Nos actes ressuscités

Dans le passé, les spécialistes en sciences expérimentales avaient la conviction ainsi concluaient-ils de leurs travaux qu’il existait un mur infranchissable dressé entre la matière et l’énergie. Mais la poursuite de leur activité scientifique a réfuté cette idée, lui faisant perdre tout crédit auprès des savants.

Une autre théorie nouvelle, affirmant que la matière peut se transformer en énergie, vit le jour. De nos jours, la thèse de la transformation de la matière en énergie est considérée comme allant de soi et indiscutable. D’autre part, les sciences expérimentales ne rejettent pas la possibilité d’une transformation inverse, celle de l’énergie en matière.

Si la transformation de la matière en énergie inimaginable dans le passé est devenue, grâce aux progrès scientifiques, une réalité, il y a lieu d’espérer qu’à l’avenir, quand le savoir humain se développera davantage, la transformation de l’énergie en matière deviendra aussi chose possible.

Cette victoire de la science sera aussi importante que la première, car il n’existe aucune preuve niant la possibilité d’une accumulation des forces et énergies éparpillées et leur réapparition sous forme matérielle.

Tout mouvement ou effort accompli par l’homme fera l’objet d’une appréciation bonne ou mauvaise. Ces efforts sont en réalité des réserves physiques qui s’extériorisent sous forme d’énergie. Or tout ce qui émane de l’homme-en actes ou en paroles-est une manifestation de l’énergie englobant les tâches de toute sorte : mécanique, acoustique, ou un mélange de ces deux phénomènes.

Dans notre corps, par exemple, ce sont les matières alimentaires qui constituent les sources d’énergie. L’énergie thermique est produite par la combustion des matières digérées, et cette énergie, en se transformant, donne lieu à diverses activités allant de la prononciation de quelques paroles aux tâches les plus pénibles.

La fixation des images mentales et des concepts dégagés par notre savoir constitue, pour le moins, un signe de l’éternité de nos œuvres. Ces images qui demeurent parfois enfouies dans les replis de notre mémoire pendant une longue période de temps peuvent être extraites de leur secret à tout instant voulu, imprimant divers impacts sur nos corps ou nos esprits.

La joie et la gaieté, la colère et la tristesse la vitesse du rythme cardiaque et le changement du teint du visage, le déséquilibre intervenant dans les sécrétions des glandes endocrines, tous ces phénomènes sont des conséquences naturelles des souvenirs qui sortent de leur refuge à la surface de la conscience.

Par conséquent, nos paroles et nos actes dispersés dans l’espace sous forme d’énergie ne prennent pas la voie de l’anéantissement. Tout ce que nous accomplissons au cours de notre vie est conservé dans la mémoire de la nature, qui est une mémoire conçue par la Toute-puissance divine qui lui a confié la responsabilité de veiller scrupuleusement sur son dépôt.

Le jour viendra où la nature devra restituer leurs dépôts à leurs propriétaires. Alors, les énergies accumulées réapparaîtront de nouveau, et joueront leur rôle. Qu’est-ce qui empêcherait en effet la transformation des forces prodiguées dans la voie du bien, ou dans celle du mal, en quelque chose de dense qui reprendrait au jour de la résurrection sa forme corporelle particulière, c’est-à-dire en délice et faveur, ou en châtiment, et douleur?

Puisque nous en assumons la responsabilité, nous rencontrerons nécessairement les résultats de nos actes et de nos pensées ayant un impact dans notre mouvement éternel. Finalement, tout acte de quelque individu qu’il soit recevra un jour sa rétribution.

Même le monde de l’existence agit et réagit à nos actes, sans nous en avertir, et même sans que nous en ayons conscience. Il procède à ces actions et réactions, à notre insu, et les développe d’une façon qu’il nous est impossible d’imaginer dans les circonstances actuelles. Avec le temps, la petite graine se transforme en grand arbre puissant. Différents agents agissants sur les plantes concourent à faire des graines, différentes sortes d’arbres, petits ou grands.

Nous constatons par exemple que dans ce monde une personne qui s’adonne à la drogue subit l’influence de celle-ci jusqu’au dernier instant de sa vie, et même laisse un effet négatif direct sur sa descendance, sur plusieurs générations parfois.

