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L'Hégire

L'étouffement d'esprit, les voiles ténébreux régnaient sur la Mecque. Les musulmans y étaient haïs, poursuivis, tracassés et martyrisés; toujours menacés d'arrestation et risquant la mort. Les combattants de l'Islam ne disposaient pas de la puissance militaire en vue d'assurer leur auto-défense. L'Hégire fut donc ordonnée. Le Prophète recommanda à ses adeptes de quitter la ville et de se diriger secrètement vers la Yathrib, seul ou par les petits groupes.

Ayant senti cet état, considéré d'ailleurs périlleux, les Quraichites tentèrent de leur rendre impossible le départ.

Ils prirent même en otages leurs épouses afin de dissuader les musulmans d'émigrer. Mais rien ne put empêcher les musulmans de quitter le bastion d'incrédulité, du polythéisme et de l'oppression. Les adeptes du prophète décidèrent d'accomplir l'Hégire car ils étaient conscients de la conséquence de cet évènement historique.

A vrai dire, dans la perspective conceptuelle islamique, le terme ne dénote point un simple déplacement géographique. Le terme signifie une rupture des relations affectives et/ou temporelles, une rupture toujours vivante et actuelle, l'abandon en partie ou en totalité; et enfin l'émigration symbolique.

En bref, la majorité des musulmans étaient partis, accueillis chaleureusement par les Médinois. La Mecque se vidait peu à peu des musulmans, ce qui faisaient peur aux Mecquois. A la suite des nouvelles inquiétantes parvenues de Médine, l'anxiété et l'appréhension des païens mecquois augmentaient de jour en jour. Après que toutes les mesures redoutables prises contre Muhammad et son mouvement religieux eurent échoué, ils cherchèrent à fomenter un nouveau complot contre le Prophète du Dieu pour atteindre définitivement leur objectif final. Cette fois-ci, il s'agissait d'assassiner le prophète. Les comploteurs confièrent la tâche à une bande terroriste composée des jeunes, un de chaque clan; pour que le crime redoutable soit partagé par presque toute la Mecque. Ceux-ci planifièrent de mettre à exécution leur mission nuitamment1.

Ayant assiégé la maison du Prophète, ils surveillaient sa chambre, l'attendirent tout au long de la nuit, à la porte de sa maison. Les païens comploteurs furent persuadés que Muhammad privé du soutien de son clan, était alors sans protection et sans partisan à la Mecque, qu'il ne pouvait pas échapper à ce danger et qu'ils mettraient fin à son aventure à l'aurore.

De son côté, le Prophète demanda à Ali-celui dont la conscience et l'âme furent enracinées de l'Islam et qui ne fut point soucieux de la mort sur le chemin de Dieu, et pour sauver la vie de Muhammad-de coucher dans son lit et lui même en compagnie de Abu-Bakr quittèrent la Mecque discrètement. L'aube se leva et les agents des païens, dépités, virent Ali se lever du lit du Prophète!

Muhammad se réfugia nuitamment dans une caverne, ensuite lui et son compagnon s'acheminèrent vers la Yathrib par la route détournée. comment le Prophète put-il se délivrer du piège des assiégeants? on n'en sait rien! Quoi qu'il en soit, ce qui est certain. c'est que la Volonté Divine lui sauvegarda la vie et le complot des païens fut, à nouveau, voué à l'échec. Une autre fois, avorté la lâche conspiration, l'Omnipotence du Dieu se manifesta pour que la souveraineté divine règne et que l'humanité soit comblée de bienfaits.

* * *

Avant l'Hégire, un certain nombre de pèlerins médinois venus à la Mecque pour célébrer le culte du pèlerinage annuel embrassèrent l'Islam. De retour, dans leur ville natale, ceux-ci s'efforcèrent de propager la nouvelle Foi.

En communiquant les messages divins, ils parvinrent à orienter efficacement la perspicacité du peuple; ce qui fut un coup fatal à la prédominance de l'idolâtrie.

Médine fut régulièrement dévastée par des guerres tribales, et ses habitants pâtirent des hostilités, ils accueillirent alors l'Islam comme une idéologie libératrice qui leur octroierait le bonheur et la paix.

Certes, sans connaître l'état catastrophique de la péninsule d'Arabie de l'époque, on ne peut pas saisir le besoin impérieux de cette société d'une telle religion.

Pour en avoir un aperçu, il nous semble utile de citer la parole d'Ali (que paix soit sur lui), tirée d'une de ses harangues qui traite merveilleusement le problème en question:"Dieu envoya Muhammad en vue d'avertir le monde2".

"Il lui confia ses commandements. A l'époque, vous les Arabes, suiviez la pire des croyances, viviez dans la condition la plus épouvantable, vous versiez le sang, vous rompiez les relations humaines, toujours en conflit avec vos proches, mythifiés par les fétiches et les idoles, vous étiez prisonniers de vos péchés."

