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Leçon 9: La justice divine

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Avis des ash‘arites

Parmi les écoles juridiques ayant exprimé une opinion sur les attributs divins - en raison de vicissitudes historiques - il y a celle des ash‘arites qui s’est distinguée des autres par sa propre voie.

Ainsi les ash‘arites affirment que nous ne pouvons, en termes de justice, faire une évaluation du bien et du mal dans la mesure où ils relèvent de la volonté divine.

Si Allah récompense l’auteur de bonnes actions et châtie l’auteur de mauvaises actions, c’est sa justice, et s’il fait le contraire c’est également sa justice. Les ash‘arites mettent l’accent sur la volonté du seigneur.

Ce genre de raisonnement superficiel qui relève plutôt du sectarisme va à contresens des sciences islamiques, qu’elles soient intellectuelles ou transmises. Outre ce qui est rapporté dans la tradition prophétique, le noble Coran recommande l’usage de la raison. Aussi cette mise à l’écart de la raison pour distinguer le bien du mal a poussé les musulmans à réfuter la thèse des ash‘arites qui est aux antipodes de la nature sacrée de la religion.

Avis des chi’ites et des mu‘tazilites

À côté des ash‘arites, il y a les chi’ites et les mu‘tazilites de l’école sunnite qui considèrent que la justice est un des attributs divins et qui pensent que:

a- le bien et le mal sont relatifs aux actes.

b - la raison humaine peut distinguer le bien du mal.

c - c’est Allah qui ordonne de faire du bien et de s’abstenir de faire du mal. Comment donc agirait-il à l’encontre de ce qu’il a ordonné?

La notion de justice

La justice a plusieurs significations:

a - position d’une chose à sa juste place.

b - le non-recours à l’injustice.

c - la prise en considération du mérite qui revient à chacun quant aux grâces divines accordées.

d - l’abstention d’actes contraires à la sagesse et au bien.

Tous les points ci-dessus concourent à la justice divine. D’ailleurs, en ce qui concerne le dernier point, c’est Allah, glorieux soit-il qui connaît le mieux ce qui est utile à l’homme tout comme il lui donne l’existence sans qu’il ne la mérite.

Preuves sur la justice divine

A - Tous les actes divins émanent de sa sagesse, toute action contraire à la justice est contraire à la sagesse.

B - La mise à l’écart de la raison comme moyen d’évaluation implique la négation de tous les autres critères (si nous rejetons le bien et le mal sous le rapport rationnel, ils n’auront plus lieu d’exister que ce soit du point de vue rationnel ou du point de vue de la loi islamique).

c - Tout ce qui pousse à l’injustice est étranger à l’ordre divin.

Les causes de l’injustice

Elles se définissent par:

1 - L’ignorance, la pauvreté, l’inaptitude et la faiblesse.

2 - Le droit et l’hostilité.

3 - La négligence et le mal que nous ne pouvons attribuer à Allah, transcendant soit-il.

4 - En méditant sur l’ordre de l’existence, on pourra constater la justice et l’équilibre sous tous les rapports. Ainsi, toute chose dans l’existence joue son rôle comme il se doit. La terre tourne autour du soleil selon une vitesse régulière de sorte qu’il est possible de calculer sa présence dans les signes du zodiaque en une seconde ou même une fraction de seconde. Chez l’homme cette précision fait défaut.

Muhammad, qu’Allah prie sur lui et le salue, a dit: « les cieux et la terre furent justement édifiés ».

Origine du malheur et des maux

Nous avons dit que la sagesse et la justice gouvernent le monde et nous avons fourni des preuves à cet égard. Cependant, on pourrait se poser la question suivante: si la justice et la sagesse sont les gouvernants, quelle est donc l’origine des souffrances et des maux, de la disette, de la mort, des catastrophes naturelles et des tragédies auxquelles nous assistons aujourd’hui?

Nous analyserons cette interrogation à travers les points suivants:

- La différence et la distinction.

- la disette.

- l’épreuve.

- les inconvénients.

À présent nous y répondrons comme suit:

1 - sommes-nous informés sur les vérités du monde de façon parfaite?

2 - la sagesse se base-t-elle sur des critères qui apporteraient des bienfaits pour l’homme?

3 - qu’est-ce qui prévaut dans le monde, la différence ou la distinction?

4 - qu’est l’ordre de la création? Est-il essentiel ou accidentel?

5 - l’épreuve ne joue-t-elle pas un rôle dans le développement de la personne et son éducation?

Essayons de rétablir la vérité de ce que le monde est fondé sur la justice et la sagesse:

a - vision superficielle des vérités du monde:

Il est nécessaire de rappeler que la vision superficielle du monde est insuffisante pour en connaître les vérités. Ainsi l’idée que nous nous faisons de la disette est due à notre vision incomplète, car derrière les apparences de toute chose se cache une vérité qui nous échappe. Ainsi, si l’on considérait les choses sous un rapport transcendantal, nous réaliserions qu’elles sont exemptes de tout défaut.

b - l’évaluation du bien et du mal a-t-elle pour unique fin un apport bénéfique à l’homme?

