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Le Sceau de la Prophétie

En Islam, le sceau de la prophétie est considéré comme un des noyaux essentiels de la foi religieuse, du fait qu'il n'y a plus de prophète après Muhammad, jusqu'a la fin du cycle présent de l'humanité. En d'autres termes, le cercle de la prophétie s'achève avec lui. Quand on parle de l'Islam, on ne peut point ignorer le rôle fonctionnel du "Sceau du Prophétie" qui implique, d'ailleurs, la synthèse de ce qui précède: le message de Muhammad confirme et résume ceux des prophètes antérieurs. C'est ainsi que, pour chaque musulman, le nom de Muhammad est intimement lié avec sa fonction, en tant que le dernier Messager divin, de même qu'il considère le Saint Coran comme le dernier message divin révélé au Prophète de l'Islam.

A l'exception de l'Islam, on ne connaît aucune religion qui ait proclamé la clôture de la mission religieuse divine, et aucun prophète ayant prétendu l'éternité de sa prophétie. Depuis l'avènement de l'Islam, il y a quatorze siècles, personne n'a osé prétendre sérieusement être un prophète chargé d'une mission divine, alors qu'on considère le prophète de l'Islam comme le dernier messager de Dieu, le dernier législateur inspiré par Dieu, qui a complété les législations postérieures. C'est bien dans son enseignement que se cristallisent toutes les valeurs issues de missions prophétiques précédentes.

Contrairement aux autres doctrines religieuses qui se limitent, d'ailleurs, dans un cadre spatio-temporel restreint, l'Islam présente le caractère universaliste attaché au message qu'il contient, et ses possibilités d'adaptation à tous les milieux sociaux, à tous les peuples, car par sa nature des enseignements profonds, il franchit toutes les frontières temporelles. En effet, l'universalisme de l'Islam est indéniable puisqu'il est le rappel de toutes religions révélées. C'est peut-être par là que le Coran énonce Muhammad comme le "Sceau des prophètes".

Mais, la rencontre de la nécessité de la prophétie continuelle, la condition essentielle assurant, d'une façon flagrante, le dynamisme de la vie humane, et la clôture de la prophétie qui engendrerait une sorte de stagnation ne soulèvent-elles pas de contradictions?

Comment peut-on réconcilier les principes qui mettent en valeur l'invariabilité du credo de base islamique et le principe de " devenir", de l'évolution constante du besoin de chercher les nouveau x horizons de conception, et de pensée tant attestée, encouragés et recommandés en Islam?

De même, comment peut-on faire le pont entre le passé, le présent, et le futur pour lier les revendications, les sentiments de l'homme vivant dans nos sociétés actuelles, industrialisées, avec toutes ses inspirations, et son exigence, soi-disant progressiste, avec sa croyance religieuse qui lui demande le respect et l'attachement sincère à une série de traditions et de valeurs fixes?

L'Islam en introduisant, lui même la thèse du"Sceau de la prophétie" nous a fourni la réponse:

D'une manière générale, il semblerait qu, une des raisons pou r laquelle les missions prophétiques se renouvelaient successivement soit celle-ci: Les livres divins ne furent guère à l'abri de déformation du contenu et le changement arbitraire et sournois effectués par les malfaiteurs, les démagogues, les classes dominantes pour en tirer leurs profits. A la suite de ces modifications, les livres sacrés perdirent naturellement la compétence et la capacité pour orienter, instruire le genre humain, et pour le conduire vers les étapes évolutionnaires, voulues.

Mais dès que l'homme parvint à un stade de maturité intellectuelle et morale qui le rendait capable d'esquiver ce piège périlleux, de sauvegarder et même de propager honnêtement le contenu du message révélé, la cause essentielle de la prophétie successive disparaît également.

De ce point de vue, la période de l'avènement de l'Islam se différencie de celle d'autres religions dans la mesure où, à cette époque, les enseignements islamiques octroyaient à l'homme la possibilité d'entrer dans une phase d'intelligence inductive et de franchir un grand pas vers la maturité spirituelle. Ce qui a eu pour conséquence, la réalisation concrète de la clôture prophétique, Dès lors, une autre phase, d'ailleurs, très significative par sa nature commence: La fonction de donner les directions et d'orienter l'Ummat, c'est à dire la communauté islamique est confiée aux saints Imans, et ensuite, aux savants compétents et vertueux. A partir de ce moment, la mission prophétique prend une autre dimension, autrement dit, le cercle du temps de la prophétie, clos avec le prophète de l'Islam, maintient sa présance sur le cycle de l'Imamat, à la suite duquel sera le règne de la raison, de la sagesse, de la contemplation, et enfin, d'une sorte de conscience collective, du fait qu'il y n'aura plus une personne, et une personne seule qui assumerait cette charge et cette responsabilité. D'après le Coran:

"Que soit parmi vous, une communauté qui appelle au bien, ordonne ce qui est convenable et interdise ce qui est blâmable, car voilà les gagnants"1.

