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L'unité divine

Quand la discussion porte sur les dogmes religieux à propos de l'unité divine, il faut comprendre par là l'unité de Dieu dans Son Essence, dans la création, dans Ses actes et dans Sa souveraineté sur l'univers et sur l'administration de l'ordre universel, dans le culte et dans les autres domaines.

Tout comme on ne saurait concevoir une multitude d'essences divines, on ne pourrait pas non plus concevoir des différences entre les essences et les attributs. Car une telle différence impliquerait l'existence de limitations. Quand nous les dissocions, c'est pour le besoin de l'analyse et de la pensée humaine, il ne faut pas déduire de cette dissociation plusieurs niveaux dans l'Essence Sacro - sainte.

Si nous regardions un paysage naturel à travers des écrans transparents de couleurs différentes, ce paysage nous apparaîtrait à chaque fois différent. De même quand, avec nos esprits, nous envisageons l'Essence de Dieu, qui est unique, nous Lui attribuons la qualité que nous - mêmes nous avons choisi. A propos de science, nous parlerons de Dieu comme le Savant par excellence, l'Omniscient. Quand nous l'envisageons sous l'angle de la force, nous dirons qu'Il est Tout Puissant, etc…

Par conséquent, comme nous regardons les différents attributs divins sous les différents angles qui sont spécifiques à notre mode limité d'existence, nous sommes aussi portés à appliquer la même méthode pour l'Essence divine. Alors qu'en fait tous ces attributs n'ont qu'une seule et même existence, et font état d'une seule et même réalité, à savoir cette Réalité dépouillée de tout défaut et de toute imperfection, et qui se caractérise par: perfection, puissance, clémence , science, grâce, sagesse et majesté.

Si nous comprenons que l'existence de Dieu procède de Lui - même, nous devons en déduire que l'existence absolue est illimitée dans tous les sens. Car si l'existence ou la non existence étaient les mêmes pour Dieu, Il devrait forcément emprunter l'existence hors de Son essence. Or, cette existence ne se réalise pas par elle-même. Par conséquent, l'existence pure est celle qui procède d'elle- même. Et quand l'Essence se confond avec l'existence, elle est illimitée au point de vue de la science, de la puissance, de l'éternité, du Temps; car la science et la puissance constituent des aspects de l'existence. Et l'Essence qui est l'Existence même possède toutes les perfections sans exception.

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L'unicité est l'un des attributs divins les plus manifestes. Toutes les religions célestes non- falsifiées l'ont prônée et prêchée aux hommes, et ont condamné le polythéisme et l'idolâtrie comme les pires formes de l'égarement, et comme la dégradation la plus humiliante de l'esprit et de l'intelligence.

Car si les hommes trouvaient la foi par le biais de la réflexion et de la raison, et s'ils étaient fidèles aux enseignements des prophètes, ils ne s'inclineraient et n'accepteraient aucune idole concrète ou abstraite, et ne reconnaîtraient à personne d'autre que Dieu le pouvoir, la souveraineté et la volonté sur l'ordre universel.

Par l'unité divine, il ne faut pas entendre un corps, car le corps est constitué par plusieurs parties et éléments, or, il s'agit là de choses qui ne concordent pas avec Son essence, Tout corps composé ne pourrait être par conséquent un dieu ou quelque chose de semblable.
La représentation de plusieurs sujets pour les attributs n'est, possible qu'en présence des conditions comme la qualité, la quantité, le temps et l'espace. Or, Dieu n'est limité par aucune de ces contraintes. Il est impossible alors de Lui imaginer un semblable.

Si nous concevons plusieurs fois la réalité de l'eau, nous n'ajouterons rien à la première opération de conception, parce que nous avons imaginé l'eau, de façon absolue, indépendamment de toute condition de temps, d'espace, de quantité et de qualité. Dans les représentations suivantes, il serait évidemment impossible de rencontrer un nouveau sujet pour la réalité qualifiant l'eau.

Mais dès que nous faisons entrer d autres considérations, de nouveaux individus feront l'objet de la représentation mentale, selon le nombre d'éléments surajoutées, comme par exemple l'eau de pluie, l'eau de source, l'eau de rivière et l'eau de mer, en tel ou tel lieu et à telle ou telle époque. Mais si nous enlevons ces conditions, la pluralité disparaît et nous retrouvons une seule et même réalité: l'eau!

Il faut comprendre que si un être est conditionné par l'espace, il a besoin de cet espace, il devient tributaire dans son existence des conditions de lieu et temps qui lui sont propres. Son existence ne se concrétise que dans ces dites conditions. Si nous reconnaissons un être qui ne dépend pas et n'a jamais dépendu du temps et de l'espace, et qui possède les qualités de perfection les plus élevées, lui concevoir une pluralité c'est automatiquement lui attribuer des limites.

Dieu n'est pas un, au sens numéral où l'on peut ajouter un second de même catégorie. Son unicité est telle que si on Lui supposait un second, il ne saurait être que Lui- même.
Compte tenu du fait que la pluralité des choses dépend des conditions qui les font se différencier les unes des autres, si un être était libre de toute sorte de lien, il serait absolument irraisonnable de lui concevoir un associé, parce que ce nouvel individu aurait nécessairement des limites, et si toutes les limites étaient enlevées, on n'aurait incontestablement pas devant nous deux individus, et la représentation d'un second individu ne sera en fait que la répétition de la représentation du premier individu.

L'unicité de Dieu signifie que si on se Le représentait seul et unique -indépendamment de l'existence des autres êtres- son existence serait incontestable, tout comme lorsqu'on L'envisagerait par rapport à l'ensemble des autres êtres. Il n'a besoin ni d'associé, ni d'aide et ni de descendance. Tandis que si nous envisageons les autres êtres, sans tenir compte de l'existence du Créateur, ces êtres n'auront plus la possibilité d'exister. Leur existence est conditionnée par l'existence de Dieu, qu'il s'agisse de leur avènement ou de leur permanence.
Or, si nous imaginions un quelconque lien ou une quelconque condition à l'existence de Dieu, Il cesserait d'exister dès que cette condition cesserait d'exister. Mais l'existence de Dieu est absolue, inconditionnée, et non accessible à l'hypothèse de la pluralité. L'intelligence ne peut pas lui concevoir un second être du même rang que lui.

Par exemple, si nous admettions que cet univers dans lequel nous vivons était infini dans toutes les directions spatiales, pourrions-nous en même temps supposer l'existence d'un autre monde aussi infini et de même nature? Certainement pas, parce que la deuxième hypothèse contredirait la première. Et tout deuxième univers que l'on supposerait, ne serait en fait que le même premier univers.

Il en est de même pour l'Existence pure de Dieu qui n'admettrait pas une autre existence.
Par conséquent, l'expression: “Dieu est un” ne signifie pas qu'il n'y a pas un second dieu, mais plus que cela; elle signifie qu'il est impossible de supposer l'existence d'un second Dieu. L'existence même de Dieu implique qu'Il est un, un par l'Essence, ce par quoi il se distingue des autres êtres, alors que les autres êtres ne se distinguent pas par leurs essences, mais par des caractéristiques et spécificités acquises de par la création.

Si les esprits réalisaient pleinement le sens du mot “Dieu”, ils parviendraient de façon tout à fait naturelle à rejeter toute pluralité à l'Essence divine Sacro- sainte.

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Nous remarquons sans grande peine que toutes les parties de l'univers sont régies par une sorte d'unité et d'intégration permanente: l'homme produit le gaz carbonique nécessaire à la vie des plantes et ces dernières produisent notre élément vital qu'est l'oxygène; cet échange se fait en sorte que se maintienne toujours un certain niveau d'oxygène dans la nature, sans quoi toute trace de vie disparaîtrait de la terre.

La quantité de chaleur que reçoit la terre du soleil, est conforme aux besoins des créatures vivantes. La vitesse de rotation de la terre autour du soleil, et sa distance à l'égard de cette source de chaleur et d'énergie sont réglées de façon à rendre possible la vie des hommes sur cette planète. Par exemple, si la vitesse de rotation de notre planète passait de 1000 miles à 100 miles à l'heure, les nuits et les jours seraient 10 fois plus longs. La chaleur diurne atteindrait des degrés tels qu'elle brûlerait toutes les plantes, et le froid nocturne serait tel qu'il gèlerait toute la végétation.

Si le rayonnement solaire diminuait de moitié, tous les êtres animés seraient paralysés par le gel. Et si ce rayonnement se doublait, toutes les activités vitales cesseraient dès les premiers moments de leur apparition. Et enfin si la lune était plus éloignée de la terre qu'elle ne l'est actuellement, les reflux marins seraient d'une force telle qu'ils déracineraient les montagnes.

Sous cet angle, la marche de l'univers est comparable à une caravane dont l'ensemble des voyageurs constituent une chaîne ininterrompue, et se mouvant dans une seule direction et dans un même effort comme les pièces petites et grandes d'une machine. Et dans tout cet organisme, chaque chose agit suivant sa fonction et sa position, de façon à compléter la tache de la chose précédente, et à créer un lien profond entre toutes les composantes de la machine.

Le professeur Ravaillet écrit:
“Il existe entre toutes les créatures de ce monde une chaîne, ou un fil ou un lien invisible qui établit entre elles un équilibre parfait. Même les créatures dépourvues de conscience et de sensibilité ne sont pas sans profit des bienfaits de cette relation. Toutes les créatures de ce monde sont comme alignées sur un seul rang en chaîne, ou disposées sur un chapelet sans fin, et les mouvements résultant de l'activité vitale de ces créatures interviennent tous sur la base de cette relation puissante et occulte.

Observons un être vivant. Les cycles sanguin, lymphatique et nerveux et les fonctions hormonales sont homogènes, coordonnés et même unis. Ces fonctions se réalisent en permanence dans le corps humain, par exemple, avec force et cohésion, au point que la personne peut penser à première vue qu'elle vit au milieu d'un flot de désordre et de chaos.
Ce qu'il y a d'étrange, c'est que même en ne tenant pas compte de l'aspect physiologique, la structure générale de toute cellule vivante fait d'elle un élément d'une chaîne infinie de vies qui sont entourées de vagues terrifiantes, ce qui laisse penser qu'aucun ordre n'existe entre elles.

L'homme est étonné et plongé dans la stupéfaction quand il voit qu'il existe une cohésion et un équilibre entre toute cette agitation superficielle et ce déferlement de vagues qui interviennent à l'instigation d'un facteur unificateur, grand et puissant.

Il est loisible à l'homme de retrouver ce puissant agent dans toute unité et dans toute organisation et toute forme révélatrice d'une certaine unité et d'une certaine intégration dans un ensemble d'apparence dépourvue d'ordre.”1

L'univers qui est tout à fait uni, a donc nécessairement besoin d'une réalité et d'un principe unique. Son existence doit procéder de cette unique source. Si l'univers a une seule existence, son instaurateur ne peut être multiple. Celui qui a instauré cette unité et cette intégration au milieu d'une multiplicité et d'une variété dans les formes et les apparences a donné ce faisant, la preuve irréfutable de son unicité, de sa toute puissance et de son omniscience.

“Dis. “Voyez - vous? Les associés que vous invoquez en dehors de Dieu, montrez - moi ce qu'ils ont créé en fait de terre. Ou est - ce à propos des cieux qu'ils ont leur association avec Dieu? Ou leur avons - Nous apporté un Livre, pour qu'avec cela ils soient sur une preuve?”. Non, mais ce n'est qu'en tromperie que les prévaricateurs se font des promesses les uns aux autres. Oui, Dieu retient les cieux et la terre de s'éloigner. Et si les deux s'éloignent, nul après Lui ne pourra les retenir. Oui, Il demeure patient, pardonneur.” Coran, sourate 35, versets 40 et 41

Cette unité qui caractérise notre existence, nous la percevons bien en nous - mêmes quand, lors des malheurs et des grandes épreuves de la vie, nous voyons tous nos espoirs converger vers un même point, et nos cœurs se tourner vers une même direction.
Hicham ibn al Hakam posa la question suivante à l'Imam Ja’far As-as-Sadiq - que la paix soit sur lui -:
“Qu'est - ce qui prouve que Dieu est un?” L'Imam répondit:
“La cohésion qui existe dans l'ordre du monde et la perfection de l'œuvre. Comme dit le Coran dans la sourate “Les Prophètes”, verset 22,

“S'il y avait (dans le ciel et la terre) d'autres divinités que Dieu, tous deux seraient dans le désordre…2

Donc la régularité et l'étendue de l'ordre qui régit toutes les choses, réfutent l'idée selon laquelle il y aurait plusieurs dieux régnant sur les mêmes ou différentes sphères.

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Maeterlinck dit: “Chaque molécule fendue laisse apparaître un atome. En fendant l'atome nous arrivons à ce que nous appelons par contrainte: “électricité” et qui apparaît sous toutes les formes pour être même à l'origine des matériaux de construction de par le monde. De ce fait, nous déduisons que le créateur de ce monde ne peut être qu'un car toute chose dans ce monde, (matériaux ou lois), procède d'une seule origine. Celle que nous n'avons pas encore connue.”3

Tout en insistant sur l'unité de Dieu et Sa sagesse dans la Création, le Coran mentionne aussi le rôle des causes et des moyens par lesquels se réalise le Commandement divin. Il dit:

“Du ciel, Dieu a fait descendre de l'eau,. puis il en revivifie la terre une fois morte. Voilà bien là un signe, vraiment, pour des gens qui écoutent!” Coran, sourate 16, verset 65

Une fois parvenu à la conclusion que Dieu seul est engagé dans l'œuvre de création, d'ordonnancement et de direction de l'univers tout entier, et que toutes les sources d'effet et de causalité sont subordonnées à Sa volonté et à Son Commandement, chacune ayant son rôle particulier assigné par Dieu; une fois donc que nous sommes parvenus à cette conclusion, comment nous serait- il possible d'imaginer un tout autre être du même niveau que Dieu et de nous incliner devant lui en adoration?

“Et il est des gens qui adoptent, en dehors de Dieu, des Rivaux, les aimant comme d'un amour de Dieu. Or, ceux qui croient sont plus jorts en l'amour de Dieu.” Coran, sourate 2, verset 165.

“Et sont de Ses signes la nuit et le jour et le soleil et la lune: ne vous prosternez ni devant le soleil ni devant la lune, mais prosternez vous devant Dieu qui les a créés, si c'est Lui que vous voulez adorer.”Coran, sourate 41, verset 37

  • 1. Deux mille savants en quête de Dieu.
  • 2. Cette tradition est rapportée dans Usul - al-Kafi, Kitab al Tawhîd.
  • 3. Du livre: Un autre Monde.

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