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Leçon 44: Les ahlu-lbayt

L’imam Muhammad Al-Djawâd (203 - 220 h)

Nous avons dit précédemment que les chi’ites du temps de l’imam ridhâ, que la paix soit sur lui, étaient politiquement si puissants qu’ils pouvaient prétendre à l’expérience politique. Ce qui a poussé al-ma’mûn a convoquer l’imam rida et l’obliger à accepter officiellement le poste de califat.

Cependant, malgré l’accord de l’imam qui était de toute évidence lié à sa non-ingérence dans les affaires politiques et même la direction de la prière publique de l’aïd, il réussit à déjouer les complots d’al-ma’mûn et il est demeuré le symbole et l’espoir de la nation.

L’imam al-Djawâd, que la paix soit sur lui, suivit les traces de son père, et le calife al-ma’mûn tenta de faire aboutir les mêmes complots contre lui. Aussi, prit-il l’initiative de lui faire épouser sa fille « Oum al-fadhl », et ce, en vue de le séparer de ses bases populaires et de mettre auprès de lui un espion pouvant contrôler le moindre de ses mouvements et de ses gestes.

Al-Ma’mûn avait d’ailleurs déjà tenté de détruire l’imam rida en l’engageant dans une discussion à laquelle avaient pris part tous les chefs de religions et les philosophes de toutes sortes d’écoles, qui s’était soldée par le triomphe des gens de la maison grâce à l’extraordinaire prédominance de l’imam rida.

Al-Ma’mûn voulait donc coûte que coûte l’emporter sur les gens de la maison en mettant dans l’embarras l’imam al-djawâd, vu son jeune âge qui n’avait alors que neuf ans. Il organisa ainsi une réunion entre al-djawâd, que la paix soit sur lui et les savants les plus distingués de son époque, à leur tête yahya ibn aktham, le grand juge. Lorsque ce dernier essuya un échec cuisant, al-ma’mûn commença à s’inquiéter.

D’autre part, quelque quatre-vingts hommes de religion de baghdad ainsi que d’autres villes vont à Médine afin de rencontrer l’imam al-djawâd.

parmi ses compagnons et ses partisans, figurent abu ‘umayr de baghdad, abu dja‘far ibn sanân, ahmed ibn abi nuçayr de kufa, abu tamâm habîb ibn aws, abu al-hassan ‘ alî ibn mahziyar al-ahwâzî, al-fadhl ibn shâdhân. Ils étaient tous soumis à un contrôle rigoureux du régime et souffraient un continuel harcèlement.

L’imam, de par sa noble personnalité et sa haute connaissance, tenait tête au régime en place, poussant ainsi al-ma’mûn à lui proposer d’aller vivre à baghdad, capitale abbasside, car par cette mesure, il pouvait conforter sa place et légitimer son califat. Cependant l’imam déclina la proposition et resta à Médine où il renforça ses relations avec les bases populaires des gens de la maison. Mais avec l’avènement d’al-mu‘taçim au pouvoir, l’imam al-djawâd fut convoqué à baghdad et contraint d’y habiter. Et le nouveau calife élabora alors un plan pour l’éliminer par empoisonnement.

L’imam ‘ Alî al-Hâdî (220 - 254 h)

‘ Alî al-Hâdî, que la paix soit sur lui, entama son imamat dans des conditions fort dangereuses alors que le pouvoir abbasside persistait davantage dans l’agression, la rigueur et la déviation.

Le califat d’al-mutawakil est l’une des pires périodes vécues par l’imam. Le pays subissait sans cesse des crises politiques en raison de la mauvaise politique du régime abbasside, et des révolutions ‘alawites qui s’ensuivirent, ce qui a sensibilisé les autorités, face aux imams des gens de la maison, que la paix soit sur eux. a ce titre, al-mutawakil prit une série de mesures draconiennes dont:

L’anéantissement des chi’ites et des ‘alawites à travers une politique terroriste. De plus, al-mutawakil qui souffrait de troubles psychiques face à l’imam ‘ alî et aux gens de la maison, a poussé la sauvagerie jusqu’à donner des ordres pour faire disparaître la tombe de l’imam al-Hussein, de détruire les maisons environnantes et de transformer la terre en une zone agricole. Cela s’est passé en l’an 237 h.