Voilà La force motrice du dynamisme vivant de l'Islam: une fois close la prophétie, d'autres horizons se manifestent: L'Imamat, comme on l'a déjà souligné, à la suite duquel l'interruption de la mission prophétique donne sa place à la raison et au raisonnement contemplatif Là, il faut spécifier aussi, la continuité dynamique va substituer la discontinuité éventuelle stagnante. Dans un tel système socio-intellectuel, la pensée se libère de toute sorte de conditionnement et de l'ambiguïté qui pourrait mener l'homme au fond de l'abîme. A la lueur de l'effort contemplatif continuel des savants dignes de foi, la vie sociale et l'interrelation de l'individu s'organisent, pour répondre à toutes les inspirations de l'homme moderne.

Le saint Coran retrace les traits caractéristiques et les lignes essentielles du système en question. A ce propos, Iqbâl, le grand penseur musulman a dit:

"Le prophète de l'Islam semble se tenir entre le monde antique et le monde moderne. En ce qui concerne la source de sa Révélation, il appartient au monde antique, en ce qui concerne l'esprit de sa Révélation, il appartient au monde moderne, En lui, la vie trouve d'autres sources de connaissances, qui conviennent à sa nouvelle orientation"2.

Parmi les livres divins, le Coran est le seul qui put, grâce à la volonté divine, se mettre hors d'atteinte de déformation quelconque, qui n'eut sujet d'aucun alternat ion, et qui est demeuré intact. A vrai dire, la conservation intégrale du texte coranique, à travers des siècles, présente un autre aspect du miracle. Le Coran y fait allusion:

"C'est nous qui avons fait descendre le Rappel, certes, c'est nous qui en sommes les gardiens."'3

D'autre part, il faut dire que la croyance aux missions prophétiques, qui constitue la pierre angulaire de la foi islamique, signifie avoir la conviction en un courant ininterrompu historique qui se déroule du premier moment de la formation des sociétés humaines: une lutte continue et continuera entre deux forces antipodes: celle du Vrai et celle du Faux. Le combat se poursuivra jusqu'à ce que la Force du Vrai en sorte vainqueur: une digne récompense, un digne prix de la justesse. Par ailleurs, cette lutte, à chaque époque, a pris sa propre dimension, suivant la qualité du message et l'enseignement donné par les prophètes. Les réformes sociales, comme la modification des conduites individuelles ne réussirait qu'en tenant compte des réalités objectives de chaque société au sein de laquelle le programme doit se réaliser. Ce qui évidemment exige des plans d'action différents, qui ne sont obligatoirement toujours identiques, bien que les objectifs à atteindre puissent être les mêmes. Si l'on s'aperçoit donc, parfois, l'absence de concordance entre les démarches des prophètes, du point de vue des programmes et des méthodes, cela ne serait point dû aux principes et aux points essentiels. Elle ne représente que les aspects accessoires et n'engendrerait aucun inconvénient contradictoire sur le plan d'orientation intellectuelle et morale pour laquelle les prophètes ont été missionnés. On lit dans le Coran:

"Nous avons envoyé, à la suite des prophètes, Jésus, fils de Marie, pour confirmer ce qui était avant lui de Tora; une direction et un avertissement destinés à ceux qui sont pieux."4.

En ce qui concerne le Coran, il ne dévalorise point les Evangiles au contraire, il les confirme, de même qu'il comble d'éloge tous les prophètes précédents, et chante la louange des grands hommes purs, ainsi que les pré curseurs véridiques, les maîtres de pensé qui ont contribué à la perfection de l'humanité et qui ont subi la souffrance pour la cause humanitaire.

Bien que le peuple juif et un certain nombre d'autres, d'après les témoignages historiques, démontrent leur hostilité acharnée envers le prophète de l'Islam, le Coran mentionne, à maintes reprises, respectueusement le nom de Moïse et celui de Jésus, toujours avec une admiration mêlée de vénération. Ne peut-on y avoir un signe de la véracité et de l'authenticité du Coran, du fait qu'il témoigne une grande estime aux prophètes, alors que leurs adeptes s'opposèrent ostinément à l'Islam et à son messager Muhammad?

