L’homme devant la résurrection

Voyons à présent comment se présentera la vie dans l’autre monde. La résurrection sera-t-elle seulement corporelle et accompagnée de la vie matérielle propre au corps? Ou bien sera-t-elle une vie éternelle dans le seul cadre de l’âme immatérielle dépouillée de tout corps matériel périssable, l’âme étant hors d’atteinte de l’anéantissement et de la mort?

Ou bien encore, la résurrection présenterait-elle deux aspects : un aspect spirituel et un autre quasi corporel, dans le sens où il ne s’agirait pas du même corps que dans cette vie, même de quelque chose qui en présenterait certaines ressemblances?

Ou bien encore, autre probabilité, étant donné que la vie humaine est faite d’un corps et d’une âme, la vie dans l’au-delà présenterait aussi les deux aspects de la réalité de ce qui fait l’essence humaine. C’est-à-dire que ni le corps matériel-foyer et source d’actions et de réactions physiques et chimiques ne serait condamné à disparaître ni l’âme ne se séparerait du corps après la mort?

Il s’agit là d’opinions émises au sujet de la modalité de la résurrection et du mode de vie dans l’au-delà. Chacune de ces opinions a ses partisans parmi les penseurs et les savants. Nous allons les exposer chacune.

Certains ulémas ont adopté la première vue des choses, et l’ont défendue avec véhémence, tirant leur argument de ce qu’avec la mort et la cessation de l’activité physique et chimique du corps, toute chose parvient à son terme, mais qu’après la résurrection, toutes les parties éparpillées du corps seront rassemblées, de quelque lieu qu’elles se trouvent, et le corps reprendra une nouvelle vie, et le retour de l’âme qui est un des attributs du corps-sera inévitable.

Le deuxième point de vue est celui de la plupart des anciens philosophes; et ces derniers enseignent que l’âme est la source et le fondement de l’existence humaine. Son mode d’existentiation (Takvin) contribue à la permanence de sa subsistance. Lors de la mort, ce facteur essentiel qu’est l’âme abandonne a jamais son corps matériel, dont la nature même est d’être destinée au dépérissement.

Le rôle du corps, qui aura un court instant et qui a pris sa valeur vitale à l’ombre de l’âme, s’achève, car le corps ne peut porter en lui cet élément essentiel que pour une période déterminée, et est voué à l’anéantissement à cause de l’influence des facteurs matériels qu’il subit.

L’âme au contraire est une entité immatérielle, distincte de la matière et non vouée à la disparition, et subsistera pour l’éternité invariable. Seule l’âme peut se prêter à la résurrection, et autrement, la résurrection ne saurait prendre de sens et de contenu. Par conséquent, toute récompense et tout châtiment ne peuvent être que spirituels.

Bien qu’il n’existe aucun argument solide prouvant le bien-fondé de cette opinion, elle était cependant très répandue dans le passé. Elle a perdu du terrain de nos jours, et ses points faibles ont été révélés, dans une grande mesure, en raison de la propagation de la conception plus authentique et réaliste dégagée par la recherche des savants religieux.

Le troisième point de vue est défendu par certains philosophes anciens qui professaient qu’après la mort nos corps disparaissaient en réalité. Les parties désintégrées de ce corps n’allaient pas être rassemblées, mais l’âme persistait dans l’existence, non pas dans un état de dépouillement absolu, mais dans un corps subtil.

Ce corps, bien entendu, n’a pas d’activité physique et chimique, mais il ressemble en certains points au corps originel; on l’appelle Jism al mithali, corps imaginal. C’est un corps très actif, capable de se frayer une voie devant tous les obstacles, et continuer à vivre éternellement sous la forme d’un être invariable et impérissable.

Le quatrième point de vue est partagé par beaucoup de philosophes et théologiens des siècles passés et aussi de nos jours. Ce point de vue se fonde sur le principe que la résurrection constitue un Retour total au sens plein du mot. Car tout ce qui concerne l’homme n’est pas appelé à l’anéantissement.

Il recommencera sa vie dans un autre monde avec toutes ses dimensions et l’ensemble de ses caractéristiques, à cette exception près que cette vie se déroulera dans un monde supérieur et de meilleures formes.

La situation sera celle où le corps et l’âme se présenteront sous la forme d’une entité unique et inséparable, malgré la différence de nature, et cela en raison du lien intime qui les unit. Donc la vie de l’au-delà comprendra les deux dimensions, comme la vie d’ici-bas.

