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Opinions sur la justice de Dieu

Le problème de la justice comme un des attributs divins a eu sa propre histoire distincte. Différentes écoles de pensée en Islam ont eu différents points de vue sur le sujet, l'interprétant d'après leurs principes distinctifs.

Quelques sunnites qui suivent les enseignements du théologien Abul Hassan El Ach'ari ne croient pas en la justice de Dieu comme un principe de foi, et ils nient que la justice soit accomplie par les actes divins.

D'après eux, quelle que soit la façon dont Dieu traite une personne, et quelle que soit la punition ou la récompense qu'Il lui attribue, indépendamment de ce qu'il pourrait sembler mériter, ceci représente la justice et l'absolue bonté, bien qu'il apparaisse injuste lorsqu'on la mesure en normes humaines.

Les Ach'arites distinguent donc l'attribut de justice de Dieu, de ses actes, et ils considèrent ainsi comme juste tout ce qui peut être attribué à Dieu. S'Il récompense le vertueux et punit le méchant, ceci est justice mais le contraire le serait aussi. Ce serait toujours dans la vaste sphère de sa justice.

Leur prétention que les termes mêmes de justice et d'injustice n'ont aucun sens quand ils sont appliqués à Dieu, est sans doute dans l'intention de relever l'essence sacrée de Dieu, à la position de transcendance la plus haute. Mais aucune personne intelligente ne verra ces notions superficielles et inadéquates comme ayant quoi que ce soit à faire avec la transcendance de Dieu.

En fait, ils démentissent ainsi le principe de causalité et l'ordre régnant dans le monde entier et dans le rapport entre les individus.

Les partisans d'El Ach'ari croient en plus que la lanterne brillante de l'intellect s'éteint dès qu'elle est en arrive aux perceptions et problèmes de religion, et qu'elle est incapable de bénéficier à l'homme ou d'éclairer son chemin.

Cette prétention n'obéit ni aux enseignements du Coran ni au contenu de la Sunna. Le Coran considère l'indifférence envers la raison comme un égarement, et invite à plusieurs reprises les hommes, à la réflexion et à la méditation, dans le but d'apprendre la science divine et les croyances religieuses. Et ceux qui ne profitent pas de cette lumière sont même comparés aux animaux.

“La pire des personnes pour dieu est le sourd muet qui ne réfléchit point”.Coran, sourate 8, verset 21

Le Prophète de l'Islam a dit:
“Dieu a assigné à J'homme deux guides, l'un extérieur et l'autre intérieur, c'est à dire les envoyés de Dieu et la pensée.

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Les Mu'tazilites et les Chiites s'opposent à l'école ach'arite. De tous les attributs de Dieu, ils ont choisi la justice comme un principe idéologique. S'appuyant à la fois sur les preuves rationnelles et celles transmises par le Prophète, ils ont réfuté et rejeté, car incompatibles avec le principe de justice, les doctrines de la prédétermination des actes de l'homme et l'effet sans intermédiaire de la justice divine. Ils croient que la justice est à la base des actes de Dieu, aussi bien dans l'ordonnancement de l'univers que dans l'établissement des lois. Tout comme les actes humains peuvent être pesés d'après les critères du bien et du mal, les actes du créateur sont soumis aux mêmes critères.

Puisque la logique et la raison disent que la justice est louable en soi et que l'injustice est répréhensible, jamais un objet d'adoration dont les caractéristiques incluent une intelligence infinie et un esprit infini n'entreprendrait un acte que la raison réprouve.

Quand nous disons que Dieu est juste, ceci signifie que Son essence créative et omnisciente ne fait rien qui soit contraire à la sagesse. Cependant, le concept de sagesse, appliqué au Créateur, ne veut pas dire que s'Il agit selon Son désir, c'est qu'Il manque de perfection et qu'Il cherche Son propre avantage. Mais cela prouve plutôt, Son soin à faire passer l'homme de la déficience, à la perfection. Dieu veut conduire les êtres aux buts sublimes inhérents en leur essence. Il implante d'abord une forme de sa faveur en chaque phénomène quand Il le crée, pour ensuite, par une autre dimension de Sa générosité, le pousser vers la perfection de ses capacités intrinsèques.

La justice a alors un sens étendu, qui exclut naturellement toute oppression ou acte déraisonnable.

