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Leçon 43: Les Ahlu-l-Bayt

L’imam Assadjâd (61 - 90 h)

L’époque durant laquelle Assadjâd a vécu en tant qu’imam est des plus graves et des plus complexes de l’histoire. Ainsi des calamités se sont abattues sur la nation musulmane. Les massacres commis par les autorités contre la société musulmane se sont succédés depuis le drame de karbala.

Les autorités étaient alors capables de détruire quiconque se dressait contre elles pour les empêcher d’atteindre leurs objectifs. La mort de l’imam al-Hussein en martyr, le déchiquetage de son corps pur, l’écrasement de sa poitrine par un cheval, tout cela symbolisait l’état dans lequel se trouvait le monde musulman. Tout y était rendu licite. Tout se confondait, le rationnel avec l’irrationnel, le licite avec l’illicite, enfin tout était permis aux yeux de yazid et du pouvoir omeyyade d’une façon générale.

durant cette période houleuse, l’imam assadjâd a pris l’initiative d’assumer la responsabilité de protéger le message de son grand-père Muhammad, qu’Allah prie sur lui, et le salue, et c’est ainsi qu’il entreprit ce qui suit:

a - Il a exprimé les vérités de l’islam sous une nouvelle forme et exposé ses connaissances en les insérant dans une prière invocatrice. Ce nouveau style s’est d’ailleurs traduit par l’apparition d’un journal « sahîfa sadjâdiya », considéré comme un héritage islamique fort important, à tel point qu’on le désigne par: « psaumes de la famille de Muhammad ». Ce journal comprend, outre les dizaines de prières invocatrices, quinze autres prières ferventes considérées parmi les meilleures prières et constituant une sorte d’encyclopédie de diverses vérités Coraniques.

b - Il a conservé toutes les réalisations de la révolution d’al-Hussein le jour de ‘Achoura, et en a fait un événement commémoratif dans la conscience du musulman, ce qui a donné lieu à une véritable prise de conscience de la nation islamique. Malgré l’atmosphère tendue, l’imam a pu dévoiler la véritable nature inhumaine et oppressive des Omeyyades. Il les a ainsi dénoncés devant l’opinion publique à damas même, alors fief des Omeyyades. En résumé, l’imam assadjadâd a pu fonder au sein de la nation musulmane, une véritable culture islamique.

c - Il s’est dressé contre les déviations qui menaçaient les principes culturels de l’islam et a lutté contre tout ce qui pouvait semer le doute dans la vie islamique. Il a été un exemple dans la propagation des sciences divines.

d - Il a éduqué les glorieux enfants que l’histoire n’oubliera pas, et qui ont participé à des batailles dirigées par zayd, le martyr, dont la révolution est considérée comme une continuation de la révolution d’al-Hussein. Son époque a été celle des révolutions qui s’est inspirée des événements de karbala. On peut à cet égard énumérer les révolutions « al horra » à Médine, « attawabîn », « al mokhtâr, « al qurâ’ » qui furent couronnées par la révolution de zayd qui était sur le point de renverser le pouvoir omeyyade et qui a préparé le terrain pour une révolution générale qui a mis fin au régime omeyyade en l’an 132.

L’imam Muhammad al-Bâqir (95 - 114 h)

Grâce à lui, son époque connut une grande renaissance de la science. Le système ouvrit ses frontières aux cultures étrangères et il s’ensuivit une infiltration de toutes sortes de déviations et d’idées douteuses, ce qui a poussé l’imam al-bâqir, gardien de la loi islamique et fidèle à sa communication à faire obstacle à cette invasion. Ainsi toutes les connaissances islamiques latentes chez les ahlu-l-bayt, que la paix soit sur eux, se sont manifestés.

Son époque a donc connu une renaissance des sciences islamiques grâce à l’imam qui a fermement combattu toute forme d’acculturation qui menaçait la personnalité des musulmans et les rendait indifférents aux déviations que les autorités encourageaient.

Il ne faut également pas perdre de vue lutte armée continue des ‘alawî à travers les différentes révolutions et leur permanente résistance.

Durant cette période houleuse, l’imam a pu développer une brillante école des alus-l-bayt, destiné à l’initiation au fiqh, aux principes fondamentaux, à l’exégèse et à la logique.

