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Préface du Traducteur

Si son Eminence Sayyid Muhammad Bâqer As-Sadr  était l'un des nombreux uléma,1 mujtahid2 et faqih3 que la ville Sainte de Najaf4 a formés et présentés avec fierté à la Ummah (la Nation islamique), il était également l'un des principaux penseurs contemporains dont celle-ci peut s'enorgueillir.

Et si atteindre le degré de ” 'âlim” 5 de “mujtahid”, de “faqîh”, exige une érudition absorbante en matière de “Charî'ah” (la Loi islamique), de jurisprudence islamique (fiqh) et une connaissance très solide de l'histoire de l'expérience islamique; être un “penseur contemporain” nécessite, pour le moins une large culture dans un tout autre domaine, celui de diverses philosophies modernes et de différents courants de la pensée contemporaine. Le martyr Muhammad Bâqer As-Sadr a justement le mérite quasi exceptionnel de posséder les deux domaines à la fois.
 
Car déjà s'affirmer comme mujtahid au sein de l'école chiite, n'est pas tâche aisée, et impose au postulant à cette distinction un effort soutenu et épuisant de recherche qui s'étend parfois sur toute une vie, et laisse peu de temps pour d'autres occupations.

Le mujtahid Muhammad Bâqer As-Sadr s'était penché sur la pensée matérialiste - capitaliste et marxiste - à un moment où elle envahissait la Ummah qui sombrait dans un état de léthargie, provoqué par l'accumulation des erreurs et des déviations qui l'ont détournée de la bonne direction fixée par le Coran et la Sunna.6

À un moment où l'on a cru que cet envahissement culturel devrait éclipser à jamais la pensée islamique, en la réduisant à une “affaire cultuelle” entre le pieux et Son Seigneur, ou en la rangeant dans un recoin du passé et de l'histoire; à un moment où l'intelligentsia du monde musulman, envoûtée et aveuglée qu'elle était par le mirage que faisait miroiter la culture matérialiste qu'on lui avait imposée, pensait que l'Islam et les exigences de la pensée et de l'époque moderne ne font pas bon ménage.
 
C'est pendant cette phase critique que traversait la Ummah, que son éminence As-Sadr, connaissant parfaitement les larges et diverses possibilités d'application de la pensée islamique, et n'ignorant rien des lacunes et des erreurs de calculs des idéologies matérialistes, a décidé de lancer son défi islamique.
 
Aussi, dans la série d'ouvrages qu'il écrit, va-t-il s'appliquer à opposer aux solutions fragmentaires et souvent éphémères de ces idéologies, une philosophie islamique intégrale, de nature à la fois constante et évolutive, caractérisée comme l'Univers, par des lois immuables et des vérités éternelles d'une part, des éléments circonstanciels et mobiles d'autre part; une philosophie capable, de ce fait, de s'adapter à l'évolution de l'humanité tout en évitant de verser dans la déviation et de s'écarter de la marche universelle dont elle ne pourra jamais saisir les méandres, lesquels dépassent les capacités de la science et les limites de la raison humaine.
 
Ainsi dans “Notre Philosophie”, As-Sadr, après une analyse objective des diverses philosophies matérialistes, anciennes et modernes - notamment le matérialisme dialectique - qu'il remonte jusqu'à la source première, les confronte systématiquement aux données de la philosophie islamique.
 
Dans un second ouvrage colossal, “Notre Economie”, une sorte de traité économique, dont la première partie est consacrée à l'exposé de différents aspects de l'économie capitaliste et de l'économie socialiste, l'auteur nous incite à découvrir avec lui, dans les différentes sources de la “Chari'a”, tous les éléments constitutifs d'une véritable économie islamique dépouillée aussi bien des défauts du système économique capitaliste que des inconvénients de l'économie marxiste.
 
Ce livre peut être considéré comme le premier et le seul essai économique islamique moderne, par ses précisions, par ses détails et par les solutions islamiques qu'il propose aux problèmes actuels dont souffre l'humanité.
 