* * *

L'Hégire devint le point de départ dans l'histoire de l'Islam. Une nouvelle phase commença dans l'histoire de la religion islamique. Le mouvement de Muhammad s'affermit à Médine. Son appel fut entendu de maison en maison et s'enracina au fond des cœurs, cela donne naissance à "Umma", le terme coranique désignant "l'ensemble des groupes humains qui choisissent consciemment un chemin précis à parcourir pour arriver à un but commun".

La pensée créatrice et l'esprit logique de Muhammad inspiré par l'Omniscience lui permirent de bouleverser le système socio-moral destructif, des coutumes inhumaines qui prévalaient jusqu'alors. Il introduisit un ensemble d'ordres transcendants par lequel l'esclavage, l'oppression et l'agression disparaîtraient, les diverses souverainetés hérétiques seraient détrônées. Il mit en pratique la vertu, de même qu'il offrit également à l'humanité le credo islamique dans lequel la justice, les principes humanitaires étaient valorisés, Ce fut essentiellement sur ces directives que Médine se transforma, devint une base religieuse et sociopolitique.

Loin d'être un facteur négligeable, les expériences acquises à la Mecque, les épreuves de souffrance, de boycottage économico-social supportés, les programmes d'auto-formation conduisirent les Muhâjerines à franchir les étapes évolutionnaires. Les musulmans furent alors dotés des principes et des vertus islamiques, cela avec les conditions propices de Médine et la fidélité des Médinois favorisa la réalisation d'une sorte de spiritualité collective islamique. Les musulmans devinrent de plus en plus ingénieux et disciplinés, et Médine, le centre de gravitation du pouvoir temporel-spirituel de l'Islam

Médine devint donc une base non seulement pour islamiser la péninsule d'Arabie, mais aussi, celle destinée à étendre la religion islamique dans le monde entier.

C'est à partir de Médine que le Prophète de Dieu présenta l'idéologie islamique aux diverses nations. Il appela la totalité des hommes à se ranger sous l'étendard de la religion monothéiste. L'idéologie islamique se propagea, dans une période de moins d'un demi-siècle. Elle gagna les grands pays prospères d'autrefois, en bannissant l'âme et le cœur du monde. A l'ombre des offrandes que leur accorda la foi islamique, ils vivaient heureux.

Ceux qui dans l'ordre de la connaissance ne font qu'effleurer sans approfondir, attribuent la rapidité vertigineuse de la propagation de l'Islam dans un délai aussi bref au hasard, et même parfais, malicieusement, à la force de l'épée!

Ayant présent à l'esprit le fait que les évènements, tel que l'avènement de l'Islam, ne surviennent jamais d'une façon fortuite. On se demande si la création et l'instauration d'un système philosophique et juridique, grandiose soit-il, pourrait être le fruit du moral. Si hasard et la conséquence de la violence. Et encore est-il judicieux de croire que le hasard réalisa un tel fait, une fois et seulement une fois, dans la contrée d'Arabie, tout au long de l'histoire, pour ne plus jamais se produire?

Si l'apparition d'un personnage-présentant un idéal de philosophie, religieuse et morale, dans une région si pauvre intellectuellement, si éloignée des grands courants de la civilisation humaine, et qui put octroyer à l'humanité une ligne de pensée créatrice dont une civilisation majestueuse naquit, et de laquelle résulta l'épanouissement intellectuel et scientifique-fut tributaire de tels ou tels facteurs socio-politiques d'une communauté quelconque, comme le disent certains observateurs superficiels. on se demande encore pourquoi ce fait ne se répéta jamais, alors que les mêmes facteurs existèrent à plusieurs reprises dans la communauté en question.

Nulle réforme, nulle révolution issue de diverses conditions sociales ne se concrétise brusquement et sans avoir une corrélation étroite avec les faits précédents. Ces faits à leur tour, ne sont qu'une suite d'évènements de cause à effet et ainsi de su ite. L'ensemble des circonstances qui déterminera les modalités de la réforme, de la révolution. Il conditionnera également l'ensemble des caractères constamment d'ailleurs en voie d'évolution, du personnage qui l'anime. Autrement dit, le contexte social dans lequel il vit, va influencer sur son évolution, son orientation idéologique et sa formation spirituelle.

Le cas de Muĥammad, le Prophète de l'Islam, est essentiellement différencié dans la mesure où, premièrement, il ne fut pas un maillon de la chaîne de pensée se développant au sein de la communauté humaine, et que, deuxièmement, il n'y eut jamais dans cette société de formation préalable à l'ensemble des perspectives et des valeurs qu'il introduisit.