Il est donc l’imam qui a ouvert (baqara) la science incarnée par le prophète Muhammad, qu’Allah prie sur lui, et le salue, c’est d’ailleurs pour cela qu’on le désigne par l’imam al-bâqir. C’est également pour cela qu’il représentait l’ennemi numéro un des autorités omeyyades qui voyaient en lui une grande menace quant à la subsistance de leur pouvoir. D’ailleurs, tous les complots qui ont été dirigés contre lui, son harcèlement, les tentatives entreprises pour le déshonorer et enfin sa mort par empoisonnement sont autant d’éléments pour le prouver. En outre, l’imam a jugé que l’institution d’une cérémonie de commémoration était un moyen d’information produisant des effets positifs dans la vie de la nation et dans sa culture, à tel point qu’il a recommandé d’organiser la cérémonie de commémoration durant la période de pèlerinage à mina pendant dix années. Cette idée n’a pas tardé à se développer jusqu’à ce que le minbar d’al Hussein fit son apparition dans la culture islamique.

L’imam Sadiq (114 - 148 h)

Son époque a été une continuité de la révolution culturelle déclenchée par l’imam al-bâqir, que la paix soit sur lui. Les luttes politiques et les affrontements meurtriers entre le régime omeyyade et ses opposants ont offert une occasion précieuse à l’imam Sadiq pour fonder une immense université islamique. Ainsi des dizaines de savants furent formés par lui dans diverses sciences islamiques et même dans les sciences empiriques.

Son époque a également vu l’apparition de professeurs en kalam, en exégèse, en fiqh, en sciences Coraniques, en philosophie et en chimie. Ainsi, les écoles supérieures de l’islam se sont établies de façon définitive. Il contribua à la propagation des sciences religieuses et du shi‘isme et son influence était désignée par l’école dja‘farite. en effet l’imam a marqué le shi‘isme par ses idées et sa ligne de conduite.

Peut-on dès lors affirmer que l’imam s’est détourné de la politique dans la vie islamique? La réponse, nous l’avons à travers les appréhensions et les craintes de mansûr addawânîqî, le calife abbasside, qui voyait en cette grandiose personnalité une menace son système.

C’est ainsi que l’imam était soumis à de sévères restrictions et ses partisans étaient interdits de coopération avec les autorités, même dans la construction de mosquées. Parallèlement l’imam continua dans le sillage de son noble père, le combat contre les déviations, qui d’ailleurs peut se vérifier à travers une discussion avec ibn al-munkadir.

Il était ainsi l’exemple du véritable musulman et de l’homme universel. L’imam ne limitait pas ses réflexions à ses contemporains. Il s’intéressait également aux générations futures et c’est pourquoi il a pris une mesure préventive dans le but de protéger l’imam qui devait assumer les responsabilités après lui.

En effet, en apprenant la mort de l’imam Sadiq, mansûr donna des instructions au gouverneur de Médine pour se rendre chez le défunt afin de tuer celui que l’imam aura désigné comme successeur, mais à sa grande déception, il trouva que l’imam avait choisi dans son testament cinq personnes parmi lesquelles figuraient mansûr et le gouverneur de Médine et c’est ainsi que l’imam déjoua tous leurs complots et sauva la vie de son héritier.

On peut dire que même si l’imam Sadiq n’a pas pris de position ouvertement, il n’en demeure pas moins qu’il soutenait les soulèvements contre les régimes omeyyade et abbasside.

Cependant, l’imam n’aurait pas soutenu de mouvement armé s’il n’était pas informé des objectifs et des motivations de ses leaders. C’est pourquoi l’imam a manifesté de la méfiance à l’égard de la proposition faite par abu salama al-khalâl de transférer le pouvoir aux ‘alawis, ainsi qu’à celle d’abu muslim al-kharâsânî. Car il ne voyait pas dans leurs positions l’intérêt de l’islam.

L’imam Mûssâ al kâdhim (148 - 183 h)

Il y a une ressemblance entre les circonstances dans lesquelles l’imam Mûssâ al kâdhim et l’imam al-Hussein, que la paix soit sur eux, ont vécu.

Harûn ar-rashîd, le calife abbasside a incarné la perversité durant son règne. Cela pouvait se vérifier à travers la vie luxueuse qu’il menait, les châteaux somptueux qu’il a construits çà et là, les plaisirs mondains auxquels il s’adonnait ainsi que toutes les injustices qu’il a commises envers son peuple et tout le sang qui a coulé.

D’autre part, Mûssâ al kâdhim entama son imamat dans des conditions très tendues alors que harûn ar-rashîd avait donné l’ordre de tuer l’imam qui devait succéder à Sadiq dans ses responsabilités.