Dans “La Banque Non Usuraire”, Sayyid Muhammad Bâqer As-Sadr traite d'une question qui touche à la fois le vif de la société capitaliste moderne - la banque comme nécessité impérieuse - et de la société islamique - l'interdiction formelle de la pratique de l'intérêt usuraire et du loyer de l'argent. L'auteur nous y présente les moyens de fonder une banque islamique qui, tout en supprimant le rôle néfaste et parasitaire d'usurier, que joue la banque capitaliste, conserve de celle-ci sa mission purement économique.
 
Dans “Les Fondements Logiques de L'induction”, ouvrage très spécialisé, où il est fréquemment question d'opérations de calcul des probabilités, le martyr As-Sadr présente au lecteur une nouvelle étude de l'induction, visant à montrer la base logique; commune à la science naturelle et à la croyance de Dieu.
 
Dans “Recherche sur Al-Mahdi”, l'auteur propose à ceux qui ne veulent pas croire au prodige et au surnaturel, d'examiner dans un esprit scientifique le miracle d'Al-Mahdi, et leur montre que ce qui n'est perceptible par leur raison, de prime abord, peut être plausible pour et par la science.
 
Venons en maintenant à l'ouvrage que nous présentons ici au lecteur francophone. Il s'agit initialement d'une introduction que l'auteur a écrite pour sa thèse de mujtahid, “Al-Fatâwâ Al-Wâdhihah” (Les Décrets Juridico-Religieux Claires) - sorte de traité pratique dans lequel le mujtahid donne son interprétation personnelle de la loi islamique pour permettre à ses disciples de s'acquitter correctement de leurs obligations religieuses.
 
Mais en raison de l'importance de la nature spécifique du sujet dont il traite ici, l'introduction fut détachée de la thèse pour être publiée à part. L'auteur reprend dans ce livre sa thèse sur “Les Fondements Logiques de l'Induction” pour en donner quelques illustrations précises et quelques applications concrètes. Il s'efforce de nous expliquer qu'on peut démontrer l'existence de Dieu, le caractère divin de la Prophétie de Muhammad et du Message islamique, en suivant les mêmes démarches du raisonnement inductif scientifique, utilisées par les savants pour étayer la théorie de la séparation de la Terre du Soleil, par exemple.
 
La valeur scientifique de ce livre ne se dément pas, et le lecteur y découvre que la science loin d'être incompatible avec la religion, peut et doit aider au renforcement de la foi en Dieu.
 
Pour mettre la méthode scientifique à la portée des lecteurs de différents niveaux, l'auteur dont tantôt des exemples très simples tirés de la vie quotidienne, tantôt des illustrations scientifiques techniques et complexes qu'il s'efforce de simplifier autant que possible. La nature de la méthode conduit parfois l'auteur à nous entraîner dans le labyrinthe du calcul des probabilités qui peut paraître à la fois trop complexe pour le profane, schématisé et simpliste pour le spécialiste.
 
En traduisant ce livre, nous avons essayé d'exprimer aussi clairement que possible la pensée de l'auteur, tout en respectant son style, le choix du vocabulaire et le langage qu'il utilise, ce qui n'a pas manqué de laisser partout présentes les traces de la traduction. Que le lecteur nous en pardonne. Car notre souci principal est de rester aussi proche que possible du texte arabe.
 
Abbas A. Al-Bostani

  • 1. Uléma (s) ou Ouléma(s), plu. de 'âlim = savant (sens littéral) = docteur de la Loi (sens courant).
  • 2. Mujtahid = celui qui est autorisé ou à même de pratiquer l'ijtihad, c'est-à- dire de déduire les jugements légaux à partir de la Loi islamique.
  • 3. Jurisconsulte (en Islam).
  • 4. Ville sainte irakienne, principal centre du Chiisme.
  • 5. Singulier de Uléma, voir note n1.
  • 6. Paroles, faits et gestes du Prophète.

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