L’observation nous éclaire davantage

Si nous arrivions à cerner par l’expérience le phénomène de l’Esprit, qui est une réalité caractérisée par l’immatérialité, et que nous pouvions démontrer son indépendance par cette voie, cela aurait un impact profond sur les gens en raison de la domination qu’exerce la connaissance sensible sur les hommes, en particulier sur ceux qui ne peuvent comprendre les questions subtiles et complexes et qui s’intéressent plutôt aux choses concrètes et palpables qu’aux choses abstraites et philosophiques.

La question du spiritisme ou le contact avec les esprits qui était en vogue vers la fin du 1er siècle en Europe témoignent de l’indépendance de l’Esprit et de sa subsistance après la mort. Cette question fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt scientifique de la part de personnalités mondiales diverses et en différents forums.

De nombreux savants ont entrepris des études dénuées de tout parti-pris aveugle et de préjugé, poussées par un puissant désir de connaître la vérité à ce sujet. Ils ont examiné tous les aspects du problème et puis exposé les résultats de leur recherche en concluant que la question débordait à présent le cadre théorique pour devenir un sujet tout à fait digne d’intérêt scientifique.

Des expériences sérieuses font état de la possibilité de l’établissement de liaison entre l’homme vivant et les esprits des morts. Les hommes ont pu s’entretenir avec les esprits des morts et se faire aider en plusieurs cas par ces derniers dans la solution des problèmes complexes. Les esprits étaient capables de soulever de terre des objets avec une dextérité surprenante et sans l’intervention de facteurs physiques.

Les personnes qui se plongent dans un état d’hypnotisme comparable à l’évanouissement pour entrer en liaison avec les esprits présentent cette particularité d’être des médiums. Il leur arrive souvent dans cet état spécial de parler une langue qui leur est étrangère et qu’ils ignoraient jusque-là. Parmi les faits étranges qui surviennent dans ces contacts figurent l’évocation et la révélation de certains secrets.

Plus surprenant encore, les médiums qui servent d’intermédiaire pour les esprits ont pu dans leur état d’hypnose tracer des lignes, ou bien lire les écrits se trouvant dans des coffres mis sous scellés, alors qu’ils étaient réputés analphabètes, et enfin accomplissent des actes que l’on ne peut s’expliquer de façon satisfaisante que si nous faisions appel à un facteur invisible qui est l’âme.

Il s’agit là de questions éprouvées. Ce qu’on en conclut, c’est la réfutation des prétentions matérialistes, car si l’âme n’était seulement qu’une conséquence naturelle de la matière, et une des propriétés physico-chimiques du cerveau, il n’aurait pas été possible d’expliquer de tels phénomènes variés.

On ne sortira de l’impasse qu’en reconnaissant l’existence d’une force extraordinaire qui engendre ce mouvement, et l’on ne saurait attribuer tout ce qui survient dans ce domaine à un facteur matériel. Il est vrai que l’âge n’importe pas en matière de spiritisme. Mais les médiums sont généralement choisis parmi des enfants par l’intermédiaire desquels on s’entretient avec les esprits des morts, afin d’éviter l’éventualité d’une trahison, d’un faux témoignage, et d’autres problèmes.

En outre, les chercheurs avertis participent aux séances de spiritisme, et observent plusieurs expériences afin de lever toute équivoque, notamment celle de la suggestion ou de la négligence. Bien que cette question puisse être acceptée comme an fait réel, il n’empêche que, à l’instar de toutes les réalités de ce monde, elle a fait l’objet d’un emploi abusif de la part de certains charlatans qui l’ont entraînée dans les lieux communs.

On ne peut donc pas accorder du crédit à tout ce qui se dit à ce sujet, et l’on ne peut aussi les nier carrément. La vérité ne sera pleinement connue que par l’attention soutenue pour discerner l’illusion et la tromperie du fait réel.