Ainsi, les gens de la maison et leurs partisans ont vécu dans les pires conditions et la plus grande rigueur. Leur niveau de vie s’est dégradé, au-dessous du seuil de la pauvreté. L’histoire a enregistré, à ce titre, une situation navrante où des femmes appartenant à la famille de Muhammad, qu’Allah prie sur lui et le salue, étaient contraintes de faire leur prière avec la même voile ! !

L’imam al-Hâdî, que la paix soit sur lui, fut ainsi écarté de ses bases populaires et convoqué en Irak. al-mutawakil entendait par là déchirer la présence chi’ite, car il sentait le danger que représentait l’imam après avoir reçu des rapports d’al-hidjâz, lui signifiant que s’il avait un intérêt à la mecque et à Médine, il devait tuer ‘ alî ibn Muhammad !

Al-Mutawakil était prudent dans ses démarches. Aussi, lorsqu’il a convoqué l’imam en Irak, il n’a non seulement pas pris l’initiative de l’emprisonner, mais encore il lui a demandé de s’y rendre en compagnie de ceux qu’il aime parmi les gens de sa maison et de sa famille.

L’histoire a enregistré le mécontentement populaire suscité par la venue de yahya ibn harthama, l’envoyé spécial d’al-mutawaqui fut contraint de jurer publiquement qu’il n’était pas venu pour porter à l’imam le moindre préjudice.

Ainsi l’imam partit à samara’, accompagné de son fils al-Hassan où il fut mis sous haute surveillance. l’accord de l’imam de se déplacer à smara’ intervient et se justifie par ce qui suit:

a - En cas de refus, les pressions exercées sur le shi‘isme et l’islam vont être accentuées.

b - De par son accord, il déjouera les intentions de ceux qui ont rédigé les rapports, incitant la capitale à éliminer l’imam.

c - Son rapprochement de l’état pourrait le rendre plus influent. D’ailleurs, certains hommes de l’état ont été influencés par la personnalité de l’imam et ont même, dans une certaine mesure, collaboré avec lui dans certains domaines.

La position abbasside, vis-à-vis de l’imam consistait à défier sa connaissance et à le mettre sous haute surveillance. Cependant l’imam a dissipé tous les doutes qu’on a voulu semer autour de l’islam. Il a contrôlé toutes les révolutions ‘alawites et les a dirigées, il était très attentif à l’éducation de certains de ses disciples, à l’exemple de ‘ alî ibn dja‘far, le poète et homme de lettres, ibn assakît et abd al‘adhîm al-husnî. la fin de l’imam, que la paix soit sur lui, fut celle d’un martyr empoisonné par le calife abbasside, al-mu‘tazz.

L’imam al-Hassan al-‘Askari (254 - 260 h)

Comme nous l’avons indiqué plus haut, un sentiment de peur s’est emparé du régime abbasside face au danger que présente l’imamat des gens de la maison et leur autorité spirituelle. Les autorités abbassides avaient pris des mesures répressives fort rigoureuses à l’encontre des gens de la maison et de leurs bases populaires après l’assassinat de l’imam rida, que la paix soit sur lui.

La politique répressive s’aggravait de jour en jour et il n’est pas du tout étonnant que les autorités et qu’une grande partie de la société désignent trois des imams par « ibn rida », ceci étant dû à la forte influence de la personnalité de l’imam ridhâ sur la société musulmane et les gouverneurs eux-mêmes.

On peut dire que la ligne révolutionnaire tracée par l’imam al-Hussein, que la paix soit sur lui, est ancrée dans la conscience de la nation. En outre, un grand monument culturel dont les bases ont été assises par les deux imams al-bâqir etSadiq, a apporté ses fruits qui se sont traduits par l’épanouissement intellectuel et spirituel de la personnalité du musulman.

Ainsi les imams, de par leur pureté, ne laissent que des exemples vivants, utiles à la société et au musulman qui aspire à la perfection, qui a besoin d’une autorité pour résoudre ses problèmes.

Il n’y a d’ailleurs rien d’étonnant, s’il y a une ressemblance dans les positions prises par les trois imams des gens de la maison, que la paix soit sur eux, en ce qui concerne la continuation de la doctrine.