En effet le message Muhammad concrétisé dans les versets coraniques ne contient ni la moindre trace de l'ambition mondaine, ni de l'émulsion personnelle ni de la tendance égoïste, ni de l'interprétation tendancieuse:

"Et vers toi, nous avons fait descendre le livre et la vérité, pour confirmer ce qui existait du Livre avant lui en le préservant de toute altération. Juge donc parmi ces gens, d'après ce que Dieu a révélé : ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t'est venue. Nous avons donné, à chacun d'entre eux, une règle et une Loi."5

D'après l'Islam, la religion est enracinée dans la "Fitra" c'est-à-dire au très fonde de sa nature primordiale; autrement dit, elle y prend source, et celle-ci provient de Dieu Unique et Transcendant; par conséquent la diversité et la multiplicité n'a nulle place dans la religion. La Coran annonce:

"Pour la religion, donc, debout ton visage, en sincérité, selon la Nature dont Dieu a fait la nature des hommes - pas de changement en la création de Dieu: voilà la religion pure"6.

Or, si l'homme est prisonnier des traditions et des accidents qui surgissent dans le monde, et s'il ne retrouve son identité que par rapport et en fonction de ceux-ci, le chemin qui l'amène à la béatitude éternelle sera toujours le même. C'est la religion qui l'oriente en lui octroyant la vision du monde la plus nette et la plus juste. De ce point de vue, étant donné que la religion comprend l'ensemble de Lois divines, on aura tort de lui tourner le dos et de se réfugier dans les normes créés par tel ou tel. La religion, en tant que telle, nous présente une contrée vaste, sans frontière où la loi s’incarne en tenant compte de tout; la dédaigner ou l'abandonner, en se bornant aux lois soumises à l'intervention des individus, c'est bien marcher dans les ruelles tortueuses.

Montesquieu a écrit:7 "Il y a différents ordres des lois; et la sublimité de la raison humaine consiste à savoir bien auquel de ces ordres se rapporter et principalement les choses sur lesquelles on doit statuer; et à ne point mettre de confusion dans les principes qui doivent gouverner les hommes... La nature des lois humaines est d'être soumise à tous les accidents qui arrivent, et de varier à mesure que les volontés des hommes changent, au contraire, la nature des lois de la religion est de ne varier jamais. Les lois humaines statuent sur le bien; la religion sur le meilleur. Le bien peut avoir un autre objet parce qu'il y a plusieurs biens, mais le meilleur n'est qu'un, il ne peut donc pas changer. On peut bien changer les lois, parce qu'elles ne sont censées qu'être bonnes, mais les institutions de la religion sont toujours supposées être les meilleures, Il y a des Etats où les lois ne sont rien, ou ne sont qu'une volonté capricieuse et transitoire du souverain. Si, dans ces états, les lois de la religion étaient de la nature des lois humaines, les lois de religion ne seraient rien non plus, il est pourtant nécessaire à la société qu'il y ait quelque chose de fixe, et c'est la religion qui est quelque chose de fixe. La force principale des lois religieuses vient de ce qu'on la croit; la force des lois humaines vient de ce qu'on les craint".

Après avoir perçu la distinction entre les lois divines et les lois humaines, il nous faut éclaircir, de façon aussi flagrante que possible, la différenciation essentielle existant entre la nature du message du prophète de l'Islam et celui d'autres messagers divins. Celle-ci provient du fait que les messages des prophètes antérieurs ne furent destinés qu'à un certain peuple déterminé dans une phase transitoire, se bornant donc à un programme provisoire.

Par ailleurs, ces messages furent défigurés et ont malheureusement subi des déformations au cours de l'histoire, à tel point qu'un certain nombre de notion fut transmuté. De plus, le message révélé à Muhammad est la synthèse intégrale de tous ceux qui le précèdent, et cela sans être dénaturé; autrement dit le Coran les englobe fidèlement puisqu'il en est archétype. A vrai dire, le Coran a pu se maintenir intact à travers les siècles, malgré les différentes tentatives malicieuses des infidèles. Il comprend et réunit, donc, tous les aspects vitaux pour satisfaire tous les besoins matériels et spirituels de l'homme.