Le célèbre chercheur, Farid Wajdi, l’auteur d’une encyclopédie du 20e siècle cite les noms de quelques savants européens et américains qu’il a choisis parmi des milliers de spécialistes et de chercheurs dans ce domaine.

Il rapporte leur dire selon lequel ils admettent clairement, pour l’avoir constaté de leurs propres yeux, la réalité de cette science indéniable, d’autant plus que la plupart d’entre eux avaient au préalable avant de la confirmer-nié toute l’affaire, et l’avaient traité de ridicule, se moquant de ceux qui y croyaient, et ne s’étaient engagés dans son étude que dans le but d’en démontrer la fausseté.

Et si quelqu’un avait osé prétendre, devant eux, pouvoir démontrer scientifiquement le spiritisme, ils n’auraient pas hésité à le traiter de simple d’esprit et d’idiot. Mais ayant confirmé l’authenticité de plusieurs expériences, ils durent s’incliner et reconnaître le bien-fondé du spiritisme.

Les savants des époques précédentes n’avaient pas pris à leur charge la tâche de vérifier la véracité des paroles de ceux qui croyaient à ces phénomènes, et les considéraient peut-être comme un sujet inutile et infructueux.

Farid Wajdi ajoute que ces spécialistes ont admis le principe de l’immortalité de l’âme, après la mort du corps, et ils n’ont pas pu s’expliquer leurs observations extraordinaires autrement qu’en disant qu’il s’agit d’une activité des esprits, car de tels phénomènes ne peuvent survenir scientifiquement que par l’effort des esprits. D’autres personnes, dont l’argumentation manque de maturité, ont essayé d’expliquer ces choses par une activité de l’inconscient.

Peut-on faire aisément croire que les savants et chercheurs se soumettent inconditionnellement aux tromperies des imposteurs, en donnant aveuglément un cachet de scientifique à des expériences irréelles? Ou qu’ils ne prennent aucune précaution dans leur jugement ou se laissent influencer par les médiums? Il semble impensable que tous les savants spécialistes puissent être trompés.

Il est donc préférable de s’en tenir à une attitude logique en traitant ce sujet. Alfred Russel Wallace, qui fut associé à Darwin dans ses travaux sur la loi de la sélection naturelle, a entrepris certaines recherches à ce sujet et dit : « Quand j’ai commencé à découvrir le sujet des contacts avec les esprits, j’étais un pur matérialiste, niant l’existence de l’âme.

Ma pensée ne connaissait absolument aucune trace d’immatérialité ou de métaphysique. Mon but était au début de démontrer scientifiquement le caractère erroné de ce problème. Mais j’ai été confronté à des faits et à des expériences qui ont fait que petit à petit, je finis par y ajouter foi.

La question de l’apparition des esprits eut sur moi une influence si profonde que j’ai cru en sa véracité, et que j’y ai cru fortement avant de la comprendre et de la saisir, et avant de lui trouver une explication dans ma conscience. Je ne peux détourner d’elle mon visage, et je ne peux pas lui trouver une cause matérielle. »1

Le professeur Crookes, président de l’Académie scientifique royale de l’Angleterre, écrit dans son livre Les phénomènes spirituels : « Étant donné que je crois en l’existence de ces phénomènes, ce serait de ma part de la peur et de la lâcheté intellectuelle que de taire mon témoignage au sujet de l’activité des esprits, par souci d’éviter les critiques sarcastiques de ceux qui n’ont aucune science dans ce domaine, et ne peuvent sortir des illusions. Pour cette raison, j’exposerai en détail dans cet ouvrage, et en toute clarté, tout ce que j’ai observé par moi-même, et dont j’ai éprouvé le bien fondé en plusieurs expériences. »

De l’ensemble des observations faites dans les séances de spiritisme, menés en présence des savants, nous concluons que l’homme est doté d’une force et d’une personnalité indépendante qui lui survivent après sa mort physique. Cette force est capable de mouvement et d’action sans corps terrestre. Certaines conditions et aptitudes doivent être nécessairement réunies pour que les hommes puissent entrer en contact avec les esprits des morts.

