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La Mission Prophétique

Enfin, l'instant attendu annoncé auparavant par les prophètes arrive: l'orphelin vient d'accéder à une Mission Divine, alors qu'il est âgé de quarante ans. La nuit noire comme jais, marche sans étoiles...et Muĥammad, au coin d'Hirra, s'absorbe à l'oraison dominicale. C'est une voix perçante qui frappe le cœur d'un analphabète et qui l'appelle: "Lis au nom de ton seigneur qui a créé tout..." C'est le début de la Révélation Divine...

Une vague soulevée de l'Océan de la divinité touche l'âme l'un être divinisé, inquiet, anxieux et l'embrasse. Une tempête dans le cœur d'un tourmenté, qui se transforme ensuite à un sentiment chaleureux et spontané... Muĥammad se lève, il rentre chez lui, ayant au fond de son cœur l'émotion inintelligible, car il est chargé de lourde responsabilité... il lui faut l'accomplir... Il vient d'accéder au rang de Maître de l'humanité, de précurseur de l'Homme au cours d'un long chemin à parcourir... Il doit acheminer, le guider vers la source de la lumière...

Une phase nouvelle dans la vie de Muĥammad, au cours de laquelle il manifeste beaucoup de dynamisme, commence. La pensée motrice de ce dynamisme a pour objectif d'assurer la béatitude de l'homme. Cette pensée, à son. Tour, est animée par les messages célestes, révélés à Muĥammad, en tant que le dernier des prophètes.

C'est bien la révélation dont le contenu bouleverse Muĥammad de manière telle que cette personne placide, sereine devient la source de mouvements d'éclat, ainsi que le moteur de la révolution la plus grandiose du monde. Ceux-ci avivent le monde lugubre, animent et orientent l'Homme, resté pendant longtemps comme un cadavre inerte, pour atteindre la perfection. La teneur de la Révélation met vigoureusement en cause tous les codes absurdes, fautifs d'autrefois, faisant partie de la coutume Jâhilite, considérée comme les principes socio-moraux, attestée par l'estimation de la conduite individuelle et des mœurs.

A la place, ils introduisent les mesures humanitaires, rationnelles indiquant la voie à suivre pour parvenir à la perfection. Ils comportent également l'ensemble des valeurs dont l'application donne de la vitalité et le sens à la vie. Le contenu des messages divins révélés à Muĥammad éloigne l'homme de la stérilité intellectuelle, réveille à l'intérieur de lui-même la capacité créatrice de mieux réfléchir, pour manifester l'ensemble miraculeux de l'âme humaine...

Dès lors, Muĥammad continue à recevoir fréquemment de telles révélations. Les messages divins actualisés en versets, en langue arabe, descendent sur le prophète de Dieu; les versets prodigieux qui, du point de vue de la forme, du contenu, de la syntaxe ne sont analogues ni au langage de Muĥammad, ni comparables à celui des orateurs, des poètes forts éloquents de l'époque, aussi étrange que cela puisse paraître, les arabes jâhilites, qui n'appréciaient pas la science, le savoir, étaient réputés dans les domaines d'éloquence et de la poésie lyrique. Quant à Muĥammad, il ne fut jamais attiré par la poésie.

Muĥammad alors, doit communiquer les mes sages ainsi reçus à un peuple égaré, métamorphosé, adorant les diverses idoles qu'il s'était donné. Cet appel doit d'ailleurs être accompli dans une communauté où règne l'institution aberrante tribale, en conséquence, elle est totalement inapte à admettre le monothéisme.

Vraisemblablement, l'idéologie islamique a non seulement dépassé de beaucoup l'échelle des perspectives intellectuelles dans cette communauté, mais elle est aussi supérieure à tout le savoir religieux du monde d'autrefois.

Face à cette sorte de difficultés, Muĥammad réagit avec une compétence géniale pour accomplir sa mission divine: Il commence par s'adresser d'abord aux membres de sa famille, ensuite il appelle le Mecquois à embrasser l'Islam, puis les habitants de la péninsule d'Arabie, et enfin il déclare sa prophétie comme le Sceau des prophètes et lui-même comme le Prophète de la religion mondiale.

Ali-ibn-Abitalib, ayant le mérite exceptionnel d'être dès son enfance dans le foyer lumineux de Muĥammad, est le premier homme qui accepte la Révélation divine et devient musulman, parmi les femmes, la première, c'est la propre épouse de Muĥammad qui adopte l'Islam1.

Ensuite, les autres se convertissent graduellement à la foi islamique.

Muĥammad doué de la perspicacité divine, et d'une maturité politique extraordinaire, aborde l'ennoblissement de l'homme. Il lui ouvre une voie où l'homme y pourrait poursuivre sa quête au fin fond de son âme. Là, l'homme par contemplation, connaîtrait les confins illimités de l'Existence, et les diverses manifestations de l'Unicité Divine, se révèleraient. Cette démarche transcendante, pure et haute, favorisa le plan d'auto formation de l'homme introduit par le prophète de l'Islam.

A ce propos, l'autre phénomène excentrique à remarquer: le fils issu d'une société présomptueuse dont les individus se vantent de l'excellence de leurs coutumes et mœurs tribales, et où toutes les normes et toutes les valeurs sociales exclusivement au profit d'une catégorie privilégiée sont basées sur le fanatique aveuglement zélé, et non-fondé, s'élève.