C’est pourquoi l’imam disparut pendant un certain temps, puis les partisans des gens de la maison commencèrent à se réunir secrètement autour de l’imam pour échapper à l’oppression des autorités.

et pourtant, malgré cette atmosphère tendue, l’imam assuma la lourde responsabilité qui lui incombait et entama son activité comme suit:

a - Activité culturelle et scientifique: l’imam a poursuivi l’activité culturelle et scientifique initiée par son père, malgré la rigueur des conditions, à tel point que même certains qui s’étaient rapprochés de lui ignoraient qu’il était le successeur de l’imam précédent, car l’imam Sadiq avait sciemment caché cela, en prévention des réactions violentes du pouvoir abbasside. Cependant cette vie secrète n’a pas duré longtemps, car l’imam avait atteint une telle célébrité que les assoiffés de connaissance affluaient sans cesse chez lui. Quant aux rapporteurs, ils tenaient des cahiers et notaient toute fatwa, plutôt toute parole émanant de lui, car il est une source de science, de connaissance et de vérité.

b - L’imam a affronté le pouvoir oppressif en dénonçant franchement les autorités gouvernementales et en déclarant qu’il était le chef spirituel. Il s’ensuivit une rupture avec le gouvernement à tous les niveaux, à tel point qu’il a interdit à « safwân le chamelier » de rendre service à harûn ar-rashîd et de louer ses chameaux, même durant la période de pèlerinage. L’imam préférerait d’ailleurs mourir que de coopérer avec le régime en place.

Pourtant, il n’a pas obligé certains symboles du pouvoir à rompre avec les autorités, à condition de réduire les pressions exercées sur les croyants, à apporter de l’aide à leurs frères et à mettre un frein à la dérive des autorités.

Par ailleurs, dans une discussion avec harûn ar-rashîd au sujet de la récupération de fadak, l’imam lui a déclaré que les véritables frontières de fadak dépassaient le petit village du hidjâz et comprenaient officiellement l’ensemble du monde musulman. Cette déclaration qui avait terrifié harûn ar-rashid le poussa à comploter contre l’imam afin de l’éliminer par tous les moyens.

c - La direction des révolutions des ‘alawites et leur orientation: elle est exemplifiée par la grande révolution d’al-Hussein ibn ‘ alî, tombé au champ d’honneur, en cours de route, à « fakh » non loin de la mecque. L’imam al-kâdhim a pleuré devant le public, al-Hussein, le martyr, et il l’a qualifié de croyant vertueux jeûnant pendant la journée et passant ses nuits en prières.

Mûssâ al-hâdî, le calife abbasside qui avait tristement réprimé la révolution et condamné à mort tous les prisonniers à baghdad avait alors déclaré: « en vérité al Hussein n’est sorti que sur son ordre », c’est-à-dire sur ordre de l’imam al-kâdhim. L’imam a passé le reste de sa vie passant d’une prison à une autre entre Bassora et baghdad jusqu’à ce qu’il mourut en martyr après des dizaines de complots ourdis contre lui par harûn ar-rashîd, donnant ainsi la preuve de sa forte influence sur la vie islamique.

L’imam ‘ Alî ibn Mûssâ ridhâ (183 - 203 h)

Durant sa période, l’école des gens de la maison s’est développée. L’imamat jouissait d’une telle puissance qu’il avait un pouvoir politique.

Contrairement à l’imam al-kâdhim qui avait entamé son imamat dans la clandestinité, l’imam rida, que la paix soit sur lui, a publiquement proclamé son imamat malgré toute la terreur qui régnait. C’est ainsi qu’il mourut en martyr en prison. D’atroces tueries s’ensuivirent dans une grande opération qui ne cesse de susciter des questions à ce jour.

Certains avaient mis en garde l’imam du risque qu’il encourait en proclamant publiquement son imamat et lui avaient dit que l’épée d’ar-rashîd était toujours ensanglantée. Cependant l’imam voulait relever le défi et déclara que harûn ne pouvait rien contre lui et que, bien plus, s’il parvenait à obtenir un seul cheveu de lui il ne serait pas digne d’un imam. l’imamat de rida se poursuivit donc pendant vingt ans et se répartit comme suit:

Première partie: depuis l’an 183 h jusqu’à l’an 201 h, c’est-à-dire depuis le début de l’imamat jusqu’à son départ vers khurâssân.

Cette période a connu un grand intérêt pour les centres chi’ites et a conduit aux révolutions ‘alawites. aussi, lorsque la révolution de Muhammad ibn ibrâhîm se déclencha à kufa et qui a failli renverser le régime abbasside, l’imam était à la tête de ceux qui soutenaient la révolution. Cette période a également été témoin de discussions de l’imam avec les chefs de différentes écoles et même de religions, dans le domaine scientifique. Il se distingua alors par sa connaissance, ce qui permit de renforcer la présence de l’islam notamment selon la ligne de conduite des ahlu-l-bayt.

