour renforcer sa nature et son intelligence, pour maîtriser les éléments de rébellion et les extrémistes, et préserver aussi l'esprit et la nature de toute déviation, et la sauvegarder contre toute adoration et soumission aux fausses idoles.

Les prophètes ont été suscités pour orienter l'homme vers le sens subtil de sa nature primordiale, canaliser son penchant pour Dieu dans une voie juste, et promouvoir ses aspirations supérieures.

Cette orientation et cette canalisation ne visent nullement à éteindre en lui la flamme de sa volonté créatrice, ni à lui retrancher sa liberté, sa faculté de penser et son libre arbitre, mais constituent plutôt une sorte de soutien aux penchants et motivations positifs, dans la voie du développement et de la perfection, et de l'émancipation de toutes les chaînes, pour que les potentialités innées s'épanouissent et soient utilisées au mieux.

Les premiers à répondre à l'appel des prophètes étaient les hommes purs de cœur et de conscience; alors que rejoignaient les rangs de leurs opposants ceux qui s'appuyaient sur leur richesse et leur puissance éphémères, ou qui s'enorgueillissaient de leur savoir méprisable, de leur esprit impuissant et pollué par les illusions, de sorte que ce même orgueil et ces mêmes prétentions devenaient un obstacle à l'éclosion de leurs aptitudes et de leurs facultés sublimes.

“La loi de l'offre et de la demande existe aussi en matière de valeurs morales. s'il n'y avait pas de demande religieuse dans la nature des hommes, l'offre des prophètes aurait été vaine.
Et d'autre part, le fait que l'offre des prophètes a trouvé des acquéreurs, et que leurs conceptions authentiques et fructueuses aient trouvé une si large audience, prouve que la demande en religion est ancrée au fond de l'homme.”2

En principe, la base de la prédication des prophètes était plutôt un appel au monothéisme, qu'une démonstration de l'existence de Dieu. Ils réfutaient l'adoration des idoles, du soleil, de la lune, des étoiles etc… pour que leur soif spirituelle inhérente ne soit pas étanchée par de fausses divinités, et que les hommes cherchent plutôt à réaliser les objectifs et les valeurs dans la quête du dieu réel, loin de toute déviation, et sur la voie de la perfection infinie, qu'ils se hâtent dans leur course ininterrompue vers la source de toutes les valeurs et de toutes les vertus, pour parvenir enfin à leurs aspirations.

Par conséquent, le polythéisme et l'athéisme, sous leur forme traditionnelle d'idolâtrie, ou leur forme moderne de matérialisme, résultent tous les deux d'une déviation par rapport à la nature innée. Le progrès scientifique, en particulier au sujet de l'expérience religieuse qui connaît de nos jours un regain dans tous les coins du monde, a donné lieu à des conclusions qu'on peut d'ores et déjà exploiter dans tous les débats.

D'une part, l'histoire des religions, s'appuyant sur des documents importants réunis par les savants en sociologie, archéologie et anthropologie soumet à l'analyse le sens religieux, les structures, les tendances, les habitudes et autres facteurs constitutifs de la société, avec une méthode nouvelle totalement différente des orientations précédentes.

D'autre part, la psychologie investissant l'étude de l'inconscient, entreprise par Freud et poursuivie par Adler et Jung, est parvenue aux profondeurs de l'âme humaine, découvrant ainsi un univers nouveau des forces secrètes et des formes d'appréhension para rationnelles, et ouvrant un champ d'investigation scientifique pour les facteurs irrationnels qui échappent à la volonté, comme le “sens religieux”.

En ce moment, il existe un courant intellectuel qui persuade de plus en plus de penseurs de différentes écoles de ce que le sens religieux est l'un des éléments primordiaux naturels et immuables de l'esprit humain, et qu'il est le mode de perception innée du domaine situé au - delà de la raison.

Vers 1920, un philosophe allemand a pu démontrer que parallèlement aux éléments rationnels “moraux”, il existe aussi dans le sens religieux, des éléments innés ou irrationnels. Et tous les attributs de Dieu, comme la Toute - puissance, la sacralité et la grandeur, concourent à montrer que le concept de “sacré” ne peut être renvoyé à aucune faculté perceptive, et qu'il est autonome et ne procède d'aucun autre concept, et l'on ne peut le confondre avec aucun autre concept rationnel ou irrationnel.

Une découverte propre à notre époque est celle de la “durée”, quatrième dimension de la nature, et intimement lié au corps. Il n'existe aucun corps dans l'univers qui soit en dehors du temps, qui procède lui même du mouvement et de l'évolution.

De même, les savants contemporains ont conclu à une quatrième dimension dans l'âme humaine qui est celle du “sens religieux”, les trois autres étant:

1- Le sens de la curiosité ou la sincérité. Cette soif intérieure est ce même sens qui pousse l'esprit humain, depuis le premier jour, à s'interroger sur les mystères et la connaissance de l'univers, de l'existence et de ses phénomènes variés.