Il dénonce les codes attestés et pratiqués ainsi que les privilèges accordés à certaines couches sociales, les principes d'oligarchie, abolit ces règles fantomatiques autrefois en usage, et introduit l'ensemble des normes les plus justes concernant la vie, le comportement humain et les relations sociales. Il se dresse parallèlement afin de localiser tous les efforts, les pensées émancipatrices pour que les nations finissent par se libérer de toute sorte d'esclavage; et encore pour que les déshérités opprimés s'affranchissent du despotisme cruel des Césars et des Cossroès.

Ces institutions suprêmes présentent des caractères distiques dont la haute valeur est visible même aux yeux de ceux qui ne les croient guère divines. En effet, l'histoire humaine n'a jamais, au long des siècles, disposé un tel credo, comprenant à la fois, les institutions religieuses et socio-politiques les plus suprêmes.

* * *

Durant trois ans, la prédication du prophète se déroula en cachette. Le polythéisme commença clandestinement, Pendant les treize ans que l'apostolat de Muĥammad fut concentré à la Mecque. Les seigneurs-marchands païens effrayés par les perspectives dominantes de la foi islamique se sentirent menacés et réagirent violemment. pour éteindre la voix libératrice de l'Islam, pour maintenir leurs traditions jâhilites, ils commencèrent obstinément la véhémente hostilité contre le Prophète. Les musulmans furent les sujets des traitements les plus sauvages, ainsi que des persécutions sous leurs divers formes vexatoires et pénibles. En raison de leur conversion à l'Islam, on les enchaîna, on les exposa régulièrement à la chaleur torride, en plein soleil brûlant, avec de grosses pierres sur la poitrine et sur le dos. On leur demanda d'abjurer la foi islamique et de renoncer au prophète. Un couple, Yassir et Somayyah subirent les plus cruelles tortures à la suite desquelles ils moururent: Ce sont les premiers martyrs du mouvement religieux nouveau-né. Yassir fut martyrisé et sa femme assassinée par Abu-Jahl, l'ennemi juré du Prophète2.

Les traitements injustes et cruels infligés avec acharnement aux musulmans eurent comme objectif d'étouffer et d'opprimer la révolution dans son noyau. Car, il s'agissait d'une question de vie ou de mort; si le prophète parvenait à propager la pensée religieuse islamique, cela correspondrait à la fin de leur domination économico-politique, et par conséquence à la perte de leurs privilèges. Il nous faut signaler que le facteur du sentiment de jalousie y joua aussi un rôle prépondérant.

Les mesures hostiles prises par les Quraichites contre les musulmans furent telles qu'ils leur rendirent impossible de résister à une pareille pression et de vivre à la Mecque. L'histoire témoigne que pendant cette période, entendre la récitation des versets coraniques fut strictement interdite! De plus, on avertit les membres des caravanes, à l'entrée de la Mecque, de ne pas être en contact avec les musulmans.

Face à la véhémence croissante de l'opposition farouche Mecquoise, pour ne plus être harcelés et en quête d'un asile en but d'y célébrer l'office divin et d'y pratiquer leur liturgie, un certain nombre de musulmans durent quitter leur ville natale et s'expatrièrent en Abyssinie, Mais les païens de la Mecque ne les laissèrent pas tranquilles et les poursuivirent. Ils dépêchèrent alors une délégation auprès du Négus le souverain d'Abyssinie.

En lui offrant des cadeaux précieux, les envoyés demandèrent l'extra diction des réfugiés musulmans. En réponse, le Négus déclara que ces expatriés s'étaient réfugiés auprès de lui et qu'il ne pourrait pas les expulser sans avoir vérifié leur croyance. Après s'être entretenu à Djafar-ibn-Abitâlib, Le porte-parole des immigrés musulmans, il fut convaincu du bien-fondé de la cause de l'Islam, et fortement impressionné, notamment en ce qui concernait l'attitude des musulmans envers Jésus Christ et sainte Vierge Marie.

D'après les chroniques, le Négus et L'assistance chrétienne pleurèrent d'émotion en entendant la sourate du Coran. le Negus dit aux musulmans: La source de cette Lumière (de l'Islam) est la même que celle du Message de Jésus. Allez en paix. Je ne vous livrerai jamais aux païens. "Par Dieu, Jésus n'eut pas si grande estime auparavant"3.

Ce qui ne plut pas du tout à ces ministres. Malgré eux, en vénérant les musulmans et leur idéologie religieuse, il refusa les cadeaux des Quraichites. Il laissa entendre que Dieu ne lui a pas pris de tribut à son accès au pouvoir et il ne voulut non plus le faire!4

Les musulmans expatriés, sous la protection du Négus, célébrèrent librement leur liturgie. Ainsi, encore une fois, la Lumière vainquit les ténèbres. La délégation Quraichite exaspérée et vaincue rentra à la Mecque. Le complot fut ainsi grâce à Dieu, déjoué.

  • 1. Moroudj- oz- Zahab, t. I, p.400.
  • 2. Halabi, Çira, p.334.
  • 3. Ibn Hishâm, Çira, p. 218.
  • 4. Ibn Hishâm, Çira, p. 338.

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