Deuxième partie: depuis l’an 201 h jusqu’à l’an 203 h, c’est-à-dire l’année au cours de laquelle il mourut en martyr.

Al-Ma’mûn al‘abbâssî qui a succédé au califat suite à l’assassinat de son frère amîn dans une guerre sanglante, finit par comprendre que la seule solution susceptible de sauver le régime abbasside était de simuler une réconciliation avec les ‘alawites, notamment l’imam ridhâ, qui jouit d’un grand soutien de l’opinion publique. c’est ainsi qu’il demanda à l’imam qui résidait alors à Médine de se rendre à marw, capitale d’al-ma’mûn dont les intentions étaient les suivantes:

a - légitimer le pouvoir en place, car le gouvernement d’al-ma’mûn ne jouissait d’aucun soutien, que ce soit de la part d’Abbassides ou de l’opinion publique chi’ite.

b - mettre un terme aux révolutions ‘alawites.

c - porter atteinte à la réputation de l’imam rida ainsi qu’aux gens de la maison.

d - mettre l’imam sous haute surveillance.

Cependant l’imam rida, que la paix soit sur lui, n’était pas dupe des machinations d’al-ma’mûn et de ses objectifs et c’est pour quo il a décliné son invitation à accéder au califat. cependant il fut contraint d’accepter la succession au califat (walâyatu-l-‘ahd) en raison de pressions exercées sur lui, mais il réussit à déjouer les complots d’al-ma’mûn à travers ce qui suit:

1 - il n’a accepté la succession (walâyatu-l-‘ahd) qu’après avoir reçu des menaces d’assassinat qui l’ont contraint à céder devant l’opinion publique et l’histoire.

2 - l’accord de l’imam d’assumer la succession était lié à des conditions, en sorte qu’il ne devait pas s’ingérer dans les affaires politiques de l’état, dans le limogeage ou la désignation des emirs et des dirigeants. Par ces conditions, al-ma’mûn ne pouvait plus porter atteinte à la réputation de l’imam en l’assimilant à n’importe quel individu avide des plaisirs de ce bas monde ainsi que du pouvoir.

al-ma’mûn, sentant que tous ses complots avaient échoué, et que l’imam était toujours demeuré le symbole des croyants et l’espoir des musulmans, finit par empoisonner ce dernier, lors de son retour à baghdad.

Résumé

1 - l’époque durant laquelle l’imam assadjâd a assumé l’imamat est celle qui a été la plus sombre de l’histoire de l’islam

2 - l’imam assadjâd s’est employé à répandre l’islam à travers ce qui suit:

a - l’expression des connaissances divines par l’invocation.

b - l’enracinement de la catastrophe de ‘Achoura dans la conscience du musulman.

c - la protection de la culture originale de l’islam contre toute dérive.

d - la formation d’enfants révolutionnaires qui ont mené des batailles et qui ont marqué l’histoire de leurs noms.

3 - l’imamat d’al-bâqir, que la paix soit sur lui a été le début de la grande renaissance scientifique. Il a coïncidé avec les combats politiques menés contre le régime oppressif.

4 - la révolution culturelle à l’époque de l’imam Sadiq était à son apogée. Il a d’ailleurs formé des milliers de savants ainsi des spécialistes dans différents domaines scientifiques. L’école des ahlu-l-bayt s’édifia alors et devint un centre de rayonnement du monde musulman.

5 - durant l’époque de l’imam al-kâdhim, la déviation omeyyade avait atteint son plus haut degré de perversité. L’imam avait d’ailleurs ouvertement dénoncé le régime en place qu’il considère comme un usurpateur des terres musulmanes.

6 - l’imamat de rida a renforcé davantage la situation de l’islam, dans le cadre de la lutte intellectuelle et philosophique qui s’était déclenchée à l’époque. Il a, en outre, par ses positions, déjoué tous les complots d’al-ma’mûn qui visaient à détruire le shi‘isme.

Questions

1 - quels sont les événements importants vécus par l’imam assadjâd durant son imamat? Comment était la situation sociale?

2 - qu’a fait l’imam assadjâd afin de sauvegarder l’islam et garantir sa continuation?

3 - quelle est la méthode adoptée par l’imam al-bâqir pour affronter l’invasion culturelle?

4 - citez des exemples sur l’activité politique de l’imam al-bâqir.

5 - pourquoi désigne-t-on le shi‘isme par l’école dja‘farite?

6 - sur quoi l’activité de l’imamSadiq est-elle axée?

7 - qu’a fait l’imam al-kâdhim pour préserver l’islam?

8 - expliquez les positions de l’imam rida avant d’accepter la walâtu-l-‘ahd et après.