La dynamique de la révolution religieuse trouva son origine au fond de son âme sans que celle-ci fût sous l'influence des faits précédents. Ce ne furent pas la vigueur du mouvement des adeptes de Muĥammad, la ferveur pieuse des musulmans révolutionnaires qui formaient le noyau d'apostolat et qui contribuaient à son épanouissement. Au contraire, la force mobilisatrice de fervents adeptes du Prophète fut inspirée par Muhammad.

A vrai dire, la nouvelle vague apparue au sein de la communauté fut une partie d'un "tout", de celui de la révolution religieuse de Muhammad. Donc, Muhammad n'émergea pas de la révolution, ce fut la révolution qui naquit de lui. Ces remarques mentionnées, nous pouvons conclure que le mouvement révolutionnaire de Muhammad est beaucoup plus différencié des autres mouvements historiques. En étudiant la phénoménologie de l'Islam nous nous trouvons devant un mouvement étendu, englobant tous les aspects de la vie, où toutes les valeurs profondes, humanitaires se manifestent. C'est bien à la lumière d'enseignements islamiques que la société primitive fondée sur le tribalisme se transforma profondément, aboutissant à une communauté humanitaire, grandiose, merveilleusement structurée, dont la perspective dominante resterait éternellement l'idéal pour établir la communauté à échelle universelle dans laquelle l'ensemble de l'humanité se rangerait sous l'étendard de l'Unité Divine.

Il nous semble utile de jeter un coup d’œil sur ce qu'on a dit les grandes personnalités mondiales concernant le sujet en question. Nehru, le digne personnage célèbre d'Asie a écrit : "Chose surprenante, la race arabe qui semblait, durant des siècles, demeurée dans une contrée sans renom endormie, ayant perdu totalement sa vivacité, isolée du monde, ignorant apparemment tout ce qui s'y passait, se réveilla soudain, bouleversant avec une force vigoureuse le monde. L'aventure arabe et l'histoire de sa progression en Asie, en Afrique et en Europe, et avec la fondation d'une civilisation magnifique et une culture suprême, constituent un des merveilles du monde dans l'histoire humaine.

La pensée motrice qui éveilla le monde arabe et le combla de la confiance en soi et de la force créatrice ne fut que l'Islam prophétisé par Muhammad. Après avoir conquis, la Mecque, Muhammad envoya le message aux rois et aux souverains d'autrefois, les conviant à admettre l'existence du Dieu Unique, et à adopter volontairement l'Islam comme religion. Cela signifie, en effet, sa confiance en lui-même ainsi qu'en sa Mission Divine, Il put également confier le même sentiment au peuple, et l'inspirer, tant que ce peuple nomade parvint à dominer la moitié du monde.

L'Islam offrait comme message la fraternité et l'égalité partout où il était adopté. En comparaison avec les principes du christianisme déformé d'alors, ce message eut beaucoup plus d'attrait, non seulement pour les arabes, mais aussi pour d'autres nations qui se convertissaient à la foi islamique3".

D'où vint cet essor considérable? C'est l'évidence même que la formulation et la réalisation d'un tel bouleversement créateur et surprenant au sein de l'histoire humaine proviennent des principes religieux introduits par un personnage divin, c'est-à-dire Muhammad: le prophète de l'Islam. Le personnage qui n'eut ni la possibilité de disposer des moyens matériels indispensables, ni d'accéder à la source la connaissance philosophico-scientifique d'autrui, ni même d'acquérir une formation éducationnelle!

La métamorphose qui a conduit une telle société rétrograde, fermée à tout élan nouveau de l'âme et de l'esprit, de la dégénérescence à la gloire humanitaire et tout cela par un individu terrestre - ne peut être considéré comme un phénomène naturel. Au contraire, cela est tout à fait significatif, révélant une force surnaturelle incarnée par un personnage divin.

Aujourd'hui, l'Islam a quatorze siècles d'histoire derrière lui, toujours brillant et dynamique. Le saint Coran, et l'idéologie islamique qui implique la béatitude de l'homme, a parcouru le monde, démontrant ainsi sa supériorité indéniable sur les autres livres sacrés. Le noble nom d'Allah et de son envoyé, cet être suprême, courent sur les lèvres et dans les cœurs de millions d'individus. Ce sont également ces noms, qui chaque jour et aux quatre coins du monde, chantés du haut des minarets, emplissent l'Univers avec une magnificence pleine de sainteté et de spiritualité, pénétrant au fond de l'âme, purifiant le cœur. C'est bien la réalisation d'une Promesse Divine. Comme Allah annonça à Muĥammad :

"Nous avons exalté la renommée4".

  • 1. Ibn Hichâm, Çira, t. l, p. 480.
  • 2. Nahj-ul-balagha, p. 83.
  • 3. Nehru, Un regard sur L'histoire du monde, t.l p. 317, 322.
  • 4. Le Coran, 94:4.

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