Et c'est cette soif qui a engendré les sciences et les techniques. C'est ce sens qui explique que les fondateurs des sciences, les découvreurs et les savants ont supporté tant de peines et d'épreuves pour lever le voile qui nous cache les secrets de la nature.

2- Le sens du bien, sur quoi reposent les vertus et les qualités spirituelles élevées. Tout homme éprouve en lui - même une inclination à la justice, à l'amour et au sacrifice. Cette tendance authentique crée en somme une sorte d'orientation vers les qualités pures, et de répugnance envers les bassesses.

3- Le sens esthétique qui est la cause de la manifestation des formes et des goûts artistiques et qui exerce une influence profonde dans l'apparition d'une grande partie des phénomènes sociaux.

4- Enfin, le sens religieux ou sacré, qui est la quatrième dimension est un sens primordial; car tout homme, de par sa nature, ressent une attraction pour l'univers métaphysique. Ce concept est indépendant des trois précédents. Avec sa découverte, la conception tridimensionnelle de l'esprit humain a été bouleversée. Car il est démontré que le penchant religieux a une origine propre, et qu'il s'est manifesté même aux époques primitives où les hommes vivaient en prédateurs dans les cavernes.

La prise de conscience du principe de l'existence se fait par plusieurs méthodes. Le concept de “Dieu” répond aux besoins rationnels et irrationnels, de façon que l'esprit acquière par la voie de l'ordre et des signes, une certitude définitive et claire. La nature innée établit un lien avec Dieu par la voie de l'amour et de la nécessité, au point qu'on dirait qu'elle “Le” voie directement, non pas avec l'œil, mais avec l'œil du cœur. La perception de Dieu par la voie du cœur n'a besoin d'aucune démonstration ni preuve.

Bien que la science moderne soit en quête de preuve expérimentale pour compléter sa démonstration, toute sorte de connaissance de Dieu résultant directement de la recherche et de l'argumentation, soit par des arguments rationnels et philosophiques ou des sciences expérimentales et perceptives, constitue un unitarisme démonstratif.

Des savants comme Descartes et Saints Thomas d'Aquin sont arrivés par la raison, la démonstration et la spéculation scientifique à des conclusions probantes dans la connaissance du principe ontologique. Et un mystique français, comme Pascal perçoit le Créateur à partir d'une illumination du cœur, une inspiration venue du fond de sa nature innée. Il dit à ce propos que le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît pas.3

De même Einstein pensait:
“Le sens le plus beau et le plus profond qui nous soit permis d'avoir est le sens mystique. C'est lui qui sème dans le cœur la graine de toutes les sciences réelles. Celui qui en est privé, celui qui a perdu la faculté d'étonnement ou de stupéfaction est comme un mort.”4

Schopenhauer philosophe allemand du XIXe siècle, reconnaît à la tendance religieuse des racines si profondes en l'homme, qu'il la considère comme spécifique à lui, disant:
“L'homme est un animal métaphysique.5

Bien que le sens de la curiosité, le sens du bien, et celui du beau soient tous les trois indépendants et jouent tous les trois un rôle essentiel et déterminant dans la découverte des sciences, de la morale et des arts, c'est le sens religieux qui aplanit le terrain à leur manifestation, et les soutient dans leur développement, et qui s'attribue la plus grande responsabilité dans la résolution des énigmes de l'univers de la création.

Du point de vue d'un croyant, l'existence a été rendue possible sur la base de lois et de plans précis et calculés d'avance. Le sens de la curiosité fonctionne précisément grâce à cette foi en un Dieu ordonnateur et sage, et se déploie et s'efforce pour découvrir les lois et les secrets de la nature construits sur la base d'une chaîne de causes et d'effets.

Will Durant dit:
“Herbert Spencer pense que les magiciens n'étaient pas seulement les premiers hommes de lettres; ils étaient aussi les premiers savants. Ils ont débuté la science dans les observatoires astronomiques, où ils cherchaient à déterminer le temps précis des cérémonies religieuses. De telles informations et données étaient conservées dans les temples, et étaient transmises de génération en génération, au titre de patrimoine religieux.”6

Le rôle du sens religieux dans le développement et l'élévation des qualités humaines, dans la modération des instincts, et dans la fécondation des potentialités de la morale et de la vertu, est indéniable. Les personnes qui ont conscience de leur expérience religieuse constatent que la plus importante fonction de la religion est d'aider l'homme à contrôler ses instincts et acquérir un caractère fort et digne de respect.

La pensée religieuse est aussi un des facteurs du développement du sens esthétique, et ce depuis le début de l'histoire, Les générations précédentes ont consacré le meilleur de leurs œuvres artistiques à louer leurs divinités; les magnifiques temples de la Chine, les grandes pyramides de l'Egypte, les statues admirables du Mexique, l'architecture fine et subtile de l'Orient islamique, procèdent tous du sens religieux.