Pourquoi n’accepterons-nous pas que l’homme réponde aux conséquences de ses actes, dans l’au-delà, que ces conséquences soient un châtiment ou une faveur divine? Et pourquoi ses œuvres passées ne feraient-elles pas de lui un homme heureux ou malheureux, pour l’éternité?

Bien qu’il nous soit extrêmement difficile de concevoir la réalité, la question s’éclaircira dans une certaine mesure si nous prenions en considération le savoir humain, orienté vers l’élargissement de ses perspectives. En témoignent, les acquis de la science et ses découvertes extraordinaires.

Si les savants et les techniciens n’ont jusqu’à ce jour pas encore pu capter et enregistrer les voix des anciens, du fait que tous les êtres vivants émettent quelques vibrations entraînant un mouvement ondulatoire, leurs recherches sur la restitution des ondes acoustiques imprimées sur les débris des anciennes poteries ont abouti à des résultats positifs, puisqu’il a été possible de distinguer les voix des artisans qui les ont modelés des siècles auparavant.

Tout comme ils ont pu photographier les empreintes des intrus qui s’étaient introduits par effraction dans une maison, bien après leur départ, et cela grâce aux traces thermiques que laisse le corps. Si la science a pu faire toutes ces réalisations dans ce monde, pourquoi de telles choses ne se produiraient-elles pas pour tous nos actes au jour de la résurrection?

Les hommes ont édifié, en différents points du globe, des stations d’observation de radars et de télescopes pour capter les ondes provenant des galaxies au moyen d’instruments de réception sophistiqués, et essayer de les interpréter. Par ce moyen, les ingénieurs travaillant dans ces stations parviennent à obtenir des informations précises, et à résoudre beaucoup d’énigmes.

Il y a aussi des ondes qui émanent de l’homme, qui ne retournent pas au néant, mais qui continuent de permaner. Il est possible de les « recueillir », de les capter au moyen d’appareils de précision spécialement conçus pour capter des ondes de cette sorte. Il est donc théoriquement possible d’accepter la transformation de l’énergie en matière et de donner à nos actes et à nos paroles une forme matérielle. Il n’est pas juste de penser que ces choses relèvent de la simple fantaisie.

D’autre part, la « durée » étant relative, et résultant de la rotation de la Terre autour du soleil, s’il nous était possible de nous rendre en un clin d’œil sur une autre planète, il nous serait possible d’observer des évènements survenus sur la terre il y a bien des années, en fonction de la distance séparant les deux planètes.

Par exemple, nous serons témoins des actes que nous aurions accomplis sur terre des années auparavant, car les images de ces actes ne seraient arrivées sur cette seconde planète qu’après une longue période.

De même, nous repérons dans le ciel nocturne certaines étoiles qui brillent encore, mais qui, en fait, se sont désintégrées depuis de longs siècles au point qu’elles n’existent pratiquement plus. Leur éclat cependant continue de nous parvenir, en raison de l’éloignement dans l’espace qui les sépare de la terre.

Donc, grâce à la relativité du temps, l’homme peut être témoin d’actes et d’évènements survenus dans le passé, et qui étaient recouverts du voile de l’oubli.

Comme les facultés sensorielles de l’homme ne peuvent s’exercer que sur l’apparence et la surface des choses, non sur leur nature, et leur for intérieur (bâtine), il ne peut comprendre comment en ce monde sont inscrits ses actes positifs ou négatifs.

Mais dans l’Autre monde, où se dévoilera tout secret, et où se manifestera toute chose cachée, chacun recevra le registre où il trouvera tous ses actes soigneusement consignés. Le Coran qui est le révélateur de la Vérité, traite des évènements de ce jour-là en ces termes :

« Mais non! Voilà que leur apparaîtra ce qu’auparavant ils cachaient. »1

Les criminels qui furent enchaînés à leurs passions et à leurs désirs charnels tâcheront pour tromper leur conscience et se donner une fausse contenance de se cacher à eux-mêmes toutes ces choses qu’ils voient préjudiciables pour eux. Ils feindront de tout ignorer. Mais tous leurs secrets éclateront au jour de la résurrection :