L’imam al-Hassan al-‘askari a passé une partie de sa courte vie en prison et toute rencontre avec les masses lui était interdite. Car malgré les crises politiques et les révolutions qui ont affecté le califat abbasside, et malgré la dislocation et la faiblesse de ce dernier, il n’en demeure pas moins que les gouverneurs avaient soumis l’imam à une haute surveillance.

En outre on le rendait responsable de tous les soulèvements qui se déclenchaient çà et là à travers le pays, même ceux qui ne jouissaient pas du soutien de l’imam.

Un fait particulièrement important qui a marqué l’imamat d’al-Hassan al-‘askari est le rôle qu’il a joué dans la préparation du terrain et la préservation du nouveau-né promis, annoncé par l’envoyé d’Allah, qu’Allah prie sur lui et le salue, qui doit purifier la terre de la perversité, l’injustice et de la déviation, pour y répandre la justice, le bien et la paix.

L’imam a ainsi réussi à offrir la paix au nouveau-né al-mahdi, le promis, malgré la mobilisation des autorités qui avaient tout mis en œuvre pour le capturer. il a entrepris à cet effet, trois actions:

a - la préservation d’al-mahdi et sa dissimulation des gens à l’exception de ceux qui se sont rapprochés de lui et qui lui inspirent confiance.

b - la préparation du terrain pour l’acceptation de l’idée de l’occultation, par des annonces faisant état de sa naissance, de ses qualités et des raisons de son occultation. De plus les communiqués critiquaient les autorités en place.

c - adoption par l’imam al-‘askari d’une méthode de communication indirecte avec les masses pour les préparer à l’idée de l’occultation. Ainsi, il déléguait des représentants pour prononcer ses discours, et aurait parlé à certains qui désiraient le rencontrer, à travers un voile.

Ces mesures avaient été déjà prises par l’imam al-hâdî, que la paix soit sur lui, mais elles s’étaient poursuivies de façon plus générale du temps de l’imam al-‘askari, car les gens avaient pris l’habitude de ne s’adresser qu’aux représentants de l’imam et ils se suffisaient de cette communication.

La situation demeura ainsi jusqu’à la mort de l’imam en martyr, empoisonné par al-mu‘tamid.

L’imam Al-Mahdi (260 - jusqu’à permission d’Allah)

Le terrorisme mené par le régime abbasside contre les imams des gens de la maison, que la paix soit sur eux, se poursuivait. les saints imams, quant à eux avaient résisté chacun selon les conditions de son temps et ses capacités. C’est pourquoi on constate que leurs vies se terminent soit par un assassinat à l’épée, soit par un empoisonnement, dans un champ de bataille ou dans des prisons, loin de leurs villes et de leurs patries.

Ce qui troublait le sommeil du régime abbasside, c’était la manifestation promise de l’imam al-mahdi, annoncée par le prophète, qu’Allah prie sur lui et le salue, qui remplira la terre de justice comme elle aura été remplie d’injustice.

C’est pourquoi les autorités ont, aux derniers moments de la vie de l’imam al-‘askari, renforcé la surveillance de sa demeure, l’ont perquisitionnée et sont allés même jusqu’à envoyer des sages-femmes pour examiner les femmes, à la recherche d’al-mahdi, le promis.

Cependant, malgré ces mesures terroristes, Allah, louange à lui, a voulu que l’enfant promis naisse à l’aube du vendredi quinze de sha‘bân al-mu‘adham de l’an 255 h.

La responsabilité qui incombait à l’imam al-‘askari envers le nouveau-né était très lourde, car d’un côté il devait confirmer à la nation son existence et de l’autre, il devait assurer sa sécurité, responsabilité qu’il assuma d’ailleurs dans la plus grande perfection. Les masses populaires des gens de la maison ne nourrissaient plus aucun doute quant à la naissance d’al-mahdi après les nombreux témoignages des intimes de l’imam, dignes de confiance, à ce sujet.