Un autre progrès scientifique ayant contribué à percevoir l’indépendance de l’âme et sa permanence est l’étude de l’hypnose. En concentrant son regard sur un seul point pendant un certain temps, et en se laissant suggérer, l’homme peut connaître un sommeil artificiel, différent de beaucoup du sommeil naturel. Quand l’homme plonge dans ce sommeil hypnotique, il n’entend plus que la voix de son hypnotiseur, auquel il obéit avec fidélité.

Le savant anglais, James Bread, a pu, sur la base des travaux précédents, réaliser la première grande découverte en matière d’hypnose. Il a expliqué les mécanismes de ce phénomène, et ses travaux lui ont valu beaucoup d’éloges.

Après lui, d’autres savants américains et européens ont donné de l’ampleur aux recherches dans ce domaine. Parmi eux, citons Riché, Émile Coué, Nolz, Charcot. Le plus important fruit de ces recherches a été la classification des différentes étapes du sommeil magnétique.

« Dans le sommeil artificiel, l’hypnotiseur peut faire soumettre à sa volonté l’hypnotisé, au point où ce dernier exécute les ordres qu’il reçoit sans hésitation. Pendant ce sommeil, l’activité sensorielle est suspendue, ou réduite à son minimum. Le médium ne se sert pas de ses facultés sensitives, gustatives, olfactives, auditives et visuelles. Il connaît un tel état de détente, qu’il ne sent aucune lourdeur, aucune douleur, aucune contrainte sur son corps. »2

Le Dr Philippe Kart, professeur de sciences hypnotiques et spécialiste en anesthésie, écrit dans la revue de protection civile de l’Angleterre : « De nombreux malades devant être opérés ont été anesthésiés par hypnose. Nous voudrions insister ici sur le fait que les opérations chirurgicales sont mieux réalisées lorsqu’elles sont menées par voie de sommeil magnétique.

Elles sont moins coûteuses, et présentent moins de danger que l’anesthésie par voie chimique. Outre cela, il est possible de garder le malade dans cet état de sommeil pendant de longues heures, et d’éloigner toute douleur que viendrait à éprouver le malade. »3

Il est un autre facteur permettant de mettre en évidence l’indépendance de l’âme : c’est le phénomène de la force magnétique, le magnétisme, chez l’homme. C’est une force latente existant chez tous les êtres humains à des degrés différents. Cette force diffère du pouvoir de l’hypnose en ce que lorsqu’on la développe en soi, elle confère le pouvoir non seulement de maîtriser des hommes, mais également les animaux, et d’exercer sur eux une certaine influence.

En outre, cette force présente l’avantage d’être utilisée naturellement, alors que l’hypnose exige la médiation de certains facteurs particuliers. Cette force magnétique est à ce point efficiente qu’elle permet de neutraliser les initiatives ennemies, o, d’immobiliser une proie en fuite.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Cette force obscure était connue depuis la plus haute antiquité. Mais depuis la fin du 18e siècle, ce phénomène a été traité comme une découverte scientifique. Les spécialistes ont commencé à se servir des ondes magnétiques pour le traitement des malades.

Et poursuivant ces études, ils ont démontré qu’il était possible de passer du magnétisme au sommeil magnétique (hypnotisme), et réaliser des choses surprenantes. Pour découvrir les causes de certaines maladies, les psychiatres recourent au sommeil artificiel qui leur permet de sonder le fond de la conscience de leur patient et déceler la structure de sa personnalité réelle qu’il ne saurait révéler à l’état de veille, par honte ou par calcul.

Les psychologues parviennent ainsi à faire plonger le patient dans une sorte de sommeil grâce auquel ils arrivent à tirer de lui des aveux, et à lever le voile sur des secrets qu’il n’aurait à aucun prix révélés à l’état de veille. Le malade se plonge dans un sommeil profond, et demeure sous l’influence de la force magnétique.