Les psychologues sont persuadés qu'il existe un lien entre la crise de la puberté et l'euphorie soudaine des sentiments religieux. Dans cette phase de la vie, une sorte de tendance particulière se manifeste, même chez des individus qui étaient jusqu'alors indifférents aux questions religieuses.

“Pour Stanley, la limite de ces sentiments religieux se situe au x alentours de 16 ans. Cette période peut être considérée comme une image réduite de la personnalité future de l'adolescent. Ces sentiments permettent au jeune qui se trouve sous l'influence de différentes forces, d'entrevoir que la cause ultime de son existence est dans l'existence de Dieu.7

Il n'y a pas de doute que les appels de la nature originelle ne sont perceptibles que dans les cas où rien ne fait obstacle à leur manifestation. Un facteur comme la propagande réduit et entrave le développement des potentialités naturelles et de l'intelligence, bien que cette façon de réprimer n'arrive jamais à déraciner les tendances innées. C'est pour cela que dès que l'agent qui fait obstacle est écarté, les structures originelles reprennent leur activité, et se re-manifestent par l'effort créatif.

Nous savons que plus de soixante ans se sont écoulés depuis la Révolution Communiste en Union Soviétique. Cependant les aspirations religieuses demeurent encore vivaces dans les âmes de vastes couches de la population soviétique, et malgré tous les efforts déployés tout au long de cette période par ceux qui détiennent le pouvoir pour enrayer la religion, ils n'ont pas encore pu en venir à bout dans les cœurs des hommes.

Par conséquence l'existence d'idées matérialistes dans le monde ne constitue pas un argument contre l'innéité de la foi en Dieu. Cet éloignement et cette scission par rapport à la voie naturelle, propre à une doctrine particulière et exceptionnelle par rapport aux doctrines et aux nations différentes, ayant des croyances métaphysiques, ne peut jamais, de nos jours comme par le passé, être considérée comme une réfutation de la connaissance naturelle de Dieu, parce que de telles exceptions existent en toutes choses.

Mais ce que l'on peut déduire de l'histoire, c'est que les bases de cette école de pensées ont été jetées aux VIIe et VIe siècle d'avant l'ère chrétienne. Les partisans de l'école matérialiste étaient successivement:

- Thalès, philosophe grec né en 622 avant J - C et mort en 560 ou 567.

- Héraclite: 535- 475.

- Démocrite: 540.

- Epicure: 346.

Malgré cela, on ne peut pas attribuer la paternité du matérialisme à ces derniers, parce que certains penseurs comme “Bangoun” ne partagent pas cette opinion; ce dernier, écrit dans son ''Histoire de la Philosophie” à propos de Thalès:
“Il pensait que les transformations de la matière se font sous l'influence de facteurs spirituels.”
A propos de Démocrite, il écrit:
“Démocrite n'est pas un matérialiste, il croyait en l'existence de l'âme.”

Bien entendu, le matérialisme moderne n'a commencé à s'élaborer qu'au XVIIIe siècle. Il eut aussi ses partisans même parmi les savants physiciens, bien qu'ici aussi les jugements sont divergents. Par exemple, certains historiens classent Jean-Jacques Rousseau parmi les matérialistes, alors que d'autres le considèrent comme Croyant en Dieu. Il se peut que le matérialisme qu'on lui attribue soit dû à ce que l'on méprise son anticléricalisme.

Farid Wajdi, auteur d'une encyclopédie, cite cette parole de Rousseau à propos du principe de l'existence:
“Plus j'approfondis mon regard sur les évènements que créent la force de la nature, et ce qui survient comme conséquence de ces évènements, et plus je médite sur la qualité des influences réciproques des uns sur les autres, j'acquiers la certitude qu'il faut bien une cause première à la volonté.

Par conséquent, c'est Sa volonté à lui, Dieu, qui meut l'existence, et qui fait revivre les morts. Mais vous direz! Où est - Il? En réponse je dirai: Il existe, dans les cieux auxquels il a imprimé le mouvement, dans les étoiles qu'Il pourvoit en lumière. Il n'est pas seulement en moi, mais aussi dans le troupeau qui paît, dans l'oiseau qui vole, dans la pierre qui tombe, dans la feuille de l'arbre que le vent emporte çà et là; Il est partout. Combien donc sont loin de la raison, ces hypothèses! Ces théories qui supposent que cet ordre merveilleux est le résultat d'un mouvement aveugle de la matière.
Qu'ils fassent ce qu'ils veulent!

Je vois pour ma part un ordre continu dans la création et je ne perçois pas la sagesse qui régit cet ordre. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la matière aveugle puisse produire des êtres vivants, que la nécessité aveugle crée des êtres conscients, et que ce qui est privé d'intelligence puisse créer des êtres sages et raisonnables.

  • 1. Les idéaux humains, en persan.
  • 2. Citation d'un savant.
  • 3. Pensées.
  • 4. Le sens religieux (en persan).
  • 5. Métaphysique de Félicien Chalet.
  • 6. L'Histoire, Will Durant.
  • 7. De la série: “Que sais - je” L'adolescence.

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