Après la mort de l’imam, dja‘far déclara être l’héritier de son frère, mais alors qu’il voulait prouver cela en faisant une prière auprès de la dépouille de son père, il fut surpris par l’apparition d’un enfant s’opposant à lui. D’ailleurs, tout le monde, y compris les autorités, se sont rendus compte de l’existence de l’imam, qui a vite fait de disparaître, après avoir prouvé sa présence devant les notables et ceux qui s’intéressent à lui. l’occultation de l’imam se divise en deux parties:

a - L’occultation mineure: (260 - 329): durant cette période, l’imam al-mahdi avait des contacts avec la base, mais ne se manifestait qu’à travers ses députés qui se sont succédés. Il s’agit en l’occurrence de ‘uthmân ibn sa‘îd ‘umarî, muhammad ibn ‘uthmân ‘umarî, al-hussein ibn rûh nawbakhtî et enfin ‘alî ibn Muhammad simmari dont la mort annonce la fin de la députation et le début de l’occultation majeure dont le terme n’est connu que d’Allah, le tout-puissant. L’occultation mineure était indispensable pour que la conscience humaine accepte cette idée, car si l’occultation se produisait soudainement sans la préparation préalable du terrain, elle entraînerait certainement le rejet d’une quelconque existence de l’imam.

b - L’occultation majeure: elle débuta depuis l’an 329 jusqu’à ce jour. La présence de l’imam, que la paix soit sur lui, est comparable à la présence du soleil derrière les nuages qui envoie sur la terre ses rayons de lumière, de chaleur et de vie, même s’il se cache derrière les nuages. Sa présence est indispensable, car elle redonne l’espoir aux opprimés et aux malheureux. L’imam représente à cet égard le miroir réfléchissant les grâces divines. Si nous en sommes privés, c’est parce que nous n’œuvrons pas pour remplir les conditions favorables à son apparition, car il attend de nous une résolution et une volonté sincères pour nous apporter le salut. Combien sont ceux qui, à travers l’histoire, ont rencontré l’imam al-mahdi, et dont les témoignages transmis par eux-mêmes ou rapportés par d’autres servent aujourd’hui de preuves concrètes de son existence. Il est l’imam promis aux opprimés et aux malheureux qui attendent son prochain état par lequel se réalisera le vœu des prophètes pour l’établissement d’un gouvernement divin juste.

« Mon dieu nous te prions de nous pourvoir d’un état noble où tu honoreras l’islam et ses adeptes et où tu aviliras l’hypocrisie et ses adeptes, où nous serons de ceux qui appellent à ton obéissance et qui guident vers toi... » amen.

Résumé

1 - Ayant réalisé la profonde influence qu’exerçaient les gens de la maison sur la nation, les autorités abbassides ont mis l’imam al-djawâd sous haute surveillance:

- en le mariant à um al-fadhl, fille d’al-ma’mûn.

- en tentant de l’embarrasser dans des débats scientifiques

- en le convoquant à la capitale.

Cependant l’imam a déjoué tous les complots de la politique abbasside.

2 - l’imam al-hâdî, que la paix soit sur lui, a été contemporain de l’un des plus hypocrites califes abbassides, en l’occurrence al-matawakil. L’imam a passé cette sombre période à défendre l’islam par tous les moyens.

3 - il y a une ressemblance dans le comportement des trois imams des gens de la maison, que la paix soit sur eux (al-djawâd, al-hâdî et al-‘askari) au regard des positions qu’ils prenaient et de la réaction abbasside à leur encontre.

4 - outre les fonctions relatives à la préservation de la shari‘a, l’imam al-‘askari avait la responsabilité de préparer le terrain pour la période de l’occultation.

5 - l’imam al-mahdi, que la paix soit sur lui, qui était alors en occultation mineure, avait des contacts avec la base, à travers ses quatre députés, mais actuellement il est en occultation majeure jusqu’à ce qu’Allah, le Très-Haut, l’autorise à se manifester pour établir le grand état islamique et la justice divine sur terre.

Questions et débats

1 - quelles sont les causes qui ont amené al-ma’mûn à marier sa fille à l’imam al-djawâd?

2 - rédigez un exposé sur la discussion qui a eu lieu entre l’imam al-djawâd et yahya ibn aktham à la lumière des sources historiques.

3 - pourquoi l’imam al-hâdî a-t-il cédé à la demande d’al-mutawakil de partir à samra’?

4 - expliquez la position de l’imam al-hâdî vis-à-vis du pouvoir en place.

5 - quelles sont les mesures prises par l’imam al-Hassan al-‘askârî dans la propagation de l’islam et son renforcement,

6 - parlez des caractéristiques de la société humaine à l’ère de la manifestation de l’imam al-mahdi.