Il exécute tous les ordres qu’il reçoit de son traitant, sans que sa propre volonté puisse ne se manifeste sous aucune forme que ce soit. Il arrive même dans certains cas que son corps devienne totalement insensible. Ses membres n’enregistrent aucune réaction, au massage ou au toucher. Il devient comme un corps totalement inerte. Il ne perçoit pas les voix qui s’élèvent autour de lui, et ne voit personne d’autre que son médecin traitant dont il exécute les ordres.

L’influence qu’il subit est telle que si l’on plantait une aiguille dans le corps de son traitant, il la percevrait aussi. On s’étonnera peut-être aussi d’apprendre que la joie et la gaieté éprouvées par le traitant sont également communiquées à l’hypnotisé; il en est de même pour la tristesse ou la colère.

Le fait que l’endormi d’un sommeil artificiel puisse parler des langues qu’il ignore, et évoque des choses ne faisant pas partie de son environnement, et encore le transfert de son âme vers des régions très lointaines, toutes ces choses concourent à montrer la fausseté de la thèse des matérialistes au sujet de ce phénomène, thèse selon laquelle il s’agirait d’un phénomène de suggestion, et de perte par le malade, de sa volonté.

Il existe, au contraire, une autre réalité différente de ce qu’avancent les sciences physiques; une réalité enfouie dans l’existence humaine, et dont la manifestation ne peut être comparée aux critères et lois de la matière. Tout homme en quête de la réalité des choses se persuadera petit à petit de cela, s’il approfondit son étude de ce phénomène.

Quelle est donc cette force qui peut se soumettre la volonté d’un autre homme, et rendre son corps insensible et inerte? Si l’on méditait longtemps à ce sujet, ne serions-nous pas persuadés qu’il s’agit de l’âme couverte de voiles, et impérissable?

Et puis, n’est-il pas conforme aux canons de la science de dégager une loi universelle à partir de faits observables? Cela n’ouvre-t-il pas la voie, contrairement à ceux qui font de la science, avec leurs illusions?

Il n’y a pas de doute que toute nouvelle découverte dans ce domaine emportera une part de prestige dont se parent les idées de ceux qui prétendent expliquer la réalité, et réduira l’horizon de vue de ceux qui se plaisent à méditer dans l’obscurité?

Il est vrai que l’homme connaissait la transmission de la pensée, connue sous le nom de télépathie. Mais ce phénomène n’a commencé à être étudié scientifiquement qu’en 1882, date qui a vu un groupe de spécialistes anglais commencer des expériences méticuleuses et suivies à ce sujet, et en prouver la véracité.

La transmission de la pensée d’une personne à une autre est possible, qu’elles soient séparées par une longue distance ou rapprochées. La modalité de cette transmission, dans le cas où elles sont rapprochées, consiste en ce que ces deux personnes s’assoient face à face, et que sans parler, ou faire des gestes spéciaux, se communiquent entre elles leurs pensées.

Dans le cas de la séparation par une longue distance, ces deux personnes peuvent se communiquer leurs pensées, en concentrant chacune son regard sur un point déterminé, à un moment déterminé.

Ces phénomènes, mis en évidence par les spécialistes en différents points du globe, constituent des manifestations étranges de l’âme dans lesquelles celle-ci accomplit son activité en toute indépendance. N’admettons-nous pas, après tous ces arguments que la force dominant l’activité de notre corps est radicalement différente des forces matérielles et des phénomènes qui s’y rattachent?

Le psychologue Kanighton dit : « L’existence et l’activité du cerveau hors du corps, même à quelques centimètres, sont impossibles, tout comme si nous voulions que le système digestif ou la circulation sanguine fonctionne hors du corps. »

Et le philosophe Henri Bergson dit pour sa part : « Et si nous admettions cette hypothèse, nous verrons que les faits mentionnés par le spiritisme, ou tout au moins certains d’entre eux, sont rationnellement très probables, au point que nous nous étonnons de ce que nous soyons restés tout ce long temps, sans que nous commencions leur étude.