L’homme qui se place au centre de la création regarde autour de lui de manière superficielle et son jugement le porte à mettre au compte du bien tout ce qui lui semble être bénéfique et au compte du mal tout ce qui lui semble être malfaisant. C’est ainsi que le poison est par rapport à l’homme un mal dangereux et pourtant ce même poison est l’essence de la sagesse par rapport au serpent, car c’est son unique moyen de défense. Inversement, le serpent tient l’homme pour le plus dangereux et le plus mauvais des êtres. C’est pourquoi il convient d’envisager le serpent d’un point de vue transcendant et c’est alors que nous pourrons le situer à la place qui lui convient et qui est celle de la sagesse.

En résumé, nous dirons que l’homme ne comprend pas les rapports existant entre les différents phénomènes. Il ignore totalement l’avenir du monde et de la création. Il ne s’intéresse qu’à ses propres intérêts, tel celui qui vit dans un désert, puis, en arrivant en ville, aperçoit d’immenses engins réduire les anciennes bâtisses en ruines et voit en cela une bêtise. Il n’a pas songé à la sagesse et à la finalité de cet acte. Pensez-vous que son jugement est juste?

c - les bienfaits de l’épreuve

Les épreuves apportent des bienfaits à l’homme durant sa réalisation.

1 - Les malheurs sont des sirènes d’alarme. Ils permettent à l’homme de prendre conscience de sa négligence et de ses illusions et le mettent en garde contre la dérive dans laquelle il se trouve. Ainsi, par ces malheurs, l’homme ne cède plus aux plaisirs de la vie mondaine qui l’empêchent de se réaliser et d’atteindre ce noble objectif. Peut-être que la maladie le tirera de sa léthargie et le poussera à se tourner vers le côté spirituel après avoir été égaré par ses instincts.

2 - Les peines et les souffrances sont des épreuves grâce auxquelles l’homme devient plus solide et plus résistant. Si l’homme n’endurait ni peines ni souffrances, sa personnalité ne se développerait pas convenablement. Ce sont les vicissitudes de la vie avec toutes ses souffrances qui vont permettre la réalisation de l’homme. D’ailleurs les nations qui vivent dans le luxe sont non seulement instables, mais également en danger d’effondrement et de disparition.

3 - Quiconque n’a goûté ou ne goûte à l’amertume de la vie ne peut en apprécier la douceur. D’ailleurs on ne peut connaître le plaisir du sommeil... de la nourriture que si l’on a connu les souffrances de la vie dure et les privations. Celui qui vit constamment dans le luxe voit sa vie se transformer en une mer glaciale dépourvue de vagues et d’activité.

4 - Il ne peut y avoir de réalisation sans souffrance, tout comme le serviteur ne peut s’approcher de son seigneur s’il ne supporte pas les peines. Il est d’ailleurs dit à cet égard que la peine implique la proximité [du serviteur de son seigneur], et c’est pourquoi les saints endurent l’épreuve.

5 - La liberté de l’homme et ses aptitudes ne peuvent se manifester que s’il relève des défis. L’homme, de par son choix difficile que les cieux et la terre ont décliné, manifeste ses aptitudes et sa liberté par le choix de la voie qui lui semble la meilleure et ses dispositions à suivre cette voie pour satisfaire Allah.

6 - Le recours à Allah et le repentir: les difficultés et les défis éveillent dans la conscience humaine le désir d’invoquer Allah. L’homme est alors dans la bonne voie, car y a-t-il mieux que de s’en remettre à son seigneur et créateur?

Résumé

1 - En raison de vicissitudes historiques, la notion de justice divine a été déviée de sa véritable signification pour ne plus être plus considérée comme attribut divin.

2 - Contrairement aux chi’ites et aux mu‘tazilites, les ash‘arites nient la justice.

3 - Plusieurs preuves témoignent de la justice divine:

Par la méditation sur le monde nous découvrons sa sagesse et son équilibre.

L’inexistence de tout ce qui pourrait pousser à l’injustice dans l’ordre divin.

4 - Si l’ordre existentiel est fondé sur la sagesse et la justice, quelle est donc l’origine des maux et des malheurs dans le monde?

La réponse à cette interrogation est la suivante:

Nous envisageons superficiellement les réalités du monde.

Ces malheurs sont fructueux.

Le bien-être de l’homme ne réside pas dans la satisfaction de ses propres intérêts.

Impossibilité de changement dans l’ordre existentiel.

Questions et débats

1 - définissez la notion de justice divine.

2 - pourquoi la notion de justice divine a été écartée des autres attributs et devenir un élément à part dans les principes fondamentaux de la religion.

3 - Expliquez le point de vue des ash‘arites et des mu‘tazilites sur la notion de justice sociale.

4 - citez des preuves témoignant de la justice divine.

5 - quelles sont les confusions qui entourent la notion de justice?

6 - comment expliquer les malheurs et les maux qui frappent le monde?