« Et au cou de chaque homme, Nous avons attaché son oiseau (d’augure). Et, au jour de la résurrection, Nous lui sortirons un écrit qu’il trouvera déroulé : Lis ton écrit : aujourd’hui tu te suffis à toi-même comme comptable”. »2

« L’homme sera informé, ce jour-là, de ce qu’il mettait devant lui et derrière lui. »3

Quelqu’un interrogea l’Imam Sâdeq que le salut de Dieu soit sur lui au sujet de la parole divine : « Lis ton écrit, aujourd’hui tu te suffis à toi-même comme comptable... » L’Imam répondit : « Cet écrit rappellera à la créature toutes ses œuvres, et ce à qui a été écrit contre elle, comme si elle venait juste de les accomplir. C’est pour cela que les malheureux diront : Malheur de nous! qu’a-t-il, cet écrit, à n’omettre chose petite ou grande, qu’il ne les compte? »4

Il faut noter que l’enregistrement des œuvres comprend aussi bien les œuvres accomplies directement par l’homme que les résultats et les conséquences indirectes imputables à ces œuvres. C’est l’ensemble qui sera apprécié et jugé. Pour cela, le Coran dit :

« C’est Nous qui ressuscitons les Morts et écrivons ce qu’ils ont produit en leur vie et après eux... »5

Et c’est à ce moment crucial que les pécheurs se tournant vers leur passé assombri de péchés, s’écrient perplexe :

« Malheur de nous! Qu’a-t-il cet écrit à n’omettre chose petite ou grande, qu’il ne les compte? ... Et ils trouveront présent, tout ce qu’ils auront œuvré. Or ton seigneur ne manque à personne. »6

Ou bien, chacun dira pour soi-même :

« Malheur à moi! Hélas! Si seulement je n'avais pas pris "un tel" pour ami! »7

Mais ces regrets et remords n’empêcheront pas ces gens de subir le châtiment terrible pour les turpitudes qu’ils ont commises en toute conscience tout au long de leur vie. Le Coran décrit ainsi le remords des injustes :

« Jour où le prévaricateur se mordra les deux mains et dira : “Hélas pour moi! Si j’avais pris route avec le Messager! »8

« Il m'a, en effet, égaré loin du rappel [le Coran], après qu'il me soit parvenu". Et le Diable déserte l'homme (après l'avoir tenté). »9

Les pécheurs et les criminels se mettront à blâmer le Diable pour dégager leur responsabilité et s’innocenter. Mais le Diable leur répondra :

«... Le Diable dira : Oui, Dieu vous avait promis promesse de Vérité; tandis que moi, je vous ai promis, puis je vous ai manqué. Et quelle autorité avais-je sur vous? Sinon que je vous ai appelés, puis vous m’avez répondu. Ne me faites donc pas de reproches, mais faites-vous à vous-mêmes des reproches. »10

Comme la valeur réelle de toute chose ne peut être appréciée qu’en comparaison et en confrontation avec son contraire et opposé, le Coran oppose le bonheur et la félicité des gens du Paradis au regret et dépit des gens de l’Enfer qui demandent en vain qu’il leur soit permis de retourner sur terre pour réparer leur déviation et leurs fautes. Il décrit les scènes qui se produiront dans un avenir lointain, et l’état de ces deux groupes, l’un heureux et l’autre malheureux, disant :

« Les jardins d'Éden où ils entreront, parés de bracelets en or ainsi que de perles; et là, leurs vêtements sont de soie. Et ils diront : "Louange à Allah qui a écarté de nous l'affliction. Notre Seigneur est certes Pardonneur et Reconnaissant. C'est Lui qui nous a installés, par Sa grâce, dans la Demeure de la stabilité, où nulle fatigue, nulle lassitude ne nous touchent".