Nous n’allons pas revenir ici sur un point que nous avons étudié ailleurs. Mais nous disons, en nous limitant à ce qui semble être le fondement le plus solide, que si nous avions des doutes au sujet des phénomènes de télépathie par exemple, après des milliers de témoignages qui les confirment, nous déclarerions que le témoignage de toute l’humanité n’est pas recevable aux yeux de la science.

Mais alors que deviendrait l’Histoire? Oui, une décantation s’impose pour dissocier les conclusions que nous propose le spiritisme. Le spiritisme lui-même ne les place pas toutes au même rang. Il y distingue entre celles dont l’authenticité est vérifiée, et celles qu’il considère comme probables ou tout au plus possibles.

Mais, même si nous n’acceptions qu’une partie infime de ce qu’il nous présente comme certain, nous serions toujours en possession d’une quantité suffisante pour nous permettre d’élargir notre regard sur cette terra incognita que nous commençons à peine à explorer. »4

L’activité scientifique humaine a commencé par l’observation d’un phénomène très éloigné de lui : les étoiles. Aujourd’hui, l’homme s’est tourné vers l’étude de son « moi » et de ses contingences, et tente de comprendre les règles et les lois qui régissent et conditionnent son existence.

Les visions et les rêves constituent des états de l’homme où ses pensées se dirigent vers elles-mêmes. Comme l’homme passe une grande partie de sa vie dans le sommeil, il est normal qu’il s’intéresse à la connaissance de ses phénomènes. Les différentes opinions exprimées à ce sujet font état de la complexité de la question, et d’autre part de l’ampleur des études menées par les chercheurs dans ce domaine.

Tout être vivant est sujet à cette particularité qu’après avoir fourni un effort, il éprouve une fatigue qui lui impose le sommeil, dans lequel il interrompt ses activités vitales, et que son activité corporelle est ralentie.

Mais quelle est la réalité du rêve? C’est là une question pertinente. En dépit des recherches entreprises par les savants dans ce domaine, aucune réponse définitive et claire n’a pu être formulée. La question demeure confuse, et enfouie sous des opinions différentes, la plupart sans fondement, ou de conclusions hâtives. La seule chose qu’a relevée la science consiste en quelques activités corporelles concomitantes au rêve.

Bien que rien ne nous permette d’espérer une découverte de ce secret, ou une réponse globale à ce sujet obscure, et qu’il soit hâtif aussi de prédire que les idées futures plus élaborées et plus réalistes prendront à leur charge d’expliquer ce phénomène, il n’en est pas moins vrai qu’il est possible que s’élargisse le cadre scientifique de l’homme, et qu’il se rapproche au fur et à mesure d’une partie de la réalité aux contours illimités du rêve.

Encore plus mystérieux que cela est le rêve, qui est l’imagination de différentes scènes et la représentation de divers évènements dans le sommeil. Pendant le rêve, les fonctions physiologiques, non liées à la volonté ou réflexives, poursuivent normalement leur activité. Tous les nerfs, les glandes, les artères, les intestins, et les tissus sont actifs.

Mais l’homme dans cet état est incapable de penser, de décider et de vouloir, sa vie ressemble à celle des êtres monocellulaires. Il semble un corps étendu sans vie, mais avec son réveil, il reprend brusquement vie. Ces deux états symbolisent la mort et la résurrection. Le Coran traite de cette comparaison entre le sommeil et la mort d’une part, et l’éveil et la résurrection de l’autre, en ces termes :

« Dieu achève les âmes, lors de leur mort et, celle qui ne meurt pas, dans son sommeil. Alors Il retient celle contre qui Il a décrété la mort, tandis qu’Il relâche l’autre jusqu’à un terme dénommé. Voilà bien là des signes, vraiment, pour des gens qui réfléchissent! »5

Du point de vue du Coran, bien que le sommeil soit en apparence un ralentissement et une suspension de l’activité des forces naturelles, il est considéré cependant au point de vue spirituel, comme un retour au soi, au bâtin.