Les envoyés divins, chacun à son tour, ont rempli leur fonction prophétique, afin de redresser les torts et de rétablir le règne de la Vérité. Ils ont introduit dans les communautés humaines les lignes de conduite inspirées de la révélation, en vue d'empêcher des déviations. Les savants vertueux continueront le même procédé, alors qu'ils s'inspirent, cette fois-ci d'une source de la sagesse sublime, c'est à dire le dernier message divin, qui correspond à la projection de la volonté divine. Quand l'homme atteint son plein développement spirituel lui permettant de saisir le fond de la réalité suprême et d'appréhender la Connaissance divine, il pourra alors disséquer les critères originaux de la religion et assumer parfaitement son rôle, digne de lui-même, en tant que tel, luttant constamment pour réaliser les idéaux sublimes et les préceptes divins. C'est à partir de cela, que les sages, les savants mériteront de se substituer aux prophètes.

Ainsi peuvent être compris les appels fréquents des versets coraniques, en faveur de la réflexion, de la science et de la méditation. De là, aussi sais-ton, à juste titre, les causes de l'exhortation coranique concernant la connaissance et la contemplation sur l'âme dominatrice de l'existence. La référence constante à la raison et l'expérience, ainsi que leur valorisation, de même que l'importance accordée par le Coran à la nature et à l'histoire en tant que source de la connaissance humaine, illustrent en soi, l'arrivée d'une ère nouvelle dans l'histoire humaine, C'est le moment de la rencontre de la subjectivité intelligible et de l'objectivité réaliste; l'homme, par sa performance intellectuelle, se montre apte et digne, plus que jamais, d'assumer sa lourde responsabilité pour sauvegarder les patrimoine religieux, et d'y donner l'interprétation juste et réaliste.

Cela signifie également que l'homme s'apprête à accueillir le message ultime de la dernière mission divine. Une fois reçu le dernier message, il ne reste plus de place pour l'avènement d'un nouveau prophète. Supposons que l'on ait déjà effectué, minutieusement, dans un terrain les fouilles archéologiques, afin d'y trouver les oeuvres d'antique. Après les avoir toutes découvertes, il ne reste rien de non découvert, d'inconnu au sein du terrain en question. C'est bien le cas de la prophétie. La prophétie a tranché les diverses étapes, atteignant le point culminant de son évolution et sa perfection. La lumière de la prophétie s'est projetée sur tous les jadis obscurs. Plus de points ambigus, et donc inaccessibles à La portée de l'intelligence humaine. Passée la dernière étape, prédestinée, la prophétie est close. Le Prophète de l'Islam a mis en lumière le sujet en question, sous la forme d'une métaphore:

"La prophétie, dit-il, est une maison dont la construction est presque achevée; mon rôle consiste à mettre à sa place la dernière brique"8.

Pourtant, il nous faut avoir présent à l'esprit ceci: bien que la mission prophétique s'est achevée à toujours, cela ne signifie point la coupure de relation spirituelle entre l'homme et la source du Mystère c'est-à-dire le Créateur; la voie menant à la vertu, à la station spirituelle transcendante, est toujours ouverte, personne n'est interdit d'accès. Se purifier pour acquérir la béatitude suprême est un gage de l'effort personnel et de la "sincérité de conscience." L'homme pourra entrer en relation étroite avec la monde du Mystère, s'il s'efforce d’actualiser toutes ses puissances potentielle, qui existent en lui-même sous les diverses dimensions, et que la Divinité lui a confié en tant qu'un dépôt sacré.

Cela lui permettra de connaître et de voir ce qui est inconnu et invisible à tous ceux qui se sont noyés dans le monde matériel. C'est là où la vie humaine prend la valeur et l'homme se manifeste en tant que représentant de Dieu sur la Terre. Nombreux sont ceux dont la vision religieuse est profonde et sublime qui sont comblés d'une spiritualité resplendissante. La porte de l'illumination et de l'inspiration divine est toujours ouverte à tous ceux qui veulent se débarrasser de l'impureté intérieure et de l'obscurité des vices, en disposant leur âme à la lumière de la Connaissance, car inépuisable est l'Effusion divine. Profiter de cette source flamboyante dépend des capacités de chaque individu.

  • 1. Le Coran, 3 :104.
  • 2. M, Iqbâl, "La reconstruction de la pensée islamique", p. 145.
  • 3. Le Coran, 15:9.
  • 4. Le Coran, 5:46.
  • 5. Le Coran, 5:48.
  • 6. Le Coran, 30:30.
  • 7. Montesquieu, 'L'esprit des lois", p, 725.
  • 8. Tafçir Madjma,- ul- Bayân

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