Et ceux qui ont mécru auront le feu de l'Enfer : on ne les achève pas pour qu'ils meurent; on ne leur allège rien de ses tourments. C'est ainsi que Nous récompensons tout négateur obstiné. Et là, ils hurleront : "Seigneur, fais-nous sortir; nous ferons le bien, contrairement à ce que nous faisions". "Ne vous avons-Nous pas donné une vie assez longue pour que celui qui réfléchit réfléchisse? L'avertisseur, cependant, vous était venu. Et bien, goûtez (votre punition). Car pour les injustes, il n'y a pas de secoureur". »11

Ces versets évoquent d’abord l’état du Paradis, Demeure stable et permanente où les croyants heureux jouiront des innombrables délices matériels et spirituels, dans la joie, l’insouciance et les plaisirs de toutes sortes. Les gens du Paradis ne cesseront pas pour cette raison de rendre grâce au Seigneur, qui les a rétribués pour leurs bonnes œuvres ici-bas.

Ils sauront gré au Créateur de les avoir fait entrer dans cet Éden de joie et de gaieté, préservée de toute tristesse, de toute douleur, de toute instabilité, car ils savent que c’est là un effet de Sa grâce infinie, et ne se croient pas eux-mêmes dignes de mériter ces délices qui leur parviennent par flots.

Dans la deuxième partie des versets, il est question de l’affliction et des tourments qui s’emparent des égarés et des corrompus à la perspective du sort terrible qui les attend. Désespérés et humiliés, les gens de l’Enfer se sont repliés sur eux-mêmes, se lamentant sans cesse en poussant des cris de détresse, de remords et de regrets, et cherchant à se tirer de ce bourbier terrifiant pour que l’occasion leur soit donnée de réparer leurs fautes passées.

Mais à quoi tout cela peut-il leur servir, à présent que la vie terrestre a atteint son terme, et que ses Jours rapides sont passés? Leurs espoirs sont illusoires. Ils n’auront même pas un répit d’un seul instant du châtiment terrible qui s’abattra sur eux, et ils ne seront pas aussi mis à mort, car la mort serait pour eux un soulagement.

Ainsi nous sont exposés les états respectifs de ces deux groupes. Le calme et le bonheur d’une part, la douleur, le châtiment, les cris de remords et d’humiliations d’autre part. Qays Ibs Assem a dit :

« Je m’étais rendu en compagnie d’autres gens à Médine, venant d’un lieu éloigné. Quand nous eûmes le bonheur de rencontrer le Prophète de Dieu, je lui demandai de nous faire un prêche, en lui précisant qu’étant gens de la campagne, il nous arrivait rarement de visiter les villes, et que nous voulions tirer le maximum de profit de cette occasion qui nous est donnée d’entendre sa voix délicieuse. »

L’Envoyé de Dieu que le salut soit sur lui et ses descendants dits :

« Certes avec la gloire, il y a une humiliation, et qu’avec la vie il y a une mort, avec ici-bas il y a un au-delà, et que toute chose possède quelqu’un pour lui demander des comptes, et quelqu’un pour la surveiller. À toute bonne action, une récompense, et à toute mauvaise action, un châtiment.

À tout terme, il y a une prédestination. Ô Qays! Il te faut nécessaire ment un compagnon qui sera enterré vivant avec toi quand tu seras mort. S’il fut généreux, il le sera à ton égard. S’il fut méchant, il te conduira à ta perte, et sera ressuscité en même temps que toi, et demeurera à tes côtés. Tu ne seras interrogé qu’à son sujet.

Fais donc qu’il soit bon et utile. Car s’il est bon, il te tiendra compagnie, et s’il est méchant, tu n’auras de crainte que de ses coups. Et cet être n’est autre que ton œuvre ici-bas. »12

  • 1. Coran, Sourate 6, verset 28
  • 2. Coran, Sourate 17, versets 13 et 14
  • 3. Coran, Sourate 75, verset 13
  • 4. Tafsir al-Ayyashi, Vol. II, p. 284
  • 5. Coran, Sourate 36, verset 12
  • 6. Coran, Sourate 18, verset 49
  • 7. Coran, Sourate 25, verset 28
  • 8. Coran, Sourate 25, verset 27
  • 9. Coran, Sourate 25, verset 29
  • 10. Coran, Sourate 14, verset 22
  • 11. Coran, Sourate 35, versets 33 à 37
  • 12. al-Amali al-Saduq, p. 3