Le sommeil est une mort courte, et la mort, un long sommeil. Dans les deux cas, l’âme émigre d’un monde à un autre. La grande différence existant entre les deux réside en ce que l’homme, après s’être réveillé de son sommeil, ne se rend pas compte qu’il revient d’un voyage, alors que dans la mort tout devient clair pour lui.

Les philosophes spiritualistes ont établi une classification des visions et des rêves, accordant une grande place aux rêves se rapportant aux désirs et aspirations de l’homme, ou aux évènements dont il a été témoin. Une autre catégorie disparate regroupe ses illusions et phantasmes. Une troisième catégorie de rêves se rapporte à l’intuition, grâce à laquelle il est informé et averti d’évènements à venir.

De tels rêves montrent parfois des réalités latentes sous leur forme véritable, et parfois sous une forme symbolique que seuls peuvent interpréter ceux qui en ont la compétence. Étant donné que l’âme procède du monde suprasensible pendant le sommeil, c’est à dire lorsqu’elle n’est pas préoccupée par les perceptions du monde sensoriel, elle émigre vers un univers plus vaste.

Elle y sera témoin de certaines réalités en fonction de sa capacité et de ses aptitudes, et pourra en conserver certains souvenirs même après le réveil. Certains rêves disparates et confus liés à des états physiques ou moraux ne présentent évidemment aucune valeur et ne méritent pas d’être pris en considération. Ils ne sont que des illusions, des fantaisies, ou des images d’évènements passés, et ne signifient rien pour l’avenir.

Quant aux rêves prémonitoires d’un évènement imminent ou à venir, leur sens est clair et ne demande pas d’interprétation. Ils expriment dans le monde imaginaire (Âlamol-mithâl) les causes des faits et évènements et prédisent la tournure que ces derniers prendront dans le futur proche ou lointain.

De tels rêves ont été beaucoup évoqués dans les annales historiques, et se sont produits chez un grand nombre d’individus, de façon trop répétée pour qu’on puisse les considérer comme fortuits. De tels rêves ne sont pas des formes de souvenirs, ni des manifestations du système nerveux que nous connaissons quotidiennement, ni des instincts refoulés. Les désirs et les aspirations ne jouent aucun rôle dans l’apparition de ces rêves.

Freud avance l’explication suivante pour les rêves : « Dans la mesure où vous envisagez le rêve en vous plaçant au point de vue des idées qu’il représente, il peut donc signifier tout ce que l’on voudra : avertissement, projet, préparatifs, etc.; mais il est toujours en même temps la réalisation d’un désir inconscient, et il n’est que cela, si vous le considérez comme l’effet du travail d’élaboration.

Un rêve n’est donc jamais un simple projet, un simple avertissement, etc.; mais toujours un projet, ou un avertissement ayant reçu, grâce à un désir inconscient, un mode d’expression archaïque et ayant été transformé en vue de la réalisation de ce désir.

Un des caractères, la réalisation du désir, est un caractère constant; l’autre peut varier; il peut être également un désir, auquel cas le rêve représente un désir latent de la journée réalisé à l’aide d’un désir inconscient. »6

Je m’abstiendrais ici de faire mention de plusieurs rêves prémonitoires figurant dans les livres d’histoires, ou rapportés par des personnes dignes de foi. Je me limiterais à un rêve que j’ai fait personnellement le dimanche 4 ordibehecht 1339 du calendrier persan, correspondant à l’année 1960 où un tremblement de terre de forte puissance secoua la ville de Lâr dont je suis originaire.

Une semaine environ avant cet évènement, j’avais vu en rêve qu’un tremblement de terre s’était produit à Lâr, et avait détruit les bâtiments et habitations. Les gens sortaient de dessous les décombres, le corps couvert d’une poussière si épaisse qu’elle voilait le ciel. Alors que ce spectacle effroyable se déroulait devant mon regard, et exerçait son influence sur mes nerfs, je me réveillai terrorisé. Il était environ minuit.