Il est vrai que nous ne pouvons pas avancer un argument rationnel sur le mode de vie après la mort, mais la nécessité de la résurrection corporelle et spirituelle s’entend et de l’eschatologie peut être traitée rationnellement et soumise à l’analyse et au débat philosophique. Mais ni la raison ni la philosophie ne peuvent nous en donner la clef.

Cependant, le dernier point de vue laisse entrevoir, par sa façon d’envisager les choses, quelque lueur de vérité, car il est conforme aux textes explicites des sources et des textes islamiques. Le Coran qui est la plus importante source en matière islamique, évoque beaucoup la corporéité de la résurrection, et déclare explicitement que l’homme sera ressuscité au jour dernier avec son corps terrestre.

Cette explicitation atteint un degré tel qu’elle ne laisse plus place à l’interprétation. En voici les versets :

« Dieu commence la création; ensuite, Il la répète; puis vers Lui vous serez ramenés. »1

« L'homme, pense-t-il que Nous ne réunirons jamais ses os? Mais si! Nous sommes capables de remettre à leur place les extrémités de ses doigts. »2

Ce verset saint veut montrer que ceux qui s’imaginent que le corps, désintégré et aux parties éparpillées, ne saurait redevenir de nouveau vivant, sous-estiment la puissance infinie de Dieu, et ne comprennent pas que rendre la vie à l’homme après sa désintégration, et même lui rendre les lignes des doigts, ne sont qu’une simple affaire, et tout à fait banal par rapport à l’Essence absolue de Dieu.

« Il cite pour Nous un exemple, tandis qu'il oublie sa propre création; il dit : "Qui va redonner la vie à des ossements une fois réduits en poussière?" Dis : "Celui qui les a créés une première fois, leur redonnera la vie. Il Se connaît parfaitement à toute création. »3

Le Coran traite également de l’expérience du Prophète Ozair, et traite en détail l’histoire du Prophète Abraham, l’Ami de Dieu (que la paix soit sur lui), chacun des évènements de ces deux histoires constitue un modèle vivant de résurrection corporelle.

Dieu a expliqué la question aux deux grands prophètes, de façon visible, et leur a permis de voir de leurs propres yeux le mystère de la résurrection, et comment se manifeste l’âme dans le corps désintégré de nouveau avec la permission de Dieu, une fois les conditions réunies, et que la vie reprend de nouveau.

Nous apprenons qu’Ozair était un jour sur sa monture alors qu’il traversait un lieu semé de ruines. Il fut terrifié par le spectacle de désolation qui s’offrait à son regard : des restes d’ossements d’êtres humains, morts depuis des générations. Ce spectacle le fit plonger dans une longue méditation au terme de laquelle il s’interrogea : « Comment Dieu pourrait-il redonner vie à ces corps décomposés à l’extrême? »

Au même instant, Dieu lui fit rendre l’âme. Il demeura mort pendant 100 ans, après quoi Dieu lui rendit la vie, et lui demanda : « Combien de temps es-tu resté ici? » Il répondit : « Un jour ou environ un jour. » Il lui fut répondu : « Tu as passé dans cet endroit 100 ans durant lesquels ton corps était étendu sur le sol. Regarde donc ton âne, et vois son squelette comment il s’est dispersé! »

Pour lui montrer sa puissance infinie, Dieu fit préserver du périssement son repas et l’eau qu’il transportait pour sa boisson, bien que nous sachions que les aliments sont des produits très rapidement périssables à cause des variations de température, de la poussière...

Voici ce qu’en dit le Coran :

« Ou comme celui qui passait dans par un village désert et dévasté : "Comment Allah va-t-Il redonner la vie à celui-ci après sa mort? " dit-il. Allah donc le fit mourir et le garda ainsi pendant cent ans. Puis Il le ressuscita en disant : "Combien de temps as-tu demeuré ainsi? " "Je suis resté un jour, dit l'autre, ou une partie de la journée." "Non! dit Allah, tu es resté cent ans. Regarde donc ta nourriture et ta boisson : rien ne s'est gâté; mais regarde ton âne... Et pour faire de toi un signe pour les gens, et regarde ces ossements, comment Nous les assemblons et les revêtons de chair". Et devant l'évidence, il dit : "Je sais qu'Allah est Omnipotent". »4

Outre ce verset, il existe de nombreux autres qui traitent explicitement de la modalité de la résurrection, et récusent une résurrection qui serait celle de l’âme seulement, sans le corps. Dieu dit :

« Il en est ainsi parce qu'Allah est la vérité; et c'est Lui qui rend la vie aux morts; et c'est Lui qui est Omnipotent. »5

« Dis : "Mon Seigneur a commandé l'équité. Que votre prosternation soit exclusivement pour Lui. Et invoquez-Le, sincères dans votre culte. De même qu'Il vous a créés, vous retournez à Lui". »6

Ce verset coranique attire par une phrase courte et éloquente l’attention de l’homme sur le début de sa création, comment son corps est composé des éléments solides de la terre et de l’eau, alors que ces éléments se trouvaient à l’état de nourriture, de fruits et de légumes, dispersés en différents points de la terre, ou sous la forme de gouttelettes d’eaux, évaporées puis transformées en nuage avant de retomber sous forme de pluie sur la terre.

Pourquoi l’homme n’admet-il pas que ces matières que dispersent le vent et l’eau, les répandant en différents coins de la terre, reprendront leur homogénéité et leur forme première? Si le renouvellement de la vie était chose impossible, pourquoi s’est-il produit, de la façon évoquée, au début de la création? Le Coran soulève un autre point relatif à la résurrection des corps et dit :

« Et le jour où les ennemis d'Allah seront rassemblés en masse vers le Feu... Puis on les poussera [dans sa direction]. Alors, quand ils y seront, leur ouïe, leurs yeux et leurs peaux témoigneront contre eux de ce qu'ils œuvraient. Ils diront à leurs peaux : "Pourquoi avez-vous témoigné contre nous?". »7

Il s’agit d’une position terrifiante et stupéfiante que celle où, alors que l’homme ne s’attendait point à ce que des parties de son corps viennent à témoigner par la parole à sa charge la peau qui est-ce qu’il y a de plus proche à l’homme est choisie pour apporter son témoignage.

Ceux dont l’esprit étroit ne leur permet pas de comprendre que la science de Dieu embrasse toute chose, et toutes les œuvres des créatures, entreprennent leurs actes répréhensibles et leurs péchés dans le secret, et tâchent de les garder hors de la vue d’autrui, seront cependant surpris ce jour-là par leur ouïe, leur vision et leur peau (organe du toucher) devenues sources de savoir, et de témoignage à charge contre eux-mêmes.

L’homme demeurera perplexe devant cela et ne s’empêchera pas de questionner : « Pourquoi avez-vous témoigné contre nous? » La réponse fusera de façon décisive de la part des membres et organes du corps, en mettant l’accent que c’est de Dieu qu’ils ont reçu la faculté de paroles :

« Elles diront : "C'est Allah qui nous a fait parler, Lui qui fait parler toute chose. C'est Lui qui vous a créés une première fois et c'est vers Lui que vous serez retournés". »8

Amir al -Mou'minine, l’Émir des Croyants, Ali, dit : « Ils rivalisent les uns contre les autres, et avancent par générations successives vers l’objectif final et le rendez-vous de la mort, et quand les choses parviendront à leur terme, le monde mourra et la résurrection se fera proche.

Dieu les tirera des fonds des tombes, des nids des oiseaux, des repaires des bêtes féroces, et des centres de la mort. Ils se précipiteront vers Son commandement, et se hâteront vers le lieu fixé de leur retour final, groupe par groupe, calme, debout et en rangs. Ils seront placés sous le regard de Dieu, et entendront quiconque les appellera.

Ils seront vêtus du vêtement de l’impuissance, et du manteau de la soumission et de l’humiliation. Alors, tout artifice disparaîtra, les désirs seront rompus, les cœurs seront réduits au calme, et les voix abaissées... »9

Certains versets coraniques laissent penser que le corps de la résurrection sera semblable au corps terrestre. Par exemple celui-ci :

« Chaque fois que leurs peaux auront été consumées, Nous leur donnerons d'autres peaux en échange afin qu'ils goûtent au châtiment. »10

Telle est la description que fait le Coran d’un spectacle très horrifiant d’un châtiment sensoriel, et qui nous apprend que le tourment subi par les corrompus se répétera sans cesse. De pareils versets ne différent pas des autres que nous avons précédemment cités, car les peaux renouvelées ne sont autres que la même peau du pécheur impénitent, mais qui renaît chaque fois qu’elle a perdu sa faculté sensorielle par le feu qui la brûle, afin que le pécheur ressente l’âpreté du châtiment.

Il est bon à ce propos de citer une tradition de l’Imâm Sâdeq (que la paix soit sur lui), expliquant ce phénomène : «Hafs ibn Ghiyâth a dit : J’étais au Masdjed ol-Harâm (à la Mecque), lorsque Ibl Aboul-Awdjah interrogea Abu Abdullah (l’Imâm Sâdeq) au sujet du sens de la parole divine : Chaque fois que leurs peaux seront cuites, Nous leur donnerons d’autres peaux en échange, afin qu’ils goûtent au châtiment.

Quel est le péché commis par les autres peaux (pour subir ce châtiment)? L’Imam répondit : Malheur à toi, il s’agit de la même peau, tout en redevenant autre! L’autre ajouta : Il s’agit là de quelque chose propre à l’ici-bas. L’Imam répondit : Oui, vois-tu si un homme brisait une brique, et qu’avec les morceaux obtenus, il en refaisait une autre, on dirait que c’est la même brique que la première, tout en étant une brique différente. »11

Quand le Prophète de l’Islam (que la paix soit sur lui et ses descendants) parlait de la résurrection des corps, ses paroles semblaient étranges aux polythéistes. Ils ne les comprenaient pas, et refusaient de les accepter. Et pour cette raison ils lui opposaient des arguments superficiels et contradictoires.

Le saint Coran a essayé de transformer ce milieu saturé d’idées fausses, de superstitions, d’illusions et d’esprits mal dirigés, en une ambiance dominée par la libre réflexion, la quête de la vérité. Il rappelle pour cela les paroles des insensés :

« Et ceux qui ne croient pas dirent : "Voulez-vous que l'on vous montre un homme qui vous prédise que lorsque vous serez complètement désintégrés, vous reparaîtrez, sans nul doute, en une nouvelle création? Invente-t-il un mensonge contre Allah? Ou bien est-il fou?" [Non], mais ceux qui ne croient pas en l'au-delà sont voués au châtiment et à l'égarement lointain. »12

Tous les versets explicites confirment la résurrection des corps et ne se prêtent pas à une autre interprétation contraire. D’autre part, si nous envisageons la question sous un autre angle, nous serions à même de conclure à cette vérité que le corps et l’a me constituent deux réalités liées entre elles.

Leur liaison donne lieu à l’existence humaine et tous les phénomènes de mouvement et d’initiative sur la scène de l’existence résultent de cette conjonction entre les deux réalités. Cela nous permettra non seulement de dissocier entre le corps et l’esprit, mais aussi de mettre en évidence des arguments prouvant la nécessité de l’association entre ces deux réalités pour renouveler la vie humaine.

Nous savons que le corps et l’âme ne sauraient être une entité complète l’un sans l’autre, étant entendu que le corps est un moyen par lequel agit l’âme. De ce fait, son importance et son rôle sont décisifs et déterminants, en tant que facteur fondamental, pour la continuité du labeur de l’âme.

Des objections peuvent naître dans l’esprit : comment la planète terrestre pourrait-elle réunir au Jour du Jugement tous les hommes des générations successives depuis le début de la création?

Mais cette question n’est absolument pas fondée, car le Coran nous informe qu’à la fin de ce monde l’ordre de l’univers, qui se meut suivant des orbites, sera désintégré, une force formidable pulvérisera les montagnes, le soleil et la lune s’éteindront, et perdront leur éclat et leur luminosité magique, enfin l’ordre et les liens qui existent dans tous les coins du monde, dans les choses les plus simples et dans les plus complexes, seront rompus.

Un nouvel ordre verra le jour, qui sera construit sur les ruines du premier, et dans le silence de mort qui y régnera. Nous comprenons alors l’ineptie de l’objection relative à l’exiguïté de la planète au Jour du Jugement.

Ceux dont l’attitude s’oppose à celle des partisans de la thèse de la création par Dieu soulèvent une autre objection selon laquelle les cellules composant le corps de tout homme se renouvellent périodiquement après le passage de quelques années.

Tout au long de sa vie, l’homme change à plusieurs reprises, progressivement et imperceptiblement ses cellules, son moule autrement dit. Il est évident que tout corps accomplit des œuvres au cours de sa vie, et ces œuvres sont sujettes au châtiment ou à la récompense. Une question se pose alors qui est la suivante : quel corps sera pris pour responsable de nos actes le jour de jugement?

La réponse est simple. Car si les nouvelles cellules sont les héritières de toutes les qualités et particularités des cellules précédentes, au point que la forme extérieure et apparente du corps ne peut être différenciée de celle du corps précédent, il est naturel de considérer le dernier corps comme la somme algébrique de toutes les qualités acquises et innées des corps précédents.

Par conséquent, la résurrection du dernier corps qui est celui avec lequel l’homme parvient au terme de sa vie sera considérée comme celle de tous les autres corps qui l’ont précédé. Une autre question relative à l’insuffisance de matière terrestre nécessaire pour un nombre incalculable de personnes transformées en poussière est soulevée.

Ceux qui la posent affirment que la terre dont nous disposons est insuffisante pour satisfaire les besoins en matières fondamentales des corps humains, et la pénurie à ce sujet n’est un secret pour personne. Mais nous saisirons l’erreur de ce jugement, qui ne provient pas d’une bonne observation, si nous nous livrons à un calcul arithmétique.

Un kilomètre cube de terre suffit pour la formation de 100 milliards d’individus, c’est-à-dire que cette infime quantité de terre par rapport à l’ensemble du volume de la terre-suffit pour reconstituer les corps de 20 fois le nombre d’individus actuellement vivants.

Dès lors, pour reconstituer le corps des milliers de milliards de personnes, il ne sera besoin que d’une faible quantité de terre, et on se rend alors compte que la question de l’insuffisance de terre est factice et ne se pose pas.

Un autre problème, très vieux en réalité, ne peut pas passer inaperçu; il consiste en ce que les parties des différents corps se mélangent entre elles, du fait que les corps de ceux qui nous ont précédés ont été transformés, du fait de l’alimentation et des agents chimiques, en poussière, puis en matières alimentaires, qui vont nourrir les corps des vivants d’aujourd’hui.

Il est vrai qu’aucun corps ne saurait échapper complètement à cette règle, mais la composition des matières, et le mélange total, ne peut pas être évalué qualitativement et quantitativement dans les conditions de ce monde. Quand a la reconstitution du corps au moment de la résurrection, elle entraînera une lutte et un antagonisme au sujet de la compatibilité entre des parties déterminées.

Il se peut que ce différend ne soit pas limité à deux individus. Il se peut aussi qu’il y ait plusieurs prétendants à la propriété d’une partie quelconque. Mais chacun se considérera le propriétaire réel. Comment les départager, et à qui reviendra en fait la propriété de la partie en litige? Tel est le résumé du problème.

Mais lorsque nous nous rappelons la première création, nous nous apercevons qu’elle a commencé à partir d’un être unicellulaire, et que le corps s’est développé à partir de la multiplication de cette cellule, et le développement progressif de nos organes et de nos différents systèmes.

En réalité, notre personnalité, et toutes nos caractéristiques corporelles contrairement à l’opinion des anciens qui pensaient les déceler dans un ensemble de cellules génitales identiques sont inscrites au fond de chacune de nos cellules. Chaque cellule, à elle seule, porte toute l’hérédité de l’homme, et constitue une image fidèle de sa personnalité. Cela n’est pas valable seulement pour l’homme, mais s’étend à tout être vivant.

Si donc chaque cellule du corps offre en miniature une image de la personnalité, elle pourrait, si les conditions étaient réunies, à même de servir de cellule initiale pour la reconstitution générale du corps, et ce grâce à la division cellulaire.

Si, par conséquent, certaines parties d’un corps se retrouvent dans un autre corps, elles seront re-transférées au corps originel, et le deuxième corps gardera son existence et son intégrité quand il aura compensé la perte des parties restituées au premier corps.

Il faut préciser que lorsque les caractéristiques de chacun des deux corps seront maintenues, le mélange de leurs éléments ne donnera lieu à aucun problème, quel que soit son degré. Les parties en surplus aussi infimes soient-elles, fussent-elles réduites à une cellule, ne perdent pas leur aptitude à se développer et à se reproduire, et rien ne pourrait empêcher cette reconstitution.

Quoi qu’il en soit, la capacité de restauration subie ou graduelle demeure quelque chose de propre à toute cellule, qui est comme la première semence à partir de laquelle il est possible de refaire la vie.

La solution du problème peut s’envisager ainsi : nous savons que le corps humain possède la propriété de se désintégrer et de se transformer. Une fois à plusieurs années d’intervalle, le corps change totalement et graduellement.

Si quelque chose est transféré directement ou non d’un homme à un autre, par l’entremise de l’alimentation par exemple, il est évident qu’une partie seulement de ce corps étranger se sera mêlée au corps de la personne consommatrice de cet aliment qui est elle-même une personne entière, et non l’ensemble.

Car le corps de l’homme ne résorbe de l’ensemble de la nourriture ingérée que les trois pour cent. Pour les 97 % qui restent, il n’y a pas de problème de régénération. Abstraction faite de tout cela, toute énergie dans l’univers se prête, selon les lois physiques, à la transmutation à d’autres formes d’énergie sous certaines conditions.

Or si nous gardons présent à l’esprit que l’homme est une des sources de production d’énergie, qu’après la mort même, son corps se transformera d’une forme d’énergie en une autre, il en résulte qu’au jour de la résurrection, toutes les énergies existant à l’état libre, indéterminé, pourront reprendre leur forme première par une transformation inverse de celle qui les a conduits à l’état d’indétermination.

Le fait que nous ignorons comment cette transformation s’opérera ne signifie pas que le problème soit insoluble, et ne justifie pas son impossibilité. Quant au châtiment, il faut savoir que ce qui cause le tourment et la douleur est en relation avec l’âme. Si une partie du corps d’un croyant est transférée dans le corps d’un incroyant, ce sera ce dernier qui supportera le châtiment et non le croyant.

Malgré tout cela, il n’y a aucun problème pour que Dieu redonne vie aux corps anciens qui se sont transformés, en plusieurs fois, de façon lente et progressive jusqu’à l’instant de la mort, et cela en remplaçant les cellules cérébrales, celles des nerfs et des os qui ont été usées par de nouvelles cellules.

L’homme d’aujourd’hui est différent de celui d’il y a 10 ans. Il suffit que l’âme qui confère son humanité à l’homme préserve l’unité de sa personnalité de façon à éviter la confusion entre les propriétés et les attributs de chaque homme, et demeure invariable dans le temps. C’est l’âme immatérielle qui se charge de diriger les affaires du corps depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

Si nous rassemblions des milliards d’êtres humains qui ont vécu sur terre depuis la création du monde à ce jour, chacun sera doté d’une âme particulière qui ne se confondra pas avec celle d’un autre.

Et si quelqu’un a commis un crime il y a dix ans, on ne pourra pas dire que cette personne n’est plus la même, et qu’il ne convient pas de la juger à la place de cet autre qui a commis ce crime dix ans avant. Si nous réimprimons un ouvrage en offset, la deuxième édition sera identique à la première, même si la reliure et le papier ont changé.

Il en va de même de la résurrection de l’âme. C’est elle qui confère identité et authenticité à l’homme. Étant donné que l’homme a besoin d’un moyen et d’une matière pour se manifester au monde, il est nécessaire qu’il soit installé dans un corps terrestre.

Mais il n’est nullement nécessaire du faire revivre tous les individus dans toutes les formes qu’il a traversées depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Avec cette hypothèse se résout le problème du transfert de certaines parties d’un individu à un autre, transfert qui rendait obligatoire la résurrection d’une seule et même chose en deux êtres distincts.

Enfin, il ne faut pas prendre ces hypothèses comme des cas certains de la modalité de la résurrection des hommes, mais il ne s’agit que de conclusions permises par le savoir humain actuel. Il n’est donc pas juste de vouloir limiter les idées relatives à la résurrection à celles dont nous avons fait cas ici.

Notre but, dans ces exposés, est d’éviter que la confusion et le doute n’atteignent notre foi dans la résurrection des corps, qui est un dogme de toutes les religions révélées, en particulier l’Islam dont le coran est la Sainte Écriture.

  • 1. Coran, Sourate 30, verset 11
  • 2. Coran, Sourate 75, versets 3 et 4
  • 3. Coran, Sourate 36, verset 78 et 79
  • 4. Coran, Sourate 2, verset 259
  • 5. Coran, Sourate 22, verset 6
  • 6. Coran, Sourate 7, verset 29
  • 7. Coran, Sourate 41, versets 19 à 20
  • 8. Coran, Sourate 41, verset 21
  • 9. Nahj al-Balagha, ed. Subhi Salih, p. 108
  • 10. Coran, Sourate 4, verset 56
  • 11. Bihar al-Anwar, Vol. VII, p. 38
  • 12. Coran, Sourate 34, versets 7 et 8