L'Imam Ja’far as-Sadiq - Que la paix soit sur lui explique ainsi la justice de Dieu:
“La justice dans le cas de Dieu signifie que vous ne devez rien attribuer à Dieu tel que si vous deviez faire la même chose, vous seriez blâmé ou reproché”1

Chez l'homme, l'oppression et toutes les formes de corruption dans lesquelles il s'engage, dérivent sans doute de l'ignorance et du manque de conscience ou de besoin couplé avec une bassesse innée. Quelquefois aussi, ils sont le reflet de la haine et de l'hostilité qui surgissent du fond de l'homme comme une flamme.

Nombreux sont ceux qui sont écœurés par la corruption et le caractère oppressif. Néanmoins, faute d'une juste perception de l'issue finale de ces faits, ils agissent avec injustice et se souillent avec toutes sortes de méfaits.

Quelquefois, l'homme ressent le besoin de choses dont il n'a pas les ressources et ne peut acquérir. Ceci est la cause principale de plusieurs méfaits. Le sentiment de besoin, de faim et de colère, la prédominance en l'homme du besoin de faire du mal ou de dominer, tout ceux - ci sont des facteurs poussant à un comportement agressif.

Se laissant aller à la malfaisance, l'homme perd les rênes de la maîtrise de soi. Il concentre tous ses efforts pour satisfaire ses désirs, et violant toutes les restrictions éthiques, il commence à nuire au genre humain.

L'essence unique de Dieu, cet Etre infini, est libre de telles tendances et amoindrissement, car rien n'est caché de Sa science illimitée et il est inconcevable qu'il souffre d'impuissance vis - à - vis de quoi que ce soit, Lui, le pré - éternel dont les rayons infinis provoquent la vie et la subsistance de toutes choses et qui assure leur mouvement, leur variété et leur développement.

Une essence subtile qui comprend tous les degrés de perfection, et qui n'a besoin de rien pour que son absence lui procure de l'anxiété. Son pouvoir et Sa capacité sont certainement absolus, et comme Il peut faire tout ce qu'Il veut et dès qu'Il le veut, Il ne peut être obligé de dévier de la voie de la justice et de la transgresser, ou d'agresser quelqu'un, ou de se venger dans le but de calmer Sa colère ou d'entreprendre un acte irréfléchi.

Aucune des motivations pour un comportement injuste ne peut se trouver en Dieu, et en effet les concepts mêmes d'oppression et d'injustice sont inapplicables à un être dont la générosité et la pitié couvrent toutes choses et dont la sainteté de l'essence est clairement manifeste à travers la création. Le Coran nie à plusieurs reprises toute idée d'injustice de la part de Dieu, le considérant dans sa sainteté complètement au dessus de tout acte indigne.

Il dit: “Dieu ne considère jamais permis d'agir injustement envers Ses serviteurs; ce sont plutôt les hommes qui commettent l'oppression et l'injustice” Coran, sourate 10, verset 44

Dans ce verset, Dieu se dissocie de toute notion d'injustice, cette chose répugnante aux hommes, et la leur attribue au contraire. De plus, comment est - il possible que Dieu appelle les hommes à établir la justice et l'égalité et qu'Il commette lui - même un acte blâmable contrevenant à Sa propre Loi?

“Oui, Dieu commande la justice et le bienfait et recommande la générosité envers les proches et Il interdit la turpitude, le blamable et la rébellion. Il vous exhorte, peut-être vous rappelleriez-vous?” Coran, sourate 16, verset 90.

Le Coran présente la justice comme le but principal de la mission des prophètes:

“Nous avons certes envoyés Nos apôtres, avec les preuves, et fait descendre, avec eux, l'Ecriture et la Balance, afin que les Hommes pratiquent l'équité.Coran, sourate 57, verset 25

Citons aussi le point de vue de l'Imam Ali - Que la paix soit sur lui - sur la justice sociale:
“Un jour Ibn Abbas eut l'honneur de se présenter chez le commandeur des croyants, du temps de son califat. Il le trouva en train de raccommoder de vieux souliers. L'Imam demanda a Ibn Abbas: “Quel prix donnes - tu à ces souliers:” Il répondit: “Rien”. L'Imam dit: Sache alors que ces mêmes souliers valent plus pour moi que le gouvernement, à moins que je puisse faire régner le droit et la justice par ce pouvoir.”2

L'Islam accorde une importance telle à la justice, qu'il ordonne aux Croyants, de combattre non seulement les oppresseurs hérétiques, mais aussi tous ceux qui dévient de la juste voie, même sous le nom de l'Islam.

“Lorsque deux nations de croyants se font la guerre, cherchez à les réconcilier. Si l'une d'entre elles agit avec iniquité envers l'autre,combattez celle qui a agi injustement, jusqu'à ce qu'elle revienne aux préceptes de Dieu, si elle reconnaît ses torts, réconciliez la avec l'autre selon la justice, soyez impartiaux, car Dieu aime ceux qui agissent avec impartialité”.Coran, sourate 49, verset 9.

Le point intéressant qui ressort de ce verset est que le médiateur au moment de la réconciliation, doit s'assurer que le différend est réglé avec justice, sans montrer de la douceur envers l'agresseur. C'est à dire lorsqu'un désaccord a eu lieu pour des motifs d'agression, le médiateur ne doit pas essayer de mettre fin à la dispute en encourageant l'une des parties, à la clémence et l'indulgence envers le fautif, et en fin de compte, à renoncer à ses revendications en faveur de l'autre. Car une approche indulgente pourrait renforcer l'esprit d'agressivité existant chez ceux qui ont commencé la guerre. Il est en fait, conventionnel de satisfaire l'agresseur dans de tels cas en lui faisant des concessions.

Bien que la renonciation volontaire à son droit soit un acte louable en soi, ce même acte aura, en de telles circonstances, un effet indésirable sur la mentalité de l'agresseur. Le but de l'Islam est d'extirper l'oppression et l'injustice de la société islamique et d'assurer ses membres que personne ne peut gagner quoi que ce soit par la force ou l'agression.

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En vérifiant l'ordre de la création, nous verrons qu'il y prévaut un équilibre vaste et étendu sur tout phénomène physique. Ceci est évident dans la régularité des atomes, la rapidité des électrons, la rotation des plan tes et les mouvements de tous les corps. Il est visible dans les royaumes minéral et végétal, dans les relations précises qui existent entre les organes d'un être, dans l'équilibre entre les composants internes de l'atome, dans l'équilibre entre les immenses corps célestes et leurs forces d'attractions si bien calculées. Toutes ces formes d'équilibre, ensemble avec les autres lois précises que la science continue d'explorer, témoignent de la présence d'un ordre indéniable dans l'univers, et qui est confirmé par les lois mathématiques.

Notre véridique Prophète a décrit cette justice universelle et cet équilibre total - le fait que rien ne soit irrégulier ou mal placé dans cette affirmation précise et éloquente:
“C'est un véritable équilibre et une symétrie qui maintiennent la terre et les cieux”.
Le Coran attribue les paroles suivantes à Moïse, que la paix soit sur lui-.

“Notre seigneur, dit Moïse, est celui qui a donné à chaque chose sa forme puis Il l'a guidée”.Coran, sourate 20, verset 50

Dans cette petite phrase, Moïse explique au Pharaon la façon dont le monde a été créé en même temps que son ordonnancement et sa beauté, qui sont des signes de Dieu. Son but était de le sauver de ses pensées erronées et de l'aider à percevoir l'existence d'un ordre de l'univers divinement institué.

Une des normes implacables gouvernant la nature est donc l'ordre et la justice, et toutes choses en vertu de leur soumission aux normes et aux lois de la nature, sont engagés dans un processus d'évolution vers la perfection qui est spécifique à chacune d'elles. Toute déviation de ce modèle général, et des relations en découlant, entraînerait le chaos et la confusion.

Chaque fois qu'une irrégularité a lieu dans la nature, les phénomènes eux-mêmes manifestent leur réaction, et des facteurs internes ou externes émergent en vue de déplacer les barrières du développement et rétablir l'ordre nécessaire à la poursuite de son chemin vers la perfection.

Quand le corps est attaqué par les microbes et d'autres causes de maladie, les globules blancs commencent à les neutraliser, d'après une loi inéluctable. Tout médicament extérieur qui peut être administre, n'est qu'un facteur externe aidant les globules blancs dans leur tache de neutralisation et de rétablissement de l'équilibre dans le corps.
Enfin il est impossible que Dieu, dont l'amour est infini et dont la bonté et les faveurs à Ses serviteurs sont illimitées, puisse accomplir le moindre acte d'injustice. C'est en effet ce que confirme notre Saint Livre:

“C'est Dieu qui vous a donné la terre pour fondation et le ciel pour édifice. C'est Lui qui vous a formés et quelles formes admirables Il vous a donné! qui vous nourrit de mets délicieux; ce Dieu est votre Seigneur. Béni soit Dieu le maître de l'univers”. Coran, sourate 40, verset 64

  • 1. Kefayat - al Movahhedin. Tome 1. p. 442
  • 2. Nahj - ul-Balagha, sermon 33

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