Le lendemain je racontais mon songe à un certain nombre de personnes respectables, à de proches amis, qui se rappellent jusqu’à ce jour avoir entendu le récit de mon songe. Chacun avait donné son interprétation différente de celle des autres, et après deux ou trois nuits, un séisme relativement faible se produisit, sans causer de dommage.

Le lendemain je reçus la visite d’un des ulémas qui me dit : « Le tremblement de terre d’hier est celui-là même que tu as vu en songe. » Je lui ai dit : « Mais ce que j’ai vu était très destructif et dévastateur. Il n’était pas comparable au séisme de faible puissance qui n’a laissé aucun dommage. » Mon interlocuteur se souvient toujours de cet échange de vues.

Puis vint la journée de l’évènement, c’est-à-dire le dimanche 4 Ordibehecht 1339. Aux dernières heures de cette journée, une secousse tellurique dévastatrice s’abattit sur la ville de Lâr, détruisant les immeubles et les bâtiments, faisant élever un nuage de poussière voilant les horizons, et causant la mort de plusieurs personnes parmi les enfants et les adultes.

Les survivants se hâtèrent vers les ruines pour secourir les blessés. Et l’on fut témoin de scènes profondément émouvantes. Plus étrange encore est le fait que dans mon rêve j’avais vu un enfant de mes proches qui habitaient dans une maison voisine de la nôtre. Cet enfant se trouvait dans une maison qui s’écroulait progressivement.

Ayant vu qu’un pan de mur entier allait s’abattre sur lui, je lui criai de se mettre de côté et d’éviter le danger imminent. Quand se produisit le séisme, ce fut ce même mur seulement qui fut détruit, le reste demeurant stable. L’enfant ne subit aucun préjudice. Quand je l’interrogeai, il me répondit qu’il avait pris la précaution d’éviter de se placer du côté du mur en question, dès les premières secousses.

Serait-il logique, en analysant de tels rêves qui parlent de la réalité, et révèlent des évènements à venir, de s’en tenir à l’explication matérialiste, et de considérer les rêves et les songes comme des récurrences d’évènements quotidiens de la vie ordinaire, ou résultant de la peur ou de la phobie?

Ou bien est-il vrai que de tels rêves naissent de pulsions refoulées, comme disent les freudiens? Comment notre système de perception peut-il connaître des évènements devant se produire après une certaine période? Ceci ne prouve-t-il pas l’existence d’un lien entre l’esprit humain avec un univers immatériel? Ou bien y a-t-il une autre explication possible?

Il est donc nécessaire que l’homme tire ses prédictions d’une certaine façon du monde invisible, et d’une source ayant connaissance des choses à venir, pour connaître certaines réalités. Tout comme l’homme perçoit les ondes provenant des galaxies grâce aux observatoires et résout par ce moyen certaines inconnues.

Qu’est-ce qui l’empêcherait de capter les ondes du monde invisible grâce à son âme qui lui sert de médiateur, et connaître clairement par le rêve, ce qu’il ignorait naturellement?

Voyons à présent ce que disent les grands maîtres du matérialisme au sujet du rêve en général : « Contrairement à ce que l’on s’imaginait dans les temps passés, le rêve n’informe pas sur l’avenir et ne dévoile aucun mystère, il est fondamentalement sans explication. Et si l’on admet la thèse freudienne, il en va même tout autrement : car le rêve ne reflète plus que des évènements passés.

Le rêve résulte de choses passées, et ne constitue pas un signe pour des évènements à venir. Par conséquent, l’étude approfondie de la question des rêves a mis en évidence le fait que le rêve à l’instar de tous les phénomènes psychiques est quelque chose de purement matérialiste, et ne subit aucune force métaphysique. »7

Est-il réaliste de penser ainsi? Certes les matérialistes sont libres de nier les évidences et d’interpréter les rêves qui ne sont pas récurrents ou liés à la vie quotidienne d’une façon non réaliste.

Ces gens qui prétendent que leur science est arrivée au sommet de la perfection, qu’elle a sondé les profondeurs du mystère de l’existence, et qu’elle domine les problèmes extérieurs et intérieurs de l’homme, ne sont pas prêts à écouter d’autres avis, persuadés qu’ils sont que l’on n’a plus rien à leur apprendre. Mais ils doivent savoir que cette façon d’envisager la réalité témoigne d’un esprit rétif et réfractaire à l’évidence, et prêt à nier une réalité démontrée.

Oui, il est de l’habitude des tenants du dogme matérialiste de saper les fondements philosophiques des autres, et tous les évènements qui ne rentrent pas dans le cadre de leur logique, ils les déforment pour pouvoir leur donner une explication satisfaisant l’étroitesse de leur vue, plutôt que de remettre en cause leur conception, et ce pour prouver que leur philosophie peut rendre compte des questions les plus ardues et les plus complexes.

Alors que la méditation, et la précaution dans la réflexion et les conclusions, même se rapportant aux choses non sensorielles, conduisent à réduire les erreurs et à élargir la perspective humaine. N’omettons pas de souligner que les penseurs religieux ne nient pas l’influence des perceptions et des pensées antérieures, des désirs et aspirations et de tous les facteurs extérieurs et inconscients sur la formation du rêve.

Différents maladies et déséquilibres mentaux ne manquent pas de laisser leur empreinte sur bon nombre de rêves. Mais il n’est pas vrai de considérer les rêves seulement comme des réactions à ces facteurs évoqués; mais que dire des rêves prédisant l’avenir?

La question n’est plus alors aussi simple. Comme nous l’avions dit, beaucoup de rêves parlent d’évènements cachés (latents) et de questions à se produire à l’avenir. Leur explication par le seul facteur matériel ne nous persuaderait pas. Car la nature et la substance de certains d’entre eux est d’être la quintessence d’une autre réalité. Et une vue unidimensionnelle est incapable de les expliquer et de les éclaircir.

Il ne convient pas aussi de considérer superficiellement les actes étranges des fakirs (ascètes) et de demeurer indifférents à leur égard. Ils ont accompli une œuvre surprenante dont beaucoup de gens ont été les témoins oculaires, ou ayant fait l’objet de chapitres entiers dans les annales. Si l’âme était un phénomène matériel, tous ces évènements émanant des forces intérieures cachées auraient été engloutis dans un océan d’obscurité.

Par conséquent, toutes les questions que nous avons soulevées font état de l’existence d’une réalité indépendante, dont une des caractéristiques est d’être éternelle et immortelle. Nous comprenons donc que la connaissance des réalités n’est rendue aisée que par la réflexion approfondie.

Si nous comparons l’homme à un avion dont chaque partie accomplit un rôle déterminé, et une fonction particulière, il est nécessaire que cet avion ait à son bord (ou au sol par télécommande) un pilote expérimenté pouvant assurer la navigation avec adresse et maîtrise, sans être lui-même une partie de l’avion.

Sa présence est nécessaire, et l’on ne peut s’en passer pour l’accomplissement de la tâche du pilotage de l’avion, et de le faire arriver en toute sécurité à bon port.

  • 1. Le monde après la mort, Alam ba'd az marg. p. 75
  • 2. Freud, Introduction à la psychanalyse
  • 3. Journal persan: Ettelaât. 26.6.1343
  • 4. Henri Bergson, les deux sources de la morale et de la religion. Page: 354 (retraduit du persan)
  • 5. Coran, Sourate 39, verset 42
  • 6. Freud, Introduction à la psychanalyse
  • 7. Khâbidan-o-Khâb didan, (Le sommeil et le rêve), Dr. Arâni, pages: 15 et 16