Partie 1: La civilisation occidentale, aux yeux du musulman

L’évolution de la vie de l’homme

Plus les spécialistes explorent la vie dans les premières heures de son apparition sur la terre, plus ils s’éloignent de notre temps et plus leur tâche s’étend vers les périodes les plus lointaines. Aussi la question se pose-t-elle d’une façon de plus en plus mystérieuse, de plus en plus compliquée.

Bien qu’il ne se passe pas longtemps de la présence de l’homme sur la terre et que le temps écoulé depuis lors soit relativement négligeable en comparaison avec l’âge du globe et la pérennité de la vie, de clairs renseignements nous manquent encore, quant à l’évolution de la vie humaine dans les ères préhistoriques.

Cependant, les archéologues ont pu nous fournir de bons renseignements sur les particularités de la vie de l’homme dans les différentes périodes de son existence grâce à leurs fouilles et aux vestiges qu’ils ont découverts.

Selon ces explorations, la préhistoire se divise en plusieurs ères distinctes1. À l’âge de la pierre, pour continuer à vivre et apaiser sa faim, l’homme se faisait des armes primitives en bois ou en pierre, dont il se servait pour la chasse.

Pour se prémunir contre les bêtes féroces, il se réfugiait au fond des grottes. Les phénomènes atmosphériques l‘effrayaient. L’obscurité l’agaçait. Il n’était jusque-là qu’un chasseur qui déployait toutes ses forces pour abattre sa proie et vaincre son ennemi, au moyen de son marteau, de sa massue et de sa lance faits sous les formes les plus élémentaires.

Pendant cette période, il découvrit le feu à l’aide duquel il put faire cuire son repas et vaincre l’obscurité. Des siècles et des siècles s’écoulèrent ainsi avant que l’homme ne dépassa pas les étapes de l’âge de l’ancienne pierre. Avec son entrée dans l’âge de la nouvelle pierre, des changements furent apportés dans sa manière d’exister.

Quoique les instruments dont il se servait pour vivre et travailler fussent encore réduits en pierre, il apprit à les faire avec plus de délicatesse, plus polie et plus régulière. Il se fit une cabane en superposant des morceaux de pierre et de bois. Il fabriqua des récipients de ménage, en pâte argileuse, en s’aidant du feu et de la chaleur du soleil. Il parvint à connaître en quelque sorte les secrets de l’agriculture et l’art de domestiquer les bêtes. Il apprit à semer les grains, à planter certains arbres fruitiers, à abattre par l’arc et la flèche quelque gibier, et enfin à pêcher par la lance. Et, il quitta progressivement l’âge de la pierre, pour commencer celui du métal.

La période suivante fut celle de l’éclosion de la civilisation. Dans cette période, la vie de l’homme prit une nouvelle forme, ce fut une étape distincte de celles d’autrefois. L’homme n’y fut plus comme avant, une bête affamée sans cesse en quête de sa nourriture. Les divers événements dont il fut témoin l’amenèrent à s’intéresser à ses alentours plutôt que de songer à son ventre. Ses besoins augmentèrent parallèlement avec ses nouvelles conquêtes de la nature. Bref, cet être bipède qui avait vécu longtemps dans la barbarie se fraya finalement une voie vers la civilisation, et dans les conditions où il était encore prisonnier de son obscurantisme, des lueurs de la science vinrent de loin, lui frapper les yeux.

Or, ce qui distingue l’homme de la bête, c’est sa raison et sa faculté de comprendre. Une force intérieure pousse l’homme vers la découverte de nouvelles voies. Grâce à ce don naturel qu’est la raison, l’homme observe avec attention les objets qui l’entourent. Il fait réflexion sur eux, en tire des expériences, et il emmagasine les connaissances ainsi reçues dans sa mémoire.

Dans le quatrième millénaire avant Jésus Christ, l’homme fit des progrès dans divers domaines. L’écriture, l’industrie, le commerce et l’art prirent naissance. Les bases de l’édifice de la civilisation furent jetées. Dans cette période, l’homme consacra une partie de ses activités à la sculpture et l’architecture. Pour fabriquer des instruments de travail et des ustensiles de ménage, il tira profit du cuivre, puis du fer...

Une grande religion fut fondée à Babylone par Abraham (que le salut de Dieu soit sur lui). Celui-ci fut chargé par Dieu de prendre dans ses mains la direction du peuple égaré de ce pays, et d’améliorer la situation morale de Babylone. Abraham commença son œuvre, et pour ce faire, il attaqua vivement les idées insensées et absurdes. Les défenseurs de ces idées, dont Namrud, dirigeant d’une clique très puissante, qui se voyait lui aussi menacé par les propagandes d’Abraham lui opposèrent résistance. Namrud spécialement, déploya toutes ses forces pour le vouer à l’échec.

Mais en propageant ses croyances monothéiques et en poursuivant sans trêve ses luttes contre les tyrans, Abraham parvint à briser la force infernale de Namrud. Et puis après avoir fait de longs voyages, il arriva à la terre de Hedjaz, où il jeta, avec l’aide de son fils Ismaël, les bases de la Maison de l’unicité. À l’âge des métaux succède la première période historique.

À partir de l’an 750 avant J.C, l’histoire a pu enregistrer les chroniques. Deux siècles se passent depuis la constitution de la monarchie romaine, que Zoroastre professe ses idées en perse.

En chine et au Japon, ce sont Lao-Tseu et Confucius qui répandent leurs opinions philosophiques.

Platon et Aristote s’élèvent dans le giron de la Grèce. Et enfin, dans un état où la matérialité a complètement marqué la vie de l’homme, Jésus Christ (que le salut de Dieu soit sur lui) reçoit la mission divine de réformer la société humaine pour la préserver ainsi du malheur de la matérialité juridique. Il se voue à la formation et à la purification morale de la société.

Dans cette période, le progrès de l’homme se révèle par les moyens de communication, la construction de bâtiments, l’industrie et la médecine.

Depuis l’an 476 après J.C, c’est le Moyen-Age qui commence. Cette ère embrasse d’innombrables événements. L’église ne se contente plus de son autorité spirituelle: elle agit sur l’opinion publique. Les massacres, l’ignorance, la discorde et la sauvagerie caractérisent l’Europe de cette période. À cette même époque, se fonde à l’Est la civilisation islamique, dont nous parlerons dans les chapitres suivants.

La renaissance commence à partir de 1453, avec l’entrée à Istanbul, du Sultan Mohammad le conquérant, et la chute de l’Empire de la Rome orientale. En France, en Angleterre, en Allemagne et en Autriche, de puissants rois accèdent au trône. L’invention de la boussole permet de franchir l’Atlantique et de découvrir l’Amérique.

Cette période est caractérisée par l’intercommunication des peuples, l’extension des puissances et un mouvement scientifico-intellectuel animant les esprits. Après la grande Révolution française en 1789, l’industrie prend un essor sans précédent: inventions et découvertes viennent les unes après les autres. Tout est rénové. Et finalement, grâce à cette grande Révolution, un nouveau chapitre est ouvert dans l’histoire de l’Europe.

La civilisation occidentale à l’heure actuelle

Le monde dans lequel nous avons grandi et continuons à vivre au cours de son processus évolutif conduit l’homme à une phase de progrès vraiment étonnante.

L’homme d’aujourd’hui passe une période de grande révolution intellectuelle. Il s’est équipé d’une force scientifique considérable. Chaque jour, il essaie de satisfaire encore mieux ses besoins.

Avec le progrès de l’industrie et des sciences, l’homme qui, de par son impuissance, menait autrefois une vie trop pénible trouve une meilleure condition de vie. Grâce à la science, une grande partie de la charge portée jadis par l’homme est posée sur le dos de la machine.

C’est ainsi que l’homme, se sentant allégé, savoure une vie plus facile. Et disposant des instruments scientifiques, il est plus actif, et jouit d’une plus grande aptitude à étudier les secrets de l’univers.

Sans doute les activités humaines ont elles pris une allure vertigineuse. « Le temps », jadis peu important et ayant la journée pour unité, se mesure maintenant en minute et en secondes. De grandes ouvres s’accomplissent à présent dans des temps assez courts.

De nos jours, de géants paquebots, capables de franchir les océans, remplacent les anciens voiliers. Et les voitures modernes, le chemin de fer et les avions de ligne remplacent les bêtes de somme pour transporter les voyageurs et les marchandises.

Dans peu de temps, on parcourt une assez longue distance. L’esprit de l’homme ne se limite plus à l’étude de la terre seule. IL passe outre, et cherche à conquérir d’autres planètes. Et enfin, le ciel et le fond des mers lui constituent un champ de courses.

Il était un temps où l’homme n’avait que bien peu de connaissances sur ce monde sans bornes. Aujourd’hui, à l’aide de la science et grâce à ses recherches assidues dans les laboratoires, il a même su tirer au clair les mystères de l’univers grouillant des êtres microscopiques.

Pour étudier les phénomènes naturels, les laboratoires sont équipés de toutes sortes d’instruments: les microscopes électroniques permettent de voir les bactéries.

Ainsi, les acquis du monde occidental ont une grande importance. Personne ne peut nier tant de faciliter de vie, tant de moyens de production et d’augmentation de richesses réalisés par la civilisation contemporaine.

Le progrès est particulièrement spectaculaire et digne de grande considération, sur le plan médico-hygiénique. La médecine laissait bon nombre de maladies inguérissables, dans sa période d’infécondité. À peine nos enfants étaient-ils venus au monde qu’ils se voyaient attaquer par toutes sortes de virus. Certains en mouraient, et d’autres que la maladie paralysait succombaient à une vie pénible et stérile.

Comment oublier ces tristes souvenirs d’hier?

La vie de l’homme n’a cessé de changer depuis qu’il a mis pied dans ce monde. Cependant, l’évolution due au progrès de la science et de la technologie a été si rapide de notre temps et si prodigieuse que l’on a pu considérer notre époque comme celle de la victoire de la science. Ajoutons tout de même que malgré tout ce progrès étonnant, malgré les efforts qu’ont déployés les savants naturalistes pour découvrir les secrets du monde de l’existence, l’abécédaire de cet univers mystérieux reste toujours difficile à lire.

Il faut reconnaître, et non sans grand regret, que la civilisation occidentale, si admirable dans son apparence souffre des insuffisances et des points faibles, équivalant à ses côtés positifs.

C’est pourquoi tout comme nous devons vanter les mérites de la science et de la civilisation moderne qui a assuré le bien-être humain, nous ne pouvons perdre de vue ni l’annihilation des vertus dont dépend le bonheur de l’homme ni la décadence morale issue de ce modernisme. L’industrie occidentale est à son paroxysme, il est vrai. L’esprit d’initiative de l’homme a conquis de vastes domaines et non sans grande rapidité. Mais la moralité fait l’objet du dédain. Les bonnes valeurs spirituelles sont déconsidérées, et ne cessent de s’abaisser à mesure que la science progresse. Le feu de la discorde s’attise toujours plus entre les hommes.

L’occident a divorcé des valeurs spirituelles. La machine l’a enchaîné. Il n’y a nul doute que les esclaves de la machine n’accéderont pas au vrai bonheur. Le mode de vie que la science impose à l’homme lui assure l’aisance, mais il ne lui apporte pas de bonheur. Le bonheur doit être recherché ailleurs. La science ne se reconnaît pas dans l’utile et le non utile, ni non plus dans le beau et l’horrible, elle est tout simplement capable de distinguer le faux du vrai.

Selon Bertrand Russel, l’ordre de vie humain qui reposerait sur la science doit être renversé. La civilisation a offert de précieux avantages à l’humanité, mais une insouciance effrénée les a suivis, qui n’a pas tardé à causer des milliers de sortes de crimes effrayants. Le feu des caprices a impitoyablement brûlé toutes les âmes, et leur a enlevé la paix et l’assurance. Loin d’être une lumière pour éclairer la vie spirituelle de l’homme, la science n’a fait que la ternir.

Les voitures modernes, l’avion, les grands complexes industriels, les instruments de chirurgie, les moyens d’aisance de vie, etc., sont bien entendu les avantages appréciables de la civilisation moderne. Mais les bombes destructrices, les gaz asphyxiants, les rayons mortels, les missiles et les jets, auxquels s’ajoutent toutes sortes de crimes et de corruptions morales en sont aussi les désavantages.

Dans le monde civilisé, la raison sert les intérêts, elle ne conçoit que les idées qui ont quelque rapport avec la matérialité. Les vertus ont donc totalement disparu, les sublimes valeurs morales sont refoulées, voire mortes, et cette blessure s’avère incurable.

Bien que notre milieu habituel de vie soit loin du champ où se déploient les activités d’ordre scientifique, la civilisation moderne s’y est tout de même introduite, exerçant une grande influence sur nos mœurs sociales et notre mode d’éducation.

Aujourd’hui les frontières ne sont plus fermées sur les idées qui viennent de l’extérieur. Les mœurs, les usages, les habitudes pénètrent, d’un pays à l’autre, tout comme la science et les grandes opinions. Mais malheureusement la dépravation et l’abaissement de la moralité se communiquent aussi rapidement.

Par conséquent, sans que notre progrès industriel et scientifique soit semblable à celui réalisé par les peuples occidentaux, nous prenons exemple de leurs mœurs, de leur inconscience et de leurs indignations charnelles.

Pour une société, l’échec le plus manifeste, c’est qu’elle perde la faculté de distinguer le bien du mal.

Hélas! Les aliénés ne voient dans la civilisation moderne, que ses apparences trompeuses ; ils n’en voient pas les maux ni la crise morale dont souffrent beaucoup de nos contemporains. Et comme le monde civilisé ne dévoile que les aspects extérieurs de son progrès, ces gens-là perdent la logique dès qu’ils entrent dans les milieux occidentaux et ne se gêne pas de l’immoralité qui y règne. Pire encore, devant l’apparente magnificence de la civilisation occidentale, ils restent si éblouis que la moindre différence entre leurs propres coutumes et les usages occidentaux leur paraît comme un défaut humiliant, et, au lieu de chercher à savoir comment les Occidentaux ont assuré leur progrès, ils rentrent dans leur pays, contracté par mille corruptions morales. Cette aliénation de soi, vice manifeste marquant le manque de personnalité et d’indépendance de pensée, faisant preuve du peu de connaissance que l’on a de la richesse et de la beauté de sa propre culture religieuse et nationale, ne tarde pas à les détourner de leurs croyances religieuses. Et n’arrivant pas à faire une analyse juste et impartiale des choses, ils vont jusqu’à nier les vérités.

Les peuples européens ont réussi à fonder cette civilisation si éblouissante sans renoncer à leurs mœurs et coutumes.

De même, le Japon, en conservant tout aussi bien ses usages et ses particularités nationales, a pu se frayer la voie du progrès, qu’il a parcourue à grandes enjambées, se rangeant ainsi au nombre des pays les plus avancés. Pendant seulement soixante ans d’efforts qu’il a dépensés, ce pays est parvenu à se retirer de la sphère de l’arriération.

Il n’a jamais adhéré à l’occidentalisme, jamais il ne s’est permis d’imiter l’occident, yeux fermés. Bien au contraire, il a toujours eu le souci de conserver telles quelles ses traditions millénaires ; et aujourd’hui encore il reste tout aussi fidèle qu’autrefois à son ancienne religion, le bouddhisme: une religion, d’ailleurs, dont le manque de gravité n’est ignoré de nul esprit sage.

Or, ces faux intellectuels (les nôtres), démunis d’une plate-forme idéologique bien précise, incapable d’analyser les questions sociales les plus évidentes, et de comprendre les prescriptions divines les plus simples, s’inclinent, non sans humilité, devant toute mauvaise critique faite contre les vérités religieuses, et cela dans l’espoir de paraître des types intellectuels.

Plongés dans leur dur sommeil de l’incurie, ces gens ne pourront pas réfléchir librement sur les faits ; la vérité leur échappe, faute de faire un effort mental suffisant. Il est à remarquer que le développement de la pensée de l’homme dans divers domaines de sa vie matérielle, et le considérable progrès qu’il a fait dans ce sens sont dus aux efforts inlassables des savants spécialistes qui, par leurs études scientifiques dans les laboratoires, cherchent à s’approprier les forces de la nature.

Comment peut-on donc dire que l’homme n’a suivi que ses caprices, puisqu’il a accédé à des sciences et des industries si prodigieusement épanouies?

Mais les sciences morales et les sciences matérielles ne s’accomplissent pas toujours dans la même direction. Le progrès des unes peut engendrer le recul des autres. Il y a quelque temps, dans un colloque sur les questions scientifiques, un professeur vertu d’une célèbre université européenne disait à Téhéran:

« L’Ouest a besoin de la spiritualité de l’Est qui est bien plus riche que la sienne. Si les Orientaux tirent profit de la science et de l’industrie occidentales, c’est dans la spiritualité orientale que les Occidentaux doivent épuiser les bonnes valeurs morales »

Les sociétés humaines ont besoin de suivre des principes, autres que ceux nés du progrès industriel et technologique. Si l’ordre sociopolitique actuel écartant l’homme de la philosophie principale de l’existence règne en maître, et que la vie, dépossédée de sa cause commune à tous les hommes, se mène dans la seule tâche d’assurer les moyens de subsistance, une violence sans pitié dominera la vie de toutes les masses humaines.

Malheureusement, l’humanité passe aujourd’hui sa période d’enfance et manque de maturité pour aplanir le chemin de son salut. L’homme n’est pas en mesure de profiter des trésors cachés au sein de la nature, voire de ses propres capitaux essentiels.

La société humaine suit aujourd’hui l’exemple de ces enfants qui se laissent aller aux passions futiles.

La logique et la raison ont cédé la place aux sentiments. L’âme humaine est faite prisonnière de la superstition et du fanatisme aveugle, sous forme de culte de faux dieux par les peuples les moins avancés, ou sous celle du culte des sciences matérielles, pratiqué par les peuples civilisés.

Après tant d’expériences douloureuses acquises dans sa nouvelle vie de débauche, l’humanité s’aperçoit maintenant que la seule résolution à prendre, pour elle, est soit de se remettre sur la bonne route, la voie du salut, et soit de se perdre totalement.

Le célèbre sociologue contemporain, Pitiri. A. Sorokin affirme:
« La civilisation occidentale est en proie à une crise inaccoutumée, elle est gravement malade tant dans son corps que dans son esprit ; à peine, peut-on y trouver un organe ou un nerf qui fonctionne bien. Cependant, nous sommes aujourd’hui théoriquement et pratiquement témoins, de l’agonie de la splendide civilisation matérielle, après six siècles. Les lueurs tremblantes du soleil déclinant de cette civilisation sont de plus en plus faibles. Pourtant, malgré tous les cauchemars, les fantômes, et les alarmes inquiétantes dans cette nuit effroyable d’agonie du règne de la matérialité, nous pressentons l’aube d’une nouvelle civilisation très probablement spirituelle, le commencement d’une ère féconde ; qui se prépare à dire la bienvenue aux hommes de la génération future. » 2

La raison interdite d’adopter, yeux fermés, les mœurs, les usages et coutumes et les différentes formes de vie, des autres.

Tant qu’on est simple suiveur, on n’est rien qu’un être enchaîné et insuffisant. L’initiative personnelle est la source de l’indépendance ; et l’imitation ne fait que détruire cette indépendance. Mais le fait d’emprunter une idée aux autres, et la modifier pour la remettre ensuite au monde de la science, sans jamais agir en imitateur, est même appréciable.

Le manque d’ordres précis dans nos pensées, l’absence de règles dans nos attitudes, l’état arriéré dans lequel nous nous trouvons... tout cela est dû à ce que nous imitons les autres sans réfléchir. Et c’est un danger qui s’aggrave, à mesure que nous nous éloignons de notre propre tradition pour nous approcher davantage des mœurs occidentales. Un grand penseur musulman dit:
« Nous ne devons pas nous écarter de cette civilisation moderne et progressive, puisque nous en faisons partie. Pour mieux dire, nous autres, musulmans, nous avons contribué largement dans l’ordre moral, intellectuel, artistique... à l’édification de cette civilisation. C’est nous qui avons offert à la société humaine, notre patrimoine, les bases de cet édifice ont été jetés par nos savants.

Hélas! Nous apprécions mal nos anciennes valeurs et notre droit de priorité. Nous ne verrons le rôle essentiel de notre rayonnant passé, que lorsque nous aurons débarrassé notre esprit de cet esclavage enraciné et serons rentrés en possession d’une opinion pure, digne des hommes libres. Le mal dont nous souffrons si amèrement vient de notre habitude humiliante de quémander: les bras croisés, nous nous tenons en esclaves devant l’occident. Ne serait-ce pas mieux si nous retournions à lui, les fausses idées qu’il nous a inculquées et que nous l’obligions, lui, à nous suivre?

Discernons donc le vrai sens de la civilisation. Une bonne interprétation en est que nous refusions de laisser se perdre nos actions privilégiées et notre apport à la science, qui fait notre gloire du passé, et que nous tâchions de sauvegarder nos traditions et notre mode d’existence ancestral, adapté aux expériences de la vie moderne. Une autre, c’est que nous empruntions, aux autres sociétés et sans réfléchir, les apparences trompeuses de la civilisation qui ne sont évidemment conformes qu’à leur propre mode de vie.

La civilisation s’accorde parfaitement bien avec l’idéal humain, dans sa première interprétation ; tandis que dans la seconde qui est la mauvaise, elle n’est bonne que pour les singes imitateurs. »3

Bien que la matérialité brutale fasse rage parmi les peuples civilisés, et que l’Européen ne cherche qu’à mener une existence de chair, il n’en reste pas moins vrai que bien des gens demeurent fidèles à leurs croyances religieuses dans ces sociétés. Ces gens-là ont un attachement tout particulier au christianisme, cette même religion falsifiée, emmêlée de toutes sortes de superstitions, et qui n’est plus en mesure de satisfaire leurs besoins moraux et spirituels. Il est cependant curieux de voir qu’une telle religion puisse gouverner le monde civilisé.

Les dimanches sont des jours fériés. On entend les églises sonner le carillon. Des gens de toutes les classes sociales s’y rassemblent pour écouter posément, les paroles du prêtre. La télévision émet des programmes en matière de la religion. Les croyants sont en général soucieux de porter à l’église leurs nouveaux nés pour les faire baptiser par le prêtre qui leur chante à l’oreille des prières liturgiques: les dignitaires ecclésiastiques sont respectés du peuple entier ; on leur donne l’épithète de « pères spirituels de la société ». Pour assurer les grosses dépenses des organisations religieuses, le gouvernement préfère percevoir des impôts. De gré ou de force, les citoyens doivent payer ces impôts, qui vont être mis à la disposition de l’église ; et c’est ainsi que l’appareil ecclésiastique du Christ est financé en bonne et due forme. Les journaux et la presse en général sont sous le contrôle d’un comité nommé « Le comité de la presse », et dont le rôle principal est assumé par l’église.

Sans parler du fait que le clergé surveille aussi, l’élaboration des programmes d’enseignement destinés à l’usage des écoles primaires et des lycées. Jusqu’à leur neuvième année d’études, les élèves des établissements scolaires doivent se rendre tous les dimanches à l’église, ou ils assistent à un cours d’enseignement religieux préparé spécialement pour eux.

Une chose curieuse à noter, c’est que les enfants, tous innocents qu’ils sont, doivent se présenter dans un certain isoloir, devant le prêtre-confesseur à qui ils doivent faire l’aveu de leurs fautes, sans presque en avoir une idée précise.

Les œuvres cinématographiques sont contrôlées préalablement par un comité composé des membres du clergé, de médecins, de sociologues, d’économistes et de psychologues, qui les examinent dans tous leurs côtés religieux, psychologiques, socio-économiques, etc. ainsi elles n’auront pas le droit de passer à l’écran, si elles sont rejetées.

J’ai dû me faire soigner un jour dans un hôpital dirigé sous l’égide du clergé catholique4. J’y ai reçu des soins médicaux particuliers comme étant un religieux musulman.

Dans chaque chambre où étaient alités des malades, il y avait une statue de Jésus et des toiles peintes de La Vierge que le salut de Dieu soit sur eux deux. Tous les soirs, à l’heure de la fermeture des travaux à l’hôpital, on priait pour la santé des malades! Des fois, je voyais même qu’on allumait dans des salles de l’hôpital des cierges devant la statue de Jésus. Attention s’il vous plaît! Allumer un cierge à côté d’une statue, en plein jour, et dans un établissement où se font des travaux d’ordre scientifique.

Veuillez comparer ce milieu avec le nôtre. Nos jeunes intellectuels dédaignent celui qui fait la même chose, la nuit, dans le mausolée d’un descendant de nos imams! Et l’accusent de réaction et d’obscurantisme.

Aussi, je n’oublie pas le jour ou une transfusion sanguine m’a été prescrite toujours dans le même hôpital: on m’a demandé d’abord si l’Islam me permettait de recevoir le sang d’un non-musulman, pour agir selon mes propres croyances.

Dans une société civilisée, la liberté a des limites ; tout le monde connaît ses possibilités, sans toujours en abuser.

Les causes de la prospérité du Christianisme

À cause des altérations qui y sont introduites, les religions existantes, divines ou non, ne se trouvent point en état de prospérité dans la période où nous vivons. Loin de là, elles tendent jour après jour vers le déclin, et la seule à pouvoir faire face à l’Islam est actuellement le christianisme qui est en grande activité.

Le christianisme ne doit pas sa prospérité à une situation particulière ; de nombreux facteurs se sont joints, qui font favoriser au développement.

Étant donné que l’homme se laisse facilement suggérer de par sa nature, la propagande est un élément essentiel, capable d’étendre le champ de l’influence d’une religion, et de conduire l’opinion publique vers un but préétabli. C’est pourquoi depuis la Renaissance, les autorités de l’église ont profité de toute leur puissance organisatrice afin d’entamer une grande institution pour la propagation de la foi chrétienne.

Ainsi malgré que les peuples civilisés, trop épris de la matérialité, ont toujours eu du mal à se laisser imprégner par la spiritualité, les flots de la propagande du christianisme battent leur plein. Ce qui n’est sûrement pas le cas de nous autres, les musulmans, qui n’avons aucun moyen pour faire connaître les nobles aspects de notre religion au monde occidental.

La propagande a contribué à élargir le domaine du christianisme, et a fait pénétrer dans le cœur des Occidentaux un ensemble de croyances illogiques et de suppositions irrationnelles.

Il y a plusieurs siècles, les musulmans ne font plus d’effort digne d’eux pour propager l’Islam. Ils ont bien démarré aux premiers siècles, mais leur mouvement a été bloqué par certains de leurs dirigeants manquant de clairvoyance ; et ils ont fini par diverger dans leur front unique.

Ainsi, victimes de leurs échecs politiques, les pays islamiques ont perdu peu à peu, de leur puissance mondiale, pour être morcelés finalement sous les griffes de la colonisation occidentale.

Les crimes de l’Église

Le christianisme, n’étant pas doté de principes, de lois et d’un système propres à la gestion de la société, et complètement pauvre de ce point de vue, n’a pu intervenir dans les questions sociopolitiques et les affaires d’État, jusqu’au sixième siècle.

Cependant, à partir de 756 l’année où le roi de France fit don d’une partie de ses domaines à la papauté, une ère majestueuse s’ouvrit à l’empire chrétien.

L’appareil religieux devint alors, une puissante autorité économique et financière. Par conséquent, des chocs d’intérêt se produisirent bientôt entre autorités ecclésiastiques et séculières, qui avaient trait, de part et d’autre, à l’élargissement du champ de leur influence. La concurrence s’intensifia entre papes et empereurs cherchant, les uns et les autres, à gouverner l’Europe entier.

Cependant, les peuples considérant l’église comme symbole de la spiritualité chrétienne ne tardèrent pas à la soutenir avec véhémence. Et l’église vit sa puissance s’amplifier de jour en jour, jusqu’à la stabilisation de sa souveraineté sans rivale sur l’Europe.

Avant le déclenchement de graves désaccords religieux, chaque ville chrétienne était administrée par un « évêque ». De l’assemblage de plusieurs villes se constituait une province que régissait un « calife » ou archevêque. Le pape exerçait les fonctions de chef suprême de la foi chrétienne, intervenant dans toutes les affaires religieuses, dont la nomination et la destitution des évêques et des califes.

Face à cette situation, les califes chrétiens de Constantinople conçurent bientôt l’idée de se soustraire à l’obédience du Pape et de se créer un patriarcat indépendant.

Après plusieurs querelles avec le pape, les califes de Constantinople s’en séparèrent finalement en 1052, et le christianisme fut ainsi divisé en deux branches: Celle de L’Europe orientale obéissant au patriarche de Constantinople et se disant « orthodoxe »: et celle de L’Europe occidentale s’étendant de la Pologne à l’Espagne soumise au Pape et se disant « Catholique ».

Exaltant chacune sa propre direction, ces deux religions ne cessaient de s’excommunier mutuellement.

Vers les débuts du XVI siècle, prit naissance en Europe une autre religion nommée « le protestantisme », suite à l’opposition au Pape, de Luther et de ses compagnons, pour qui la vente du paradis et la rémission des péchés étaient chose insensée. Ils voulaient, disaient-ils, épurer l’église et en enlever les dogmes vicieux.

La position prise par Luther contre la papauté et les rites de l’église lui procura beaucoup de partisans de par l’Europe. Et cette évolution divisa la religion unique de Jésus que le salut de Dieu soit sur lui, en trois branches incompatibles.

Au cours des siècles XII et XIII, malgré le pouvoir suprême du Pape sur l’Europe catholique, les hérésies ont augmenté parmi les chrétiens. Redoutant un développement des idées rejetées par le Pape, le clergé ecclésiastique, firent publier en 1215, un édit, en vertu duquel se constitua, dans toutes les villes de France, d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, de Pologne, etc. une juridiction ecclésiastique d’exception, nommée « inquisition ». Tout homme hérétique devait comparaître devant ce tribunal, pour y être jugé et châtié.

Cette maudite organisation dotée d’une puissance diabolique ravageait toute pensée libre. La tyrannie exercée sur les opinions était si effrayante que lorsque quelqu’un était accusé d’avoir des idées hostiles à celles de l’église, il devait subir des tortures infernales. Chose curieuse, même les morts n’étaient pas épargnés de cette cruauté! Des fois ils étaient accusés d’hérésie et d’apostasie et soumis au jugement par la suite, dans leur tombe!

Voici comment, dans son « Histoire de la Civilisation », Will Durant explique les formalités d’un procès intenté dans les tribunaux d’inquisition:
« L’inquisition avait des formalités, des lois ; et une procédure propre à elle. Avant l’institution d’une juridiction inquisitoriale de par les villes, “l’ordre de la loi” se faisait entendre du haut de la chaire des églises. On réclamait aux croyants de dénoncer au tribunal tout athée, apostat ou hérétique qu’ils connaissaient. La délation était une action encouragée, voire payée. Les délateurs étaient à l’abri, et assurés de rester inconnus quiconque connaissait un apostat et évitait de le dénoncer ou l’abritait chez lui, était excommunié et maudit. Des fois, même les morts pouvaient être accusés d’hérésie! C’est alors que l’on confisquait leur patrimoine, pour en faire une part de 30 à 50 % au délateur, tandis que les héritiers légitimes se trouvaient privés de ce patrimoine!
La torture était infligée sous différentes formes. Des fois on suspendait l’inculpé, ses mains liées derrière le dos. Des fois on l’attachait de manière qu’il ne puisse plus bouger, pour lui instiller de l’eau dans la gorge jusqu’à l’étouffer. Parfois même, la corde avec laquelle on lui attachait les bras et les jambes était si fortement serrée qu’elle lui pénétrait jusqu’aux os. »5

Ainsi, l’église devint si puissante en Europe que plus d’une dizaine de rois et de grands hommes d’État français et allemand furent excommuniés par le Pape. Certains autres furent obligés de faire pénitence de leurs fautes. Par exemple, l’empereur français Henri IV n’ayant pas obéi à l’ordre du Pape Grégoire VIL, fut excommunié en 1075. Et bien qu’il s’empresse de se rendre en tenue de pénitent, auprès du Pape, celui-ci le fit attendre trois jours pour le recevoir et l’expier. »6

En 1140, Louis VII fut chassé comme hérétique par le Pape Innocent II. En 1205, le même sort fut infligé à Jean, roi d’Angleterre, qui avait attaqué les cardinaux et le Pape Innocent II. Il fut obligé de décréter.

« Nous avons su par Révélation que nous devons vouer l’Angleterre et Irlande au Père, à ses apôtres et à notre bienfaiteur le Pape Innocent et ses successeurs catholiques. Désormais nous considérons les pays mentionnés, comme nous étant confiés par le Pape qui nous a désignés comme régents. Nous avons décidé de faire don, à l’Église romaine, chaque année en deux termes indiqués, de l’équivalent de 1000 livres d’argent. Celui de nos successeurs, qui s’opposerait aux dispositions adoptées dans ce décret, serait privé du droit de royauté. »7

Marcel Kash écrit:
« Cinq millions d’hommes furent à cette période, envoyés au gibet ou gardés enfermés dans des cachots noirs et humides jusqu’à la fin de leur vie pour dérogation à l’ordre du Pape. Depuis 1481 jusqu’à 1499, dans un délai de 18 ans, sur l’ordre du tribunal d’inquisition, 1020 hommes furent brûlés vifs, 6860 hommes furent fendus en long et 97 023 personnes furent torturées cruellement. »8

Seul le nombre de savants et de penseurs brûlés vifs au Moyen-Age par les tribunaux d’inquisition arrive à 350.9

Le célèbre écrivain et poète français, Victor Hugo, critique sévèrement ces tribunaux:
« L’Église fit crever la peau à Pernilli, parce qu’il avait dit que les étoiles ne tombent pas de leur place! Elle condamna 27 fois à la prison et à la torture un Kampland pour avoir dit que d’innombrables autres mondes existent, et avoir fait allusion, en termes énigmatiques, aux mystères de la création! L’Église est celle même qui supplicia Harway parce qu’il avait démontré que dans les veines de l’homme coule une matière fluide: “le sang”! Elle jeta en prison un Galilée pour avoir parlé, à la différence de la Bible, du mouvement terrestre.
Elle mit sous les verrous un Christophe Colombe, pour avoir découvert une terre dont l’existence n’était pas prévue dans la Bible par Saint-Paul, cette découverte passant pour hostilité à la foi catholique. L’Église n’hésita même pas à excommunier un Pascal au nom de la foi, un Montaigne au nom de la morale et un Muller au nom de la foi et de la morale en même temps. »10

Le fanatisme, la haine nourrie par le Pape et les ministres du Culte, alla jusqu’à déclencher, contre les musulmans, d’atroces guerres, nommées “Croisade”: des monstrueux carnages repris huit fois, entre 1095 et 1270.

Avant le déclenchement des guerres, un congrès de cardinaux et de ministres fut constitué par le Pape Urbain II, où il ordonna à tous les prêtres d’encourager les gens à entrer en guerre contre les musulmans.

Sur ce, la première armée, où l’on comptait plus d’un million d’hommes, se mit en marche pour la conquête de Beyt-ul-Moqhaddass (Jérusalem). Se précipitant comme un torrent vers l’Asie, cette masse humaine pillait les gens partout où elle arrivait. Elle incendiait tout, jetait en mer qui que ce fut, et coupait la tête à tous, militaires ou civils, hommes, femmes, enfant, etc.

Après trois années de guerre, Beyt-ul-Moqhaddass fut conquise au mois de juillet 1099, alors qu’il ne restait plus de cette grande armée qu’une vingtaine de milliers d’hommes. Le christianisme paya cher cette guerre ou il eut plus d’un million de morts laissés sur place lors des combats, ou frappés de choléra, de peste, etc.

Pour que nos lecteurs se fassent une idée de la barbarie dont fit montrer cette armée religieuse, nous citons ce qu’a dit à ce propos le chrétien historien français, Gustave Lebon:
« La cruauté des croisés dans leurs expéditions les a classés entre les peuples les plus sauvages. À leurs yeux, militaires ou paysans, femmes, enfants et vieillards étaient les mêmes… »11

Le moine Robert décrit ainsi les évènements auxquels il assistait en personne:
« Nos troupes ne cessaient de se déplacer d’un lieu à l’autre, elles se tenaient aux aguets sur les places, sur les toits et dans les rues. Comme une lionne furieuse de voir son petit enlevé, elles se plaisaient à massacrer jeunes, vieillards et enfants. Pour accélérer leurs tâches, elles pendaient à une même corde plusieurs personnes! C’étaient des pillards qui ne s’empêchaient pas de fendre les ventres des gens qui, de peur, avaient avalé leurs bijoux! Un chef d’armée Boimone fit massacrer hommes, femmes, invalides et infirmes qui s’étaient rassemblés autour de son palais pour se plaindre. Les jeunes, il les envoya à Antakich pour qu’on les vende. »12

Dans un compte rendu à l’adresse du Pape, le commandant en chef de cette armée sanguinaire, soi-disant sainte, Godefroy de Bouillon, a écrit ce qui suit:
« Pour vous donner une idée de la manière dont nous traitâmes nos ennemis (les musulmans) à Beyt-ul-Moqhaddass, il faut dire que nos troupes galopaient dans le temple de Salomon, le sang montant jusqu’aux genoux de leurs montures. »13

Revenons aux crimes des chrétiens contre les grands penseurs du Moyen-Âge. Harassés de la pression et des tortures qu’exerçaient sur eux les tribunaux d’inquisition, les savants européens entamèrent une lutte suivie pour se délivrer de cette oppression. Malgré la censure exercée par les autorités de l’Église sur l’opinion publique, cette lutte devint de plus en plus intense. Les sciences naturelles ne cessèrent de se développer et les pires contraints de reculer, laissèrent la voie libre aux défenseurs de la science.

Toutes ces brutalités extravagantes, tous ces infâmes crimes de dignités ecclésiastiques amenèrent, chez bon nombre d’avants, un certain dégoût pour la religion, qu’ils ont considérée comme ennemie de la science et source de superstitions. La barbarie des tribunaux d’inquisition amena le discrédit des religions célestes.

Par ailleurs, l’intransigeance de l’Église envers les “déshérités” provoqua, en Russie, une vive réaction aidant largement le mouvement communiste à s’y installer. Les dirigeants de ce mouvement entamèrent une lutte acharnée contre la religion, qui à leurs yeux, ne pouvait que servir de prétexte aux capitalistes pour exploiter la classe ouvrière.

À ce propos Fredov écrit comme suit:
« En Russie Tsariste, l‘Église possédait des biens incalculables. Ses domaines privés s’étendaient sur des millions d’hectares, ses dépôts auprès des banques arrivaient à des centaines de millions de roubles d’or. Elle tirait profit de vastes pâturages. Le commerce, l’industrie et la pêche lui procuraient des gains considérables. En tant que capitaliste, propriétaire foncier, et banquier par excellence en Russie tsariste, l’Église ne cessait d’exploiter impitoyablement les paysans. Et comme elle contrecarrait les projets et tentatives pouvant améliorer leurs conditions de travail et de vie, une haine raisonnable s’enracina dans le cœur des ouvriers et des paysans envers les serviteurs de l’Église, ou comme ils les nommaient eux-mêmes:” les défenseurs de l’esclavage en robe de prêtres. »14

Or, ce même christianisme, fier de si brillants antécédents, symbole de réaction, dispose aujourd’hui de tous les moyens pour se consolider.

Ne perdons pas de vue que l’Église catholique à elle seule, possède actuellement quatre mille missions religieuses chargées de propager la foi chrétienne partout dans le monde. Les missionnaires, disposant d’un large budget, se déplacent d’un pays à l’autre sans omettre les lieux les plus inconnus du Congo, les villages Tibétains, et les contrées habitées par les Africains.

Seule l’Église d’Angleterre bénéficie chaque année d’un budget équivalant à 9 milliards de rials iraniens!

Nous comparerons non sans regret ce chiffre avec la somme des dépenses destinées à la propagation de l’Islam.

Jusqu’à présent l’Évangile a été traduit dans plus d’un millier de langues. Et aux États-Unis, trois maisons d’édition entre autres en ont publié, en 1937, quelque 24 millions d’exemplaires. Le Vatican fait paraître un quotidien à tirage de trois cent mille exemplaires nommé « Osser fatori Romano » sans compter les quelque cinquante autres périodiques qui sont mis en vente au bout de chaque semaine ou mois. Plus de 32 mille écoles primaires et secondaires, universités et hôpitaux ont été fondés par l’Église jusqu’à présent. Quatre puissants émetteurs radiophoniques propagent la foi chrétienne de par le monde dont celui du site du Vatican et celui de la capitale de l’Éthiopie Addis-Abeba.

Un autre aspect de la propagande de l’Église est de construire tant que possible, des édifices consacrés au culte de la foi chrétienne: basilique, cathédrales, temples, etc.

Pour sa part, l’Église protestante a recouru elle aussi aux activités spectaculaires. À ce sujet le journal Reader Digest écrit:
« La perception de la dime Tithin, impôt prélevé jadis sur certaines denrées par l’Église, a été remise en vigueur, ce qui a insufflé une nouvelle âme au corps du protestantisme américain, et l’a ressuscité tant sur le plan matériel que moral.
Depuis 1950, ces sortes d’activités renouvelées, au moins dans une dizaine de paroisses, ont produit de très bons résultats. Les organisations religieuses ont doublé leurs œuvres communes ; elles ont fait construire des centaines d’édifices renforçant l’Église et ont revigoré les missions tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Et les fidèles ont très vite reconnu combien serait heureuse et fructueuse l’idée de ressusciter cette tradition de longue date. »

Le Christianisme ne craint ni le Judaïsme, ni l’Hindouisme, ni le Bouddhisme et il les considère comme appartenant à des ethnies fermées. La seule religion qu’il craint est l’Islam qui est doté d’une idéologie vivante.

Dans un discours inaugurant le Conseil des Cardinaux15 au Vatican, le pape a affirmé:
« Le danger que l‘Islam fait planer en Afrique, sur la catholicité et le monde occidental en général, est plus redoutable que le danger communiste qui les menace dans ce même continent. »16

Quoique la propagande faite par les musulmans de par le monde pour répandre notre doctrine se réduise à zéro, il n’en reste pas moins vrai que la foi mahométane, riche de contenu, ne cesse de se développer, surtout dans le continent africain. »

L’Islam est le meilleur refuge pour les noirs tyrannisés ; et il y a là un danger que l‘Église ne pourrait prendre à la légère.

Selon le rapport publié par deux instituts belges de recherches, au début du XXe siècle, il n’y avait que quatre mille musulmans dans une région congolaise ; aujourd’hui, le nombre des musulmans vivant dans les seules villes de Maniema, Kivo et Stanleyville arrive à 236 000.

Citant Marcel Carder, spécialiste européen en matière de l’islam, la revue parisienne Preuve écrit:
« Étant auparavant la religion des princes, l’islam est devenu actuellement celui des masses populaires, qui se meuvent à l’instar d’un torrent écumeux, pour parvenir à une vie meilleure et plus calme. Le fait que l’Islam franchit aujourd’hui le continent africain, du nord au sud, et y avance d’une marche résolue et sans trêve est confirmé par d’incontestables statistiques. »

Une autre revue française Rive de Paris qui, après le dénombrement des musulmans, des chrétiens et des idolâtres en Afrique, a fait preuve de la supériorité numérique des musulmans dans le continent noir écrit:
« D’une façon générale, une moitié de peaux noires africaines ont adhéré à l’islam ; celui-ci se propage, ici, avec une rapidité étonnante ; et chaque année, en moyenne, quelque 500 mille Africains s’y convertissent. Cette prospérité de l’Islam en Afrique ne relève point de l’influence qu’il a exercée jadis sur les esprits ; elle est née des conditions de l’époque contemporaine, qui s’imposent depuis les cent dernières années. En 1950, quatre diplômés d’El-Azhar, université égyptienne, entreprirent la fondation, dans la ville de Mabaku, d’une école de hautes études islamiques. Cette école fut chaleureusement accueillie par le peuple, mais le gouvernement français ne tarda pas à en fermer les portes. »

Un professeur à l’université de Naples, le Docteur Vacciea Vaglieri écrit:
« Comment justifie-t-on ceci que malgré la grande liberté dont jouissent les non-musulmans dans les pays islamiques et le fait que ces pays ne profitent d’aucune organisation proprement dite de propagande, cette religion ne cesse de se développer dans les continents afro-asiatiques? Ce n’est certainement plus le glaive des conquérants musulmans qui fraie la voie à l’Islam, bien au contraire, même dans les régions où un gouvernement non islamique a remplacé un régime musulman, les puissants appareils de propagande à la disposition du pouvoir n’arrivent pas à éloigner le peuple de l’Islam. Quelle est donc la force miraculeuse de cette religion? De quelle étrange pâte est-elle faite, cette religion si puissante à satisfaire les esprits? Comment arrive-t-elle à pénétrer les profondeurs de l’âme humaine, pour que celle-ci exauce si bien son appel à la Vérité et la justice? »

Les chrétiens recourent à n’importe quel moyen pour détruire les musulmans, le grand maître Mohammad Chotbe affirme cet avis:
« Le directeur chrétien de l’une des compagnies anglaises de navigation maritime dans son siège du sud de l’Afrique eut du mal à supporter ses travailleurs musulmans africains. Pour les ennuyer, il eut la belle idée de payer une fraction du salaire de ses employés en bouteilles de boisson alcoolique! Les ouvriers musulmans, qui, suivant l’ordre de l’islam, ne pouvaient ni les boire ni les vendre, cassaient les bouteilles et perdaient ainsi une grande part de ce qu’ils gagnaient. Jusqu’à ce qu’un juriste musulman, mis au courant de leur affaire, les conseilla de refuser ce genre de paiement, si rare dans le monde entier, et de porter plainte à la justice si la compagnie ne répondait pas à leur demande. Mais savez-vous où aboutit l’affaire? Les ouvriers musulmans furent tous mis à la porte! »

Et voilà ce qu’on appelle « Humanité »!

Cependant, de vastes horizons s’ouvrent actuellement en Afrique, à l’activité des organes de propagande islamiques. Si ces derniers se mettaient sérieusement en marche, les masses africaines ne tarderaient pas à se convertir toutes, corps et âme, à l’islam.

L’Afrique a soif à présent d’un culte capable d’harmoniser les côtés moraux et matériaux de la vie de ses habitants. Une religion qui fait régner l’égalité dans la société, et qui appelle le peuple à 1a paix et la Vérité.

Sans doute le christianisme dans l’état où il se trouve, demeure-t-il incapable de remplir une telle responsabilité. L’Église elle-même ne fait que semer la discorde. La façon dont elle traite les Noirs est inhumaine. En Afrique, elle interdit aux Noirs de se rassembler dans un même temple avec les Blancs pour prier Dieu!

Dans un journal parisien le défunt leader congolais, Patrice Lumumba avait une fois écrit:
« Je n’ai jamais pu comprendre pourquoi dans les écoles on nous apprenait à respecter les principes de la foi chrétienne, tandis qu’en dehors du milieu scolaire nous voyons les Européens violer jusqu’aux principes de la morale humaine. Les enseignements qu’on nous donnait à l’école ne s’accordaient aucunement avec l’attitude des Européens avec les peaux noires. »

Plus encore que le rayonnement de l’Islam dans le continent africain. C’est les adhésions massives des Noirs américains à l’Islam qui inquiètent les missionnaires chrétiens aux États Unis. C’est pourquoi ils usent de tous les moyens pour démanteler leurs organisations. À peine y a-t-il de journal américain qui s’abstient d’attaquer les Noirs.

Même, dans le Congrès, certains sénateurs américains ayant fustigé préalablement les Noirs musulmans demandèrent au Président des États-Unis de dissocier les organisations des musulmans noirs américains et d’interdire leurs activités.

Pourtant, tous ces efforts déployés pour dissuader les Noirs musulmans de leurs revendications sont voués à l’échec, leurs organisations deviennent de plus en plus puissantes et leurs activités s’intensifient. Dans 27 États américains, ils ont établi plus de 70 centres d’activités, et ont créé à Chicago et Détroit deux centres culturels islamiques. Ils ont construit de nombreuses mosquées, et font paraître tous les matins un quotidien nommé Paroles de Mohamed. Dans certaines villes américaines, ils organisent des manifestations où ils portent des pancartes sur lesquelles on lit: soit chrétien ou athée. Le Noir chrétien vivant en Europe est traité comme le Noir irréligieux vivant dans les ordures. C’est pourquoi ceux d’entre eux qui se sont nouvellement convertis au christianisme se rendent compte de la supériorité des Noirs musulmans et propagent l‘islam!

« Les Noirs chrétiens africains n’ayant pas l’espoir de se voir égaux en droits avec leurs confrères européens préfèrent adopter les croyances islamiques.
Et c’est ainsi que l’islam s’avère être l’unique religion du continent africain. »17

La propagande des chrétiens contre l’Islam

Les ecclésiastiques ont peur de l’influence spirituelle de l’Islam sur les opinions. Pour en entacher le crédit universel, ils recourent à une propagande tapageuse et ne se dispensent pas de porter toutes sortes de calomnies contre les musulmans.

À vrai dire, ils cherchent, par n’importe quel moyen, à éclipser ce brillant soleil de la vérité, et à étouffer la voix véridique de cette noble religion.

Dans un reportage fait sur l’état des mosquées et la prière des musulmans à Yémen, le speaker de la télévision allemande disait: « cette religion a empêché les yéménites de progresser. Elle les a retardés de 200 ans par rapport à l’évolution de la civilisation au niveau du monde. Faire en sorte qu’ils vivent dans les conditions d’homme primitif et qu’ils soient en retard sur les idées de leur temps, voilà le programme que l’Islam leur a offert. Et le fait qu’ils soient si loin des exigences du monde actuel tient vraisemblablement de leur passion à observer les commandements religieux! »

Veuillez imaginer l’effet de cette propagande empoisonnante, adroitement préparée, sur l’esprit d’un Européen qui n’est point initié aux préceptes islamiques. Quel serait son jugement, sinon mal fondé, sur l’Islam? N’est-ce pas commettre un crime contre le genre humain que d’altérer si clairement une vérité?

S’il est vrai que l’arriération dans la vie matérielle, dont souffre le peuple de Yémen, procède de ses croyances religieuses, pourquoi donc le peuple du sud de l’Italie, où gouverne le Pape, ne jouit-il pas des avantages de la civilisation moderne?

Pourquoi les gens y vivent-ils dans la grande misère, et pourquoi se précipitent-ils vers les pays voisins et se chargent-ils de travaux rigoureux pour assurer leurs moyens de subsistance?

Pourquoi la Grèce, ce pays européen et non-musulman se trouve-t-elle plus arriéré que la plupart des pays islamiques? Ce pays si prospère jadis, a glissé dans l’abîme de la décadence depuis le jour où il a adopté la foi chrétienne, et a même été conquis par l’Empire ottoman.

Pourquoi certains pays asiatiques non-musulmans vivent-ils dans des conditions bien plus difficiles: et plus déplorables que les pays islamiques?

En Bosnie par exemple, les musulmans sont supérieurs aux catholiques et aux orthodoxes, et la grande majorité des musulmans russes vivent dans de meilleures conditions par rapport aux chrétiens qui vivent dans leur voisinage. En Chine, les musulmans sentent mieux apprécier que les bouddhistes. Les Arabes, vivant dans l’île de Singapour sont plus riches que les autres habitants de cette île, voire les Anglais.

Bon nombre d’appareils de propagande occidentaux falsifient les vérités et suggèrent une idée erronée de l’islam aux gens qui n’ont pas la moindre connaissance des principes de cette religion. Le grand écrivain et penseur, Mohammad Ghotb, écrit:

« J’ai discuté pendant plusieurs heures, avec un envoyé de l’ONU, en Égypte, à propos de l’Islam. Cet intellectuel occidental me dit: je suis convaincu, par vos paroles, de la vérité de l’Islam, mais que faire? Je ne puis me passer des avantages que m’offre la civilisation moderne. Je suis trop passionné pour pouvoir renoncer à un superbe avion et ne pas voyager avec! Qu’est-ce qui vous empêche-lui dis-je non sans étonnement, de profiter de la civilisation moderne? Votre Islam, me demanda-t-il, n’exige-t-il pas que les gens mènent une vie de Bédouin, loin des villes, et qu’ils utilisent des ustensiles primitifs? »18

Je me trouvais une fois en Allemagne dans un hôtel dont le directeur avait fait des études supérieures en France et en Angleterre. Il connaissait aussi la langue arabe. Je suis monothéiste, me dit-il, et je connais mon Dieu unique en qui j’ai une foi absolue. Mais ce Dieu que les doctrines religieuses présentent à leurs adeptes et les appellent à adorer, est pour moi inacceptable, illogique et contraire à la nature humaine.

Puis il ajouta avec regret: il faut qu’on édifie le monothéisme sur de nouvelles bases et que l’on oriente les idées obscurcies et erronées des gens. IL faut que le niveau de la connaissance humaine s’élève jusqu’à la perception de l’unicité dans toute son étendue.

Cette personne ignorait toute de la conception islamique du monothéisme et de la différence fondamentale qui existe à ce sujet, entre le Saint Coran et la bible falsifiée. IL croyait que le Coran soutenait tout comme les deux testaments que Dieu pouvait s’incarner! Je lui remis donc un fascicule écrit en langue allemande sur les principes de la religion islamique et lui demanda de le lire avec attention.

Il est vrai qu’une religion qui s’adapte aux inclinations innées de l’homme se répand facilement et rapidement. Mais, en assurer le développement universel dépend tout de même d’une saine propagande que l’on doit assener en tenant compte du milieu socioculturel auquel on s’adresse.

Dans le monde actuel où la crise morale ne cesse de s’intensifier, une occasion très favorable s’est présentée à l’Islam pour conquérir les cœurs dans les pays civilisés.

Pour faire connaître le salut qui réside dans cette religion sacrée et présenter les traits qui la caractérisent, les circonstances sont maintenant assez opportunes, et le succès en est garanti!

La morale dans le monde occidental

Les Occidentaux mènent en général une vie de machine, sans âme ni ardeur. Quoique de par sa prospérité matérielle, l’homme moderne ait pu surmonter la plupart de ses difficultés d’autrefois et franchir de pas importants vers la réalisation de son bien-être, l’esprit matérialiste a détourné son attention des réalités et les aspects spirituels et moraux de 1existence humaine sont ainsi tombés dans l’oubli.

Toujours est-il que la civilisation actuelle a semé la confusion et engendré de grands troubles.

Les découvertes, les inventions qui ont été faites jusqu’à présent vraisemblablement pour assurer le bien-être humain, n’ont pu amoindrir l’angoisse et les peines affectives de l’homme, et lui apporter un véritable bonheur, ou supprimer les graves crises morales dont il souffre.

En plus de ses besoins physiques, l’homme éprouve une grande passion pour les choses spirituelles. IL est tout autant désireux d’avoir un refuge dans la moralité qu’il désire satisfaire ses besoins matériels. Mais pour ce qui est des besoins d’ordre spirituel, il faut en chercher l’assouvissement dans le domaine de la métaphysique.

Réduire la pensée humaine à la seule sphère de la matérialité sera une faute impardonnable, ne convenant point aux exigences de la nature de l’homme.
Le bonheur de l’homme, qui a toujours été son idéal, commence là où la pensée, dans son processus évolutif dépasse le stade de la civilisation matérielle, et que simultanément à son étonnant progrès dans les domaines scientifique et industriel, il entreprenne de cultiver ses forces morales pour en tirer dûment parti.

Car, sans établir quelque équilibre entre ces deux sphères, on ne pourrait parvenir à assurer entièrement le bonheur de l’humanité en parlant de civilisation.

En observant nos faiblesses sociales et nos vices, nous constatons que notre évolution vers la perfection n’a pas suivi un processus multilatéral et que l’homme d’aujourd’hui, s’étant fait une fausse idée du vrai bonheur n’a pas pu discerner la voie le conduisant au salut.

Beaucoup sont encore les gens croyant à la vérité, à l’honnêteté, etc. dans le monde occidental, ou la richesse morale s’est écartée de la religion et a pris une grande distance des directives célestes. Mais leurs bonnes qualités sont dépourvues de valeur et d’avantage spirituels.

En réalité, c’est dans leur propre intérêt que ces gens-là font montre de probité. Pour eux dont les visées sont matérialistes, les bonnes mœurs assurent leurs intérêts et les font réussir dans leurs affaires. La morale n’est pour eux qu’un moyen pour parvenir à leurs buts, c’est une sorte de monnaie qu’ils utilisent dans leur commerce.

Quant à la pudeur, les Occidentaux ont complètement dépassé les limites de la décence, la dépravation a atteint son paroxysme. Personne ne doutait autrefois que la pudeur en matière des relations sexuelles fût une valeur morale. Il était admis que l’insouciance à cet égard serait une grave atteinte portée à la moralité humaine. Mais aujourd’hui, cette vérité s’oublie peu à peu. Des gens mal intentionnés ont entraîné leurs prochains dans la mauvaise voie et les ont égarés de la voie du salut.

De nos jours, la pudeur a complètement perdu sa valeur. Elle semble être totalement étrangère à la société humaine et il n’y a plus aucun contrôle sur les mœurs.

Un jour, dans une émission pour la jeunesse à la radio allemande, une jeune fille a posé la question suivante:
« Je suis une fille qui a depuis des années des liens d’amitié avec un jeune garçon, mais plus le temps passe et plus je le fréquente, mon affection envers lui devient moins ardente. Je me suis donc décidé de trouver un autre ami. Je voudrais savoir si je pouvais faire cela tout en gardant mon ancien camarade ou devrais-je plutôt me contenter de celui-ci et de renoncer à avoir un nouvel ami? »

Le conseiller de la radio lui a répondu:
« Jusqu’à l’âge de vingt-huit ans, vous êtes libre, sans restriction ni contrainte, d’avoir un ou plusieurs amis avec qui vous établirez des relations sexuelles, ne vous inquiétez point et faites ce que bon vous semble! »

Voici comment les autorités à qui il incombe normalement de sauver leur société de la chute dans l’abîme de l’immoralité encouragent les jeunes à divorcer d’avec les contraintes morales, et en tant que pédagogues de la débauche et de l’impureté, elles les entrainent sur le mauvais chemin. Elles légalisent la liberté préconjugale, et enlevant le caractère impudique de la prostitution, finissent par exhorter les gens à accomplir tout ce qui est contraire à l’honneur, à la piété et aux bonnes vertus humaines.

Le grand sociologue, Will Durant écrit:
« La vie urbaine a pris une tournure qui empêche l’homme de penser au mariage, excite son avidité sexuelle et lui facilite l’assouvissement de ses désirs par les moyens illégitimes. La civilisation moderne a fait tarder le mariage, même pour les hommes, on voit souvent de jeunes garçons âgés de trente ans, qui ne sont pas encore mariés. En cet état, rien n’empêche le corps de l’homme à tomber en proie à une vive émotion, à perdre la volonté nécessaire pour s’abstenir des plaisirs charnels, et à se moquer par la suite, de la pudeur, naguère considérée comme vertu. La pudeur, qui passait autrefois pour un ornement embellissant de plus en plus les vertus de l’homme, n’existe plus en tant que telle. Les hommes se flattent de dénombrer leurs péchés. Les femmes prétendant être égales aux hommes s’adonnent à des relations d’amour sans borne, et les relations sexuelles d’avant le mariage paraissent naturelles. »19

La nature de l’homme exige qu’il contrôle ses émotions, qu’il ne leur obéisse que raisonnablement. Aller à l’encontre de ces exigences causerait des conséquences néfastes. Jamais en s’écartant des lois de la nature, on n’arrivera à s’assurer le bonheur et la paix.

En occident, tout le monde peut facilement apaiser ses désirs charnels ; pourquoi alors une si grande liberté ne peut assouvir cette soif insatiable de l’homme?

Les crimes, les suicides, les dépressions nerveuses, les angoisses, etc. ne sont-ils pas tous nés de cette même liberté sans borne et de cette débauche sexuelle?

En suède, vingt années de liberté de relations sexuelles accordées aux jeunes ont provoqué de telles catastrophes et effrayé à tel point les autorités responsables et les pédagogues du pays, que le parlement en est venu à examiner cette dangereuse révolte sociale. Le Premier ministre de ce pays aurait déclaré explicitement:
« Il faudrait 40 ans pour réparer l’erreur que nous avons commise pendant 20 années. »

Sous l’influence de l’enseignement pervertisseur de Freud qui comparait l’homme à l’animal et liait tout son comportement à des mobiles sexuels, les gens ne tardèrent pas à se noyer dans le bourbier de leurs penchants sexuels. Ainsi, la sexualité put se soustraire à l’autorité des lois de la morale, et depuis l’instant où la pudeur commença à décliner, personne ne put imaginer une limite à cette décadence.

« Selon les statistiques publiées ces dernières années par le gouvernement ouest-allemand, deux cent mille enfants naturels ont été engendrés dans ce pays par le commerce sexuel des soldats des pays vainqueurs avec les femmes allemandes. Ces enfants, dont cinq mille sont de pères Noirs, vivent actuellement sous la surveillance de l’État, en Allemagne. D’après les Allemands eux-mêmes, ce chiffre constitue presque le dixième du nombre d’enfants naturels qui ont échappé à l’avortement ou autres tentatives meurtrières de leurs mères et qui sont tombés entre les mains du gouvernement. Notons aussi que ce nombre concerne l’Allemagne de l’Ouest. Quant à l’Allemagne Est, il n’existe aucune statistique digne de foi. Toutefois en s’appuyant sur des hypothèses fondées, l’on pourrait dire que l’état des choses n’y est pas moins grave sinon pire qu’en Allemagne fédérale »20

La situation n’est pas meilleure dans les autres pays occidentaux. Un rapport émouvant remis au Conseil des Affaires Morales de « Northampton » en dit long sur ce qui se passe en Angleterre. Dans ce rapport nous lisons:
« À Northampton, ville située au centre du pays, le nombre d’enfants naturels dépasse 50 % du total des enfants nés dans cette ville. »21

Le célèbre psychologue Dale Carnegie affirme:
« Un centre américain d’études scientifiques a publié des statistiques concernant les hommes qui, par différentes manières, trompent leurs femmes.

Selon ces statistiques, presque la moitié des maris trahissent leurs femmes. Certains le font régulièrement, tandis que d’autres sont prudents plus soit par peur du scandale, soit par manque d’occasion.

En ce qui concerne les femmes mariées, il y a quelques années, lorsqu’on mit à l’étude les conversations téléphoniques interceptées à New York. On s’aperçut que bon nombre d’entre elles ne manquent pas non plus de tromper leurs maris. »22

« Aux États-Unis, six cent cinquante hôpitaux sont destinés au seul traitement des maladies vénériennes, tandis que 1,5 fois le nombre de ceux qui s’adressent à ces hôpitaux va se faire traiter en privé chez leurs médecins de famille. »23

« Chaque année, trente à quarante mille enfants. Américains meurent victimes des maladies vénériennes, et le chiffre des pertes humaines, aux États-Unis, causées par la contagion de ces maladies dépasse celui des pertes que causent toutes les autres maladies, exceptée la tuberculose. »24

Selon la revue Sexologie au mois de décembre 1960, l’augmentation du nombre d’enfants naturels par rapport aux années précédentes a amené le gouvernement américain à se trouver aux prises avec un grave problème. Selon les statistiques publiées, révèle cette revue, en 1957, plus de 200 mille enfants naturels ont été recensés aux États-Unis, et ce chiffre a eu une augmentation de 5 %, durant les 25 dernières années.25

« Aux États-Unis, le nombre d’avortements s’élève à plus d’un million par an, dont 65 % de cas s’appliquent aux relations sexuelles illégitimes et dont 50 % concernent les jeunes filles non mariées »26

Travaillant dans une clinique située au sud de Londres, le Dr Mullenz affirme:
« Parmi les jeunes filles anglaises qui fréquentent l’église, une sur cinq est enceinte. Chaque année à Londres, nous avons 50 mille cas d’avortement d’ordre criminel et un enfant sur 20 qui viennent au monde est illégitime. Bien que les conditions de vie ne cessent de s’améliorer, nous voyons chaque année s’augmenter le nombre des enfants naturels, qui naissent pour la plupart dans les familles aisées »27

Ces exemples révèlent bien que l’homme civilisé est prisonnier de son instinct sexuel. Dans ce domaine il cède si bien à ses caprices qu’il oublie tout, qu’il dépasse toute limite, jusqu’aux valeurs morales les moins contestées pouvant consolider les liens familiaux.

Il y a quelques années les journaux de Téhéran ont écrit:
« En Idaho, État américain, certaines personnes échangèrent entre eux leurs épouses pendant trois semaines. Cadeaux faits à des amis! Ceci provoqua un grand scandale aux États-Unis et les membres du groupe, accusé d’atteinte aux mœurs publiques et de prostitution, se virent obligés de comparaître devant le tribunal. »

Autant de désordre apparaît dans le seul domaine de la vie sexuelle!

Dans chaque nation, l’exemple donné par les éducateurs et les couches privilégiées exerce une influence directe sur la formation de l’esprit du public. Certes, la corruption répandue par cette classe qui prétend se porter garante de la bonne conduite du peuple, contribue-t-elle largement au délabrement des mœurs.

Une personne s’étant formée dans un milieu de perversion se trouve inévitablement libre de toutes contraintes morales, la pudeur n’ayant plus de sens pour elle. Ceux qui cherchent à assouvir leurs désirs charnels contribuent en effet à la formation d’une génération révoltée et débauchée, génération avilie et frappée d’impuissance se dérobant facilement aux responsabilités que leur dictent la raison et la conscience collectives.

En 1962, Kennedy a affirmé:
« Les États-Unis auront un avenir pénible. Nos jeunes plongent dans l’insouciance. Ils refusent d’accomplir même leurs devoirs. Par exemple, six sur sept des conscrits appelés à faire leur service militaire, se révèlent incapables, d’accomplir leurs devoirs tellement l’excès dans la luxure a affaibli leurs capacités mentales et corporelles. »

Khrouchtchev aussi a précisé en 1962:
« L’avenir de L’Union soviétique est en danger. Il n’y a aucun espoir en l’avenir de notre jeunesse, prisonnière de ses tentations charnelles. »

C’est vraiment bizarre que dans une époque où les sciences et l’industrie sont si prospères, la société se trouve aussi impuissante à mettre un terme à l’égarement de la jeunesse. Chaque jour, un nouveau phénomène sort du sein de cette civilisation sans âme et par trop languissante.

Tantôt ce sont les Beatles qui attirent les jeunes avec leur musique folle et ignoble, et tantôt les Hippies poussant comme de mauvaises herbes sur le terrain de la civilisation industrielle et se disant apôtres d’une révolution contre elle, se moquant des valeurs spirituelles et des préceptes religieux. Des phénomènes destructeurs surgis contre la froideur de la civilisation contemporaine, mais qui, n’ayant aucun abri d’ordre moral pour s’y réfugier, sont vite mis à l’écart.

La civilisation moderne n’est plus capable de répondre favorablement aux aspirations de l’homme et cela d’autant plus qu’elle a transformé les individus en rouages d’une machine, dont le fonctionnement de chacun dépend de celui des autres, sans tenir compte de leurs sentiments spirituels. L’augmentation du nombre de suicides provient du même état de choses, et le confort matériel n’y peut rien remédier.

« Selon un rapport publié par la police allemande, plus de 10 mille personnes se sont suicidées dans ce pays en 1976 et dans la même année, plus de 6 mille hommes et plus de 7 mille femmes allemands ont échoué dans leurs tentatives de suicide. »28

En France qui est peut-être le premier pays à avoir connu la civilisation moderne, on compte chaque année, plus de trente mille tentatives de suicide.

L’usage de la drogue s’est terriblement répandu parmi les jeunes Américains. La police New-Yorkaise a découvert récemment les cadavres de 38 jeunes hommes, âgés de 16 à 35 ans, morts par suite d’overdose, certains d’entre eux n’ayant même pas eu le temps de retirer la seringue de leurs bras. Les accoutumés à l’héroïne occupent le premier rang à New York. Cette ville en compte actuellement plus d’une centaine de milliers, ce qui veut dire une personne sur quatre-vingts!

Au sein de la classe privilégiée, les acteurs du cinéma sont les plus atteins:
« Selon un médecin New-Yorkais, un célèbre acteur américain se fait dix piqûres toutes les 24 heures, à 60 $ chacune. Et bon nombre de personnalités qui meurent, officiellement de maladies cardiaques, perdent en vérité leur vie du fait de l’emploi de stupéfiants. »29

Aux États-Unis, ce pays civilisé, dit-on, se perpètre un grave délit toutes les 25 minutes. Trois meurtres, cinq viols, trente cas de grand vol et trois mille cas de vol de peu d’importance sont commis toutes les 24 heures! Dans ce même pays civilisé, d’énormes crédits sont affectés chaque année, à la lutte contre les malfaiteurs et à la mise à exécution de la loi, et dans la seule ville de New York, une centaine de millions de dollars sont dépensés pour empêcher les actions criminelles.30

Voilà la manière de vie à laquelle nous appellent les types aliénés: ceux-là mêmes qui parlent de culture et de perfection de l’homme et qui se flattent de porter l’étendard de cet appel!

Le culte à l’Église

Quoique, avec une propagande intense et en exerçant son autorité morale, l’Église intervienne largement dans l’éducation des mœurs des sociétés occidentales, il n’en reste pas moins vrai que ses enseignements religieux sont demeurés incapables de purifier les mœurs, de réparer la faillite spirituelle, et de mettre un frein aux caprices de cette humanité déchainée. Comment une religion qui accorde à ses adeptes une trop grande liberté dans l’accomplissement d’actes immoraux, pourrait-elle les sauver des grilles de l’immoralité? Comment parviendrait-elle à extirper la corruption enracinée dans les esprits?

Malheureusement, le culte de Dieu, la purification de l’âme et toutes les pratiques de cet ordre, qui s’accomplissent tout simplement dans l’intention désintéressée de s’approcher du Créateur, sont tous détournés de leur véritable objectif et se sont mêlés à de différentes impuretés.

Dans le christianisme où la superstition a déjà occupé une place importante, la notion du culte de Dieu a perdu son vrai sens.

IL est étonnant de voir que dans les églises, on organise des dancings pour encourager les jeunes à y aller! N’est-ce pas une sorte de piège que leur tend l’église, ce lieu de culte qui doit être normalement le terrain ou se développe la pudeur et les bonnes qualités humaines. Les autorités religieuses qui doivent faire obstacle à l’extension de la corruption morale ont elles-mêmes été influencées par leur milieu où domine la perversion.

En considérant cet état regrettable, nous pouvons facilement comprendre que le christianisme n’est plus capable de réformer le monde occidental. IL est certain qu’un tel système ne pourra purifier la religion de l’humanité et lui apporter le salut.

La nouvelle que nous relatons ci-dessous en est une preuve:
« L’Église cherche à guider les égarés avec la musique et la dance! Le père Francis Mews, âgé de trente-cinq ans, à Montréal, est lui-même un virtuose de la musique. C’est un compositeur de grand talent qui a déjà composé quelque 1500 morceaux. Ce prêtre s’occupe simultanément des activités religieuses et artistiques. »31

Or, n’est-ce pas railler la religion de Dieu que d’accomplir des actions de ce genre dans un lieu de culte? Le culte de Dieu est un des meilleurs ordres éducatifs qui nous soient parvenus par le biais de ses grands messagers. Sans s’appuyer sur Dieu, personne ne saurait se préserver des vices de ce monde matériel, et des impuretés qui procèdent d’un attachement outre mesure et irraisonnables à la matérialité. Car connaître l’essence de Dieu, c’est mettre les pieds sur une terre ferme où l’on ne trébuche pas et sans cette connaissance, aucun édifice ne pourrait s’élever droit dans la vie.

Le culte de Dieu libéré l’homme de toutes ses passions charnelles le conduit au salut éternel et lui facilite le moyen d’y parvenir. Voyez comment cette précieuse vérité est devenue comme un jouet entre les mains d’un groupe d’hommes capricieux, esclaves de leurs passions! Percer les voiles de l’indifférence et former une révolution spirituelle dans l’âme humaine, c’est le but du culte et des pratiques islamiques.

Pour comparer les obligations religieuses musulmanes et chrétiennes, citons le juste avis d’un savant chrétien Stahwood Cobb:
«... J’eus également l’occasion d’être témoin dans la mosquée Aya soufia, des rites que l’on accomplit pendant la prière. Les principaux mouvements en étaient le « rokoue » (la génuflexion) et le « sodjoud » (la prosternation) plusieurs fois répétés par les fidèles qui prononcent en même temps des paroles sacrées à l’adresse de Dieu. La componction et l’humilité dont les fidèles faisaient preuve pendant leur prière était si noble que j’en fus ému, profondément ému. Jamais en vérité je n’avais vu dans aucune église autant de loyauté dans le culte de Dieu, ni autant de profondeur dans la résignation, et de fidélité dans l’adoration de Dieu.

Plus tard, accompagné de quelques autres visiteurs étrangers, j’eus la joie d’assister aux cérémonies de la nuit de Ghadr, et je contemplai cette veillée du haut de mon balcon. La nuit de Ghadr est celle dit-on, le Coran a été révélé au Prophète de l’Islam. La cour d’Aya Soufia était pleine de fidèles dont le nombre s’élevait à quelque cinq mille personnes, et qui effectuaient leur mouvement de rokoue et de sodjoud avec un rythme admirablement régulier. Le doux bruit de leurs robes lorsqu’ils se courbaient, de leurs mains qui touchaient la terre et celui de leur cri d’Allaho Akbar (Dieu est le plus grand) lorsqu’ils se relevaient, tout cela ressemblait à un vol d’oiseaux. Ce fut pour moi un spectacle incomparable, plein de majesté et même angoissant.

Non seulement ces pratiques se faisaient avec une profonde humilité envers Dieu, mais elles montraient également le comble de la générosité, de la démocratie et de l’égalité dont jouissent les fidèles musulmans. Je fus témoin d’un porteur qui se tenait à côté d’un « pacha » richement habillé, et se prosternait comme lui. Je vie des colosses noirs, pauvrement habillés et laids qui priaient aux côtés des Turcs les plus élégants. Depuis sa naissance, l’Islam a été la religion de la fraternité, et cette qualité ne l’a jamais quitté jusqu’à présent. »32

La plus grande erreur que le monde occidental a commise en matière de la religion, c’est qu’il l’a considérée comme un fait personnel et relatif au for intérieur de l’homme, n’ayant aucun rapport avec sa vie collective. C’est cette conception erronée qui a détérioré le moral aux Occidentaux. Il est évident que dans un milieu où surviennent de telles crises idéologiques, les déviations sociales sont inévitables. La réalité se fait victime des inclinations charnelles et la corruption envahit ainsi le monde.

En outre, une telle mentalité est source de querelles entre les différentes valeurs spirituelles de l’âme humaine. C’est-à-dire que l’homme, d’après ce que lui dicte sa conscience religieuse et spirituelle, rejettera telle ou telle chose, alors qu’en pratique, il ne pourra s’empêcher de le faire.

Toute pensée et action prend une tournure particulière dans le cadre de l’idéologie. La vie n’est rien d’autre que l’idéologie. Séparer la religion du monde extérieur, faire distinction entre la pensée et les prescriptions religieuses serait une grave et impardonnable erreur.

Dans son livre intitulé, La Querelle entre la Religion et la Science l’écrivain américain Der Pear a défini cette erreur comme suit:
« Lorsqu’il eut officialisé le christianisme dans l’empire romain, Constantin n’hésita pas à y introduire nombre de rites idolâtriques afin d’amener les païens à se convertir à la nouvelle foi. »

Faut-il rappeler qu’en Europe chrétienne, on a toujours cru, depuis le Moyen Âge, jusqu’aux temps modernes où l’existence de Dieu est rejetée, que la religion était un simple rapport entre l’individu et son Dieu, et qu’elle ne jouait aucun rôle dans la vie. Autrement dit, on a toujours pensé que la croyance de l’individu n’avait aucun rapport avec sa vie dans la société.

La consommation immodérée de l’alcool

La consommation immodérée des boissons alcooliques joue le rôle le plus important dans la dégénérescence de la moralité publique. Aussi les sinistres effets que l’alcool exerce sur l’âme, le corps, l’hygiène et les croyances religieuses de l’homme sont-ils indéniables. C’est une évidence que nul individu raisonnable ne peut négliger. IL n’y a pas d’année où ce poison mortel n’envoie aux asiles d’aliénés un bon nombre de gens atteints de troubles alcooliques, et qu’il n’amène des milliers d’autres à tuer, à se suicider, à trahir, à voler ou à faire du scandale.

Ceux qui boivent trop cherchent en général à oublier leurs difficultés et leurs malheurs.

Mais à vrai dire, ils admettent ainsi leur défaite et leur impuissance devant l’adversité. Au lieu d’aller, tête haute, au-devant de leurs problèmes, ils fléchissent les genoux, et recherchent l’oubli. Le monde illusoire, vide de souffrances, qu’ils se font, ne les consolent d’ailleurs que de brefs instants. Une bonne éducation morale pourrait guérir une société affectée par la consommation abusive de l’alcool. L’homme sage se grise par le vin du savoir et non par celui qui détériore sa raison, l’entraîne à la démence et l’abaisse jusqu’au niveau des animaux.

J’ai visité à Hambourg, une synagogue magnifique. Le style de l’édifice et la richesse dont il était pourvu attiraient l’attention de tous. Guidés par le directeur du temple, nous commençâmes à en visiter les différentes parties, et ce qui m’étonna le plus, ce fut une salle destinée aux buveurs! Je demeurai quelques instants déconcerté et ému de ce que je voyais, puis je demandai au directeur si l’on pouvait boire de l’alcool dans la synagogue. Oui, me répondit-il d’un air sérieux, mais jamais en public. Certaines personnes se rassemblent ici pour boire!

L’usage excessif de l’alcool a amené les savants, les autorités et les services d’hygiène occidentaux à en craindre les conséquences. Des organisations telles que celle de la lutte contre l’alcool ont été créées pour faire face à ce mal. Mais l’expérience a montré que de telles organisations n’étaient guère capables d’extirper ce fléau, car, malgré toutes les mesures prises, l’emploi de ce poison mortel ne cesse de croître et il y a tout lieu de craindre que la jeune génération active d’aujourd’hui ne se transforme en une masse d’individus alcooliques réduits à l’impuissance. Les statistiques suivantes révèlent nettement la corruption et la misère causée par l’usage de l’alcool ; elles concernent la France et ont été présentées par les médecins du 24e congrès international de la lutte contre l’alcool: 20 % des femmes et 60 % des hommes malades qui s’adressent aux hôpitaux se rangent au nombre des alcooliques. De même, 70 % des déments et 40 % des patients atteints de maladies vénériennes souffrent des conséquences dues à l’emploi de l’alcool.

En Angleterre, les recherches faites par les spécialistes ont démontré qu’environ 95 % des malades mentaux sont des victimes de l’alcool.

Pour ce qui est de pertes humaines engendrées en France par la consommation de l’alcool, le ministère de la santé publique de ce pays a fait paraître des statistiques que la presse française a qualifiées de choquantes. Selon ces statistiques, le nombre de pertes causées par l’emploi excessif de l’alcool s’élève, en 1956 à une vingtaine de milliers de personnes. De son côté, le secrétaire général du comité international de la lutte contre l’alcool a déclaré qu’en France, 25 % des accidents de travail et 57 % des accidents de voiture ont été provoqués par les buveurs.33

L’ancien président de la République française, Poincaré, qui s’occupait en même temps de la direction de l’association de la lutte contre l’alcoolisme, lit ces déclarations pendant la Première Guerre mondiale:
« Français! Votre ennemi le plus dangereux est l’alcool! Les pertes en vie humaine et en biens que l’alcoolisme a infligées à la France en 1870 sont beaucoup plus considérables que celles que nous a fait subir la guerre actuelle. Cette boisson qui vous semble si délicieuse au goût est en effet un poison mortel, elle vous vieillit avant l’âge. Vous perdrez la moitié de votre vie à cause d’elle. Votre santé en sera gravement atteinte. Dans les hôpitaux de France, 40 % des patients sont ceux qui souffrent de l’alcoolisme. 50 % de ceux qui se trouvent hospitalisés dans des asiles sont atteints de la démence alcoolique. En outre, 50 % des enfants malades qui reçoivent des soins médicaux dans des cliniques de pédiatrie françaises sont directement victimes de l’état morbide de leurs parents alcooliques. Soixante pour cent du budget de la justice française est affecté à la lutte contre l’alcool ; chaque année, la trésorerie de cet État subit un préjudice de 325 milliards d’anciens francs que cause l’usage de l’alcool et que l’on destine aux frais des hôpitaux, des asiles d’aliénés et d’autres établissements de ce genre. La consommation de l’alcool accroît le taux de mortalité humaine de sorte que 55 % des hommes et 30 % des femmes meurent victimes de l’alcoolisme. 95 % des infanticides sont atteints de folie alcoolique et 60 % des jeunes gens pervers sont nés de parents alcooliques. »34

En Allemagne, en une seule année, quelque 150 mille personnes, dont le délit résultait de la consommation de l’alcool ont été appelés à comparaître devant les tribunaux. En 1878, la justice allemande a prononcé 51 348 arrêts contre les femmes qui avaient commis des délits sous l’effet de l’ébriété, chiffre qui, en 1914, s’est élevé à 6031!

En Amérique, un secrétaire d’État a révélé lors d’un discours:
« Pendant dix ans, notre pays a dépensé 18 milliards de dollars pour lutter contre l’alcoolisme. Une centaine de milliers de jeunes ont été envoyés aux maisons de charité à cause de l’alcool, 150 mille personnes coupables de délits divers ont été jetés en prison, 1500 criminels ont été exécutés 2 mille personnes se sont suicidées. 200 mille femmes sont devenues veuves et un million d’enfants orphelins. »

Par ailleurs, le congrès international de la lutte contre l’alcool a déclaré:
« Les dégâts que l’alcoolisme inflige à l’économie française sont dignes d’attention. Selon des enquêtes bien précises, l’alcoolisme alourdit de 128 milliards de francs les dépenses budgétaires de l’État, à savoir, 10 milliards pour les hôpitaux, 40 milliards pour l’assistance publique et les établissements de bienfaisance, 17 milliards pour la sécurité sociale, 60 milliards pour les tribunaux et les prisons! En outre, la diminution de la consommation de raisin porte encore un préjudice d’environ 11 milliards aux finances de l’État, tandis que celui-ci ne gagne que 53 milliards de francs sur la vente de l’alcool. Ainsi nous nous apercevons combien l’usage de l’alcool peut être nuisible à la santé économique d’un pays. »35

Il y a quelques jours, on a annoncé en Union soviétique la nouvelle d’entamer des mesures draconiennes contre l’emploi de l’alcool et l’ivrognerie. Cela pour arrêter les mauvais effets qu’exerce l’alcoolisme sur l’économie du pays. Il y a presque deux semaines, le vice-premier ministre soviétique avait déclaré que des démarches seraient bientôt entreprises pour empêcher l’alcoolisme de se développer dans le pays des soviets. La Pravda écrit:
« En Union soviétique, l’usage de l’alcool a accru le nombre des crimes ; l’absentéisme et l’indiscipline de la main d’œuvre dans les usines. Des décisions encore plus sérieuses seraient prochainement prises à l’encontre de l’ivrognerie. »36

D’après les enquêtes abordées, des cas de crash d’avions ont été provoqués par l’ivresse de leurs pilotes:
« Un spécialiste en psychologie industrielle, le Dr Clément Corn Golde, a montré, à l’aide de ses études, que la plupart de ces chutes ont été enregistrées parmi les avions de ligne et les hélicoptères américains, et en particulier les appareils privés dont les pilotes étaient en état d’ébriété lors du vol. Les dégâts que l’alcool inflige sont-ils insuffisants? Faut-il que d’autres gens en soient indirectement victimes, ceux mêmes qui n’en ont peut-être jamais bu? » 37

Les contradictions du monde contemporain

La révolution industrielle et le développement incessant du capitalisme ont laissé une empreinte indélébile sur la vie matérielle des gens. Le progrès de l’industrie et de la technologie a transformé les gros capitaux en Trusts et Cartels. Ce qui fait que certains ont bénéficié d’une vie de luxe voire légendaire, de sorte que même leurs chiens et leurs chats jouissent d’un grand confort, alors que d’autres se sont trouvés si démunis, qu’ils ne peuvent avec leur misérable salaire, répondre aux besoins les plus urgents de leur vie.

Ces conditions d’oppression et d’injustice engendrées par les organisations sociales du monde actuel, sont véritablement trop pénibles pour les consciences éveillées des penseurs de notre temps. La plupart des malheurs dont souffrait l’homme jadis l’accablent aujourd’hui dans une échelle plus grande.

Dans le monde contemporain, l’excès fait rage sur tous les plans, le contraste entre les modes de vie se manifeste d’une manière écœurante. L’effort déployé par les pays avancés pour faire progresser leur économie ne s’accomplit point dans une mesure universelle et dans l’intérêt de tous les hommes. Ils ne se soucient que de leur propre prospérité, souvent même au prix de la chute d’autres pays et d’autres peuples ; d’où l’écart de plus en plus infranchissable entre les différents pays et les différentes classes sociales. Les statistiques nous montrent que la famine et la pauvreté ravagent aujourd’hui de nombreux pays.

Sur les 2500 millions d’individus, dans les pays sous-développés, 500 millions sont sous-alimentés, et 1500 millions ne mangent pas à leur faim. Ainsi, chaque année 8 millions de personnes environ meurent de faim. Seul au Brésil, 250 mille enfants meurent chaque année, victimes de la sous-alimentation. En Inde, cette mortalité infantile croît en proportion de la population. Les restes d’un repas consommé par une famille américaine moyenne représentent la nourriture de 4 jours d’une famille indienne.38

Dans de telles conditions, des vaniteux manquant de bon sens anéantissent impitoyablement des millions de tonnes de denrées alimentaires, suffisantes à sauver de la mort, des millions de ventres affamés. Leur but? Tenir en main le contrôle des prix et créer un manque artificiel.

Si l’on mettait un frein à ce gaspillage et ces actions inhumaines, personne dans le monde ne souffrirait plus de la faim. Les statistiques suivantes sont une preuve de cette situation déplorable:
« En 1960, 125 millions de tonnes de pains pourrissaient dans les dépôts américains alors que cette quantité de pains aurait suffi à nourrir une année entière, 500 millions d’Indiens. Les États-Unis détruisent chaque année d’incalculables quantités de denrées alimentaires, uniquement pour préserver leurs ressources et pour maintenir le pouvoir de concurrence. Afin de faire durer la pénurie artificielle dans le monde sous-développé, les entreprises capitalistes occidentales ont redoublé leur pression ces dernières années. En entassant les denrées alimentaires dans des entrepôts pour les laisser pourrir, l’Amérique favorise non seulement la famine, mais elle oblige aussi les autres pays à acheter et à vendre leurs vivres à des prix colossaux, infligeant ainsi à l’économie de ces derniers des dégâts irréparables. Ces richesses pillées par un certain nombre d’esprits égoïstes sont en effet comme une arme efficace entre leurs mains, qui sert à exterminer des millions d’innocents. »39

L’illustre philosophe, Bertrand Russel, écrit:
« Durant les 14 dernières années, l’Amérique a payé 4 milliards de dollars à ses agriculteurs pour acheter l’excédent du blé. Des millions de tonnes de blé, d’orge, de maïs, de beurre, etc. pourrissent dans les entrepôts gouvernementaux pour que les prix restent élevés sur le marché mondial ; et des morceaux de beurre et de fromage sont rendus inconsommables à l’aide des matières colorantes, pour empêcher la chute des prix des produits laitiers. »

Si elle se prolongeait encore plus, cette situation aurait d’effrayantes répercussions, à moins que les habitants de cette partie du monde ne changent véritablement leur mode de vie.

Le principal motif de ces actions honteuses et diaboliques n’est autre que la déchéance morale poussée à l’extrême, et c’est la civilisation industrielle sans moralité ni foi qui a engendré une situation si lamentable.

Le célèbre philosophe et sociologue, A.Sorokin, affirme:
« En dépit des progrès considérables dans le domaine de l’industrie et de la technologie, nous nous sentons cependant plus pauvres que jamais sur le plan moral. Les sociétés industrielles ne peuvent guère prétendre être supérieures aux sociétés pauvres et arriérées. Cette civilisation matérielle de notre temps est pleine de contradictions dans ses actes comme dans ses paroles, ses opinions, ses réflexions et ses sentiments.

Dans ses multiples chartes et déclarations, la civilisation matérielle a fermement réclamé l’égalité de droits pour tous les hommes, sans exception. Mais en pratique elle autorise toutes sortes de ségrégations et d’injustices d’ordre moral, religieux, économique, politique, social et familial, etc. elle les met en application avec un fanatisme aveugle.

Elle se déclare partisane de la démocratie. Le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple est son slogan politique. Mais pratiquement, c’est un pouvoir oligarchique, un régime de quelques despotes vaniteux qui domine tout.

Cette civilisation moderne qui souhaite le bonheur et la prospérité de tous, fait naître chez l’homme, les sentiments d’échec, de frustration, d’anxiété et de malheur. Dans ses enseignements, elle rejette l’égoïsme et la vanité, au profit de l’amour du prochain, le collectivisme, etc. tandis que dans la pratique on la voit surtout de nos jours, éprise d’égocentrisme, indifférente au sort d’autrui, prônant la cruauté, l’exploitation des travailleurs et le mercantilisme. »40

Ne constituent que 25 % de la population du globe, les pays développés disposent cependant de 85 % des richesses du monde entier. En revanche, les pays arriérés (75 % de la population mondiale), n’en possèdent que 15 %, et cet écart n’en continue pas moins à s’élargir avec le temps.

D’ailleurs, dans ces mêmes pays riches, les gros capitaux se trouvent entassés dans les mains d’un groupe d’hommes peu nombreux. Aux États-Unis, un comité d’enquête du sénat publia, en 1946, un compte rendu dans lequel il annonçait:
« 5 % des grandes entreprises américaines disposent à elles seules de plus de 80 % des capitaux placés dans l’industrie de ce pays. Plus de 60 % de la totalité des ouvriers qualifiés sont engagés par ces mêmes entreprises géantes qui empochent les 84 % du bénéfice net enregistré par toutes les entreprises industrielles américaines »41

Le directeur de l’agriculture et des denrées alimentaires de l’Organisation des Nations Unies a affirmé:
« Les deux tiers environ de la population mondiale vivent encore en état de faim permanente, et 1,5 milliards d’individus environ, n’obtiennent pas assez de nourritures pour se sauver des griffes de cette calamité. »42

En citant les causes de la famine dont souffrent des millions d’hommes défavorisés dans le monde, De Castro a dit:
« Au cours d’un entretien avec l’ancien Président de la République américaine, Truman, je lui demandai de prendre des décisions, tel que l’on puisse mettre à la disposition d’un centre international, l’excédent de la production agricole et alimentaire de son pays pour le distribuer parmi les peuples défavorisés. En étant que président des États-Unis, me répondit-il, je ne peux pas accepter votre proposition, car nos aides sont inséparables de nos intérêts politiques! »

La civilisation moderne et ses sauvageries

Quoique selon certains sociologues, la guerre soit inséparable de la vie humaine et que celle-ci ait été depuis toujours mêlée avec les hostilités et les meurtres, cependant beaucoup de sociologues et de psychologues ont rejeté cette conception et prétendent que la guerre n’est point un phénomène inéluctable, mais qu’elle résulte plutôt d’une déviation des mœurs et du trouble socio-économique. Aussi doit-on chercher les causes de la guerre en dehors de la nature de l’homme: ce qui permettrait d’exclure ces causes à l’aide d’une saine éducation morale et d’un effort sérieux pour l’amélioration des conditions sociales, et d’éviter ainsi les grandes catastrophes qui peuvent détruire les sociétés humaines.

En dépit des succès brillants et sans précédent que notre siècle ont enregistré dans le domaine de la science et de l’industrie, les guerres sanglantes: de ce 20e siècle passent pour les plus inhumaines dans l’histoire des hostilités entre les peuples, d’autant plus qu’elles ont été déclenchées pour apaiser les désirs matériels de certains expansionnistes.

Jetons un bref coup d’œil sur le dossier noir des guerres qui ont eu lieu au cours des 70 premières années du 20e siècle. Les crimes commis par l’homme civilisé, durant cette courte période seraient peut-être bien plus affreuses que tous les autres crimes perpétrés dans l’histoire des aventures humaines.

Avec sa science, son industrie et ses bombes atomiques, l’occident met à feu et à sang le monde entier et fait gémir les peuples défavorisés, victimes de la déchéance morale des Occidentaux.

Provoquées par les intérêts matériels contradictoires des États colonialistes, les deux guerres mondiales apportèrent des issues désastreuses et fortes regrettables pour l’ensemble de l’humanité. Les taches des crimes et de la cruauté dont firent preuve ces esprits bellicistes du 20e siècle ne peuvent, en aucune façon, être effacés.

Les statistiques concernant les étranges aventures proprement dites sont les suivants:
« La Première Guerre mondiale dura 1565 jours. Le nombre de ceux qui furent tués sur les champs de bataille s’éleva à 9 millions de personnes. Celui des mutilés et des invalides atteigne environ les 22 millions, et les disparus dépassèrent le chiffre de 5 millions.

Ces pertes sont recensées seules sur les champs de bataille. Celles survenues dans les villes sont encore bien plus considérables. Le total des dépenses faites à l’occasion de cette guerre est évalué à 400 milliards de dollars. Selon les estimations du “Comité de bienfaisance” de Carnegie pour la paix mondiale, avec ce budget on aurait pu construire un logement suffisamment confortable pour chaque famille anglaise, irlandaise, écossaise, belge, russe, américaine, allemande, canadienne et australienne. »43

Or, la Grande Guerre mondiale prit fin avec d’immenses pertes et dégâts. Mais à peine les gémissements des survivants s’étaient-ils éteints et les ruines n’en étaient pas encore reconstruites que soudain la Seconde Guerre mondiale fit voir son hideux visage, mettant en peu de temps le globe tout entier à feu et à sang. Dans cette guerre, 35 millions de personnes furent tuées, 20 millions d’hommes furent mutilés de bras ou de jambes, 17 millions de litres de sang furent versés, 12 millions cas d’avortements involontaires furent aussi signalés.

La destruction de 13 mille écoles primaires et lycées, celle de 6 mille universités, et de 8 mille laboratoires, fit partie des dégâts infligés par cette seconde guerre mondiale, sans compter les 390 mille milliards d’obus qui ont éclaté en l’air!

En 1945, les Américains larguèrent deux petites bombes atomiques sur le Japon: l’une sur Hiroshima, l’autre, trois jours plus tard sur Nagasaki. À Hiroshima, 70 mille personnes périrent et autant en furent blessées. À Nagasaki 40 mille environ furent tuées, et il y eut le même nombre de blessés. Les bâtiments subirent de considérables dégâts. Même les enfants et les animaux domestiques furent comptés parmi les victimes de ce cataclysme. Cinq jours plus tard, les Japonais reconnurent leur défaite devant les Américains et déclarèrent leur reddition sans conditions.

Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, la presse publia la nouvelle suivante:
« Le gouvernement soviétique a fait passer, aux usines américaines, la commande de fabriquer quatre millions de jambes artificielles destinées à l’usage de ses soldats mutilés! Cela parce que les firmes soviétiques, quoique travaillant à plein temps, ne pouvaient satisfaire ce besoin en jambes artificielles! La seule solution était alors de s’adresser aux fournisseurs américains! »

Les deux bombes atomiques qui, en août 1945, furent lâchées sur Hiroshima et Nagasaki ne contenaient chacune que 235 unités d’uranium, 239 unités de plutonium et 335 mille tonnes de TNT. Tandis qu’une bombe nucléaire ordinaire est 5 mille fois plus puissante que cette larguée sur chacune de ces villes. Et une bombe à hydrogène est 5 millions de fois encore plus destructrice.

Une seule bombe atomique suffit à détruire complètement des villes comme New York, Paris, Londres ou Moscou. Pour le transport d’une bombe de ce genre, il n’est plus nécessaire qu’un pilote dévoué prenne le risque de voler à travers les dangereux réseaux de défense ennemis ; les missiles autopropulsés sont capables d’atteindre une cible située à 2000 miles. Toute expérience nucléaire s’avère efficace sur un champ de 7000 miles.

Selon l’enquête du docteur Linus Powling, célèbre chimiste américain et détenteur du prix Nobel, les bombes de puissance en mégatonnes sont terriblement dangereuses ; dans les premières heures d’une guerre éventuelle, 175 millions de personnes périraient dans les pays les plus peuplés du globe rien qu’avec l’explosion de 10 mille bombes de puissance en mégatonnes. Notons qu’à l’heure actuelle, les États-Unis possèdent 240 mille engins de cette sorte, l’Union soviétique 80 mille et l’Angleterre environ 15 mille! Un ancien officier de l’état-major général de l’armée américaine, Newman, estime à propos d’une guerre qui aurait lieu à l’avenir:

« Les pertes de la guerre future ne se limiteraient pas aux seules forces armées ; cette guerre finirait par faire périr tous les peuples. Les femmes et les enfants n’en seraient pas plus épargnés, car les physiciens ont arraché aux hommes soldats leur devoir de guerre pour le remettre entre les mains des machines et des engins automatisent qui ne font point de distinction entre militaires et civils. Nous ne vivons plus dans les périodes où l’on se battait sur les champs d’honneur et au pied des forteresses. Les batailles actuelles s’étendent jusque dans les villes et les villages: car, disent les nouveaux théoriciens les principales forces de l’ennemi ne se trouvent pas dans le corps de ses troupes, mais dans ses villes, ses usines, son commerce, son économie, etc. Donc, si une guerre se déclenchait, ce serait ces lieux qui les premiers seraient bombardés par l’aviation de combat ennemie, avec des bombes à charge explosive, toxique ou bactériologique.

Ces deux guerres qui jetèrent le monde dans l’abîme du mal qui provoquèrent tant de malheurs et de désarrois, n’exercèrent aucune influence sur la morale des peuples occidentaux: morale qui enivrée des richesses matérielles et des boissons alcooliques ne subit aucun changement et ne put tirer une leçon de ces deux douloureuses épreuves passées.

Aujourd’hui, une nouvelle guerre se déclenche chaque jour, quelque part dans le monde, et il y a lieu de craindre que les hostilités régionales ne se transforment soudain en une grande guerre mondiale, détruisant d’un bout à l’autre les bases de la civilisation humaine. Elle est égale à la moitié du total de tous les capitaux constitués chaque année dans le monde. »

Selon les renseignements recueillis par la fédération mondiale des ouvriers, 70 % du personnel des organisations scientifiques du monde travaillent, d’une manière ou d’une autre, pour le compte des industries de guerre.

De nos jours, les armes de destruction générale sont tellement effrayantes que la victoire n’aurait plus de sens, s’il se déclenchait une troisième guerre mondiale, car, dans cette guerre, il n’y aurait plus ni vainqueur ni vaincu, et dans très peu de temps l’humanité finirait par disparaître.

Le savant russe A. Sorokin, affirme:
« Notre problème fondamental en cette période n’est pas de savoir si le capitalisme prévaut contre le communisme ou si le nationalisme l’emporte sur l’internationalisme. Il consiste plutôt à rechercher une culture pouvant remplacer la culture matérielle actuelle, et comme je l’ai souvent dit, notre époque est une sorte de purgatoire entre deux civilisations, une étape de transition inévitable. Pendant les deux guerres mondiales, les parties en conflit prétendaient chacune que la paix ne pouvait être rétablie qu’en supprimant la partie adverse. Par exemple, lors de la Première Guerre mondiale, on croyait que si l’empereur d’Allemagne Guillaume II était détrôné, ou l’Angleterre anéantie, la guerre ne tarderait pas à prendre fin. On ne pouvait soupçonner le déclenchement d’une seconde guerre. Les gens pensaient que si Hitler démissionnait, si Churchill succombait à une crise cardiaque, si Mussolini n’était pas né, si Hirohito avait déchu, et enfin si au lieu de Staline, Trotski s’emparait du pouvoir en Union soviétique, il n’y aurait nullement lieu de s’inquiéter!

Nul d’entre eux n’existe aujourd’hui, cependant la crise demeure fiévreuse et l’humanité en est plus inquiète que jamais. En vérité, ce ne sont pas Guillaume II, Hitler, Mussolini, Churchill ou Staline qui sont les promoteurs de la crise du XXe siècle, puisqu’ils étaient eux-mêmes engendrés par la crise. D’autres les auraient remplacés s’ils n’avaient pas existé et peut-être même auraient-ils été plus cruels.

Ces types d’individus sont comme les pustules d’un corps dont le sang a été altéré. On peut les presser avec les doigts et les arracher de leur place. Mais d’autres boutons viendront sûrement les remplacer, à moins que l’on ne s’occupe d’un traitement fondamental du sang malade. »44

Oui, c’est dans un monde où l’on fonde des sociétés pour protéger les animaux, et où l’on se sert du cœur des morts ou du cœur artificiel pour sauver quelque malheureux de la souffrance, que jour et nuit, des bombes incendiaires sont larguées sur des gens sans défense et que l’on procède à des massacres en masse avec les armes sophistiquées.

Des établissements tels l’ONU et la Convention européenne du droit de l’homme sont apparemment créés contre l’oppression et en faveur de la justice tandis que des milliers de malheureux meurent de la famine ou dans les guerres que font éclater les politiques contradictoires.

Toutes ces prétendues associations de la défense du droit de l’homme, et dont beaucoup de membres se disent réprobateurs de la guerre, ne sont-elles pas elles-mêmes les responsables du déclenchement des hostilités?

Ceux qui veulent résoudre les différents par la diplomatie, et qui ne cessent de louer la paix universelle, n’exercent-ils pas en cette même qualité de diplomatie d’inéquitables et d’inhumaines pressions sur leurs prochains?

Quant aux autorités de l’Église, elles font de la propagande au nom de la religion en se servant des slogans qui plaisent à tous, telles que le pacifisme et la réprobation de la guerre et de l’effusion de sang. Ce moyen qu’elles utilisent ne peut être juste, attendu que la paix n’a en soi aucun sens. Si l’on veut lutter contre la guerre et le massacre de façon efficace, c’est aux causes qu’il faut s’en prendre. Il faut en fait lutter contre les facteurs qui sont à l’origine de ces phénomènes.

Les vieillards de l’Europe n’ont certainement pas oublié l’infâme entente entre Rome et les criminels nazis et fascistes.

Ségrégations raciales

Ségrégations raciales45

Le racisme, étant l’œuvre de l’imagination d’un certain écrivain ou philosophe, ne croit pas à l’égalité des peuples. Les partisans et les propagateurs du racisme exigent que la meilleure et la plus puissante race du monde l’emportent sur les autres, et que les races les plus faibles lui obéissent.

Sans parler du fait que de telles opinions sont considérables comme nettement incompatibles avec la philosophie de l’existence humaine et les principes de la liberté individuelle et collective, et qu’elles causent la décroissance des peuples affaiblis, il y a tout de même lieu de dire que selon la science et l’histoire et dans la vue de beaucoup de spécialistes et de philosophes contemporains, la théorie de la supériorité de race est un fait illusoire et sans fondement valable.

« En partant de ce principe qu’aucune race pure n’a été vue jusqu’à présent, et qu’aucune vérification scientifique n’est arrivée à en trouver une, les experts en la matière sont d’avis que la race aryenne n’est qu’une légende et il n’est nullement certain qu’une race nommée aryenne ait existé dans l’histoire. Mais ce dont on ne doute pas, c’est que les langues aryennes ont existé ; mais l’on voit souvent différentes races parler la même langue. »46

Une des raisons pour lesquelles se déclencha la Seconde Guerre mondiale réside dans la naissance, en Allemagne hitlérienne, du national-socialisme, philosophie qui se fondait sur la supériorité de la race. Le but ultime d’Hitler était d’étendre le territoire allemand et de créer un puissant État « germanique » au cœur de l’Europe.

Pendant tout le temps de son gouvernement tyrannique, ce régime entreprit de former des congrès et de lancer une vaste propagande, à l’aide de quoi il s’attira les forces nationalistes dont il tira largement profit dans le sens de ses visées expansionnistes.

Le Docteur Gustave Lebon dit:
« L’élément auquel un rôle prépondérant fut attribué dans nos sociétés fut la théorie de l’origine des races, qui importait grandement aux yeux des hommes d’État d’autrefois, elle était au centre de leurs intérêts politiques, elle fut à l’origine des hostilités sanglantes. Elle établit la paix armée et elle finit par causer de vastes destructions. Ce qui donna lieu à l’expansion de cette idée fut ce rêve selon lequel on pensait que le peuple le plus puissant et le plus écarté du danger serait celui dont le territoire national est le plus vaste, et la population la plus nombreuse. Mais la vérité, c’est que de pareils peuples sont normalement plus près d’être vaincus »47

L’idée de la supériorité du Blanc sur le Noir, et les valeurs pourries qu’on attribue à telle ou telle race connaissent encore une vogue extraordinaire dans les pays les plus avancés du monde.

Dans le berceau de la civilisation, être Noir, c’est être coupable. Les Noirs y sont pratiquement privés, en grande partie, de leur légitime liberté et de leurs droits humains. Dans certains États de l’Amérique, les Noirs ne sont pas, suivant la loi, autorisés à épouser les Blancs. L’accès aux écoles, aux universités et aux hôpitaux que fréquentent les Blancs leur est interdit. Ils n’ont pas non plus le droit d’entrer dans les lieux publics, les restaurants et les hôtels destinés à l’usage des Blancs. Dans les autobus et les moyens de transport public. Ils ne sont pas autorisés à prendre place aux côtés des Blancs sur les mêmes sièges. Plus honteux encore, c’est que dans certaines églises, on ne donne pas aux Noirs la permission d’entrer et de participer au culte!

L’ancien Président de la République Américaine fit, en février 1963, les déclarations suivantes devant le congrès:

« Sans parler d’un État particulier (des États-Unis), il faut dire que tout enfant noir né aujourd’hui aux États-Unis n’aura que la moitié de la chance d’un enfant blanc pour entrer à l’école. IL en aura le tiers d’accéder à l’université ou de devenir technicien spécialisé, ainsi il aura 2 fois plus la chance de se trouver au chômage. »

Selon l’enquête faite par la revue Informations et Reportages, dans onze États américains, les Noirs sont privés du droit de vote, du libre choix de leurs domiciles, d’entrer librement dans les restaurants, les magasins et beaucoup d’autres lieux publics et pour ainsi dire ils sont privés de jouir dignement de la vie.

Dans les États de l’Alabama, du Mississippi et de la Caroline du Sud, aucun écolier noir, pouvant faire exemple, ne se voit dans les établissements d’enseignement public!
« Depuis 1954, l’année où la Cour suprême des États-Unis décréta que les Noirs seraient, comme les Blancs, en droit de fréquenter les écoles publiques, 4 % seulement des enfants noirs ont été admis dans les établissements destinés à l’usage des blancs. Dans beaucoup de cas, l’inscription d’un enfant noir a fini par susciter des querelles et l’intervention des forces de l’ordre »48

Dans leur lutte suivie contre les Noirs, les Blancs n’hésitent pas à leur faire subir de toutes les cruautés. Leurs actions font venir à l’esprit, la sauvagerie et les crimes du Moyen Âge. La déclaration mondiale du droit de l’homme n’a pu mettre un terme à cette grande injustice. Dans une époque où la conquête de l’espace est réalisée par l’homme, le fanatisme ethnique et le racisme ne cessent de sévir contre le monde, et la différence de couleurs a amené les hommes à creuser entre eux des fossés infranchissables.

Le célèbre philosophe A. Sorokin affirme:
« Je ne suis pas d’accord avec celui qui dit: “l’Est est l’Est ; l’Ouest est l’Ouest, car aucun des deux ne rencontrera l’autre.
Pourquoi ne se rencontreraient-ils pas? Quelle différence y a-t-il entre les hommes? Jésus avait dit, il y a près de deux mille ans, que la supériorité de l’homme dépend de sa bonne intention, de sa bonne œuvre et de son affection, tandis que nous autres, gens civilisés du XXe siècle, nous estimons que la supériorité de l’homme dépend du sang et de la couleur de sa peau!

Hitler était un malfaiteur, disait-on, qui croyait en la supériorité de race. Mais jetez un regard au tour de vous-mêmes, partout il y a de petits Hitler qui sauveraient la face, s’ils le pouvaient, de leur maudit prédécesseur, idole des nazis. Regardez l’Afrique du Sud! Voyez cette même Amérique. Partout règne le racisme. D’ailleurs, je crois que la guerre au Vietnam était une guerre de races, déclenchée parce que la race blanche occidentale se sentait supérieure à la race jaune asiatique. »49

En Afrique du Sud, les Noirs constituent les 3/4 de la population. Cependant, ils sont brutalisés par les Blancs ségrégationnistes. Dans ce pays, la ségrégation raciale repose sur une loi nommée “apartheid”, qui sépare totalement les Noirs des Blancs. Selon cette loi, les Blancs vivent séparés des Noirs, des Indiens immigrés et des mulâtres. L’acte de l’état civil, du ressortissant sud-africain indique non seulement les faits relatifs à son état, mais il détermine aussi sa race. Et chaque race ne peut voyager que par de propres bus et trains ; elle ne peut fréquenter que les églises et les restaurants qui lui sont propres ; elle ne se sert que des stations de taxis et des kiosques de téléphone qui lui sont destinés ; et enfin elle se fait soigner dans de propres hôpitaux, et après sa mort, elle est enterrée dans les cimetières qui lui sont destinés!

En Afrique du Sud, l’union des Noirs avec les Blancs est vivement interdite. Dans les zones habitées par les Blancs, les gens de couleurs ne peuvent assumer que de basses œuvres médiocrement rémunérées.

Dans ce pays, les gens sont classés suivant leur race. Cette classification détermine les limites de leur pouvoir et de leur liberté: où et comment ils doivent vivre, avec qui sont-ils autorisés à se marier, quel emploi doivent-ils choisir, quelle sorte d’éducation peuvent-ils suivre, etc. Le nombre des prisonniers noirs s’élève des fois à un demi-million.

Au point de vue juridique le sort des Noirs est entièrement entre les mains des Blancs (tous les juges sont Blancs). Aucune loi ne protège les Noirs. En voici un exemple:
“Dans une ville sud-africaine, au sein d’une famille blanche, est née une fille qui a la malchance d’être Noire! Le tribunal raciste sud-africain chargé de juger cette affaire a décidé que nul Noir ne fait légalement partie d’un foyer Blanc. Cette fille est alors expulsée de chez elle et renvoyée du quartier des Blancs pour être élevée à Johannesburg chez les Noirs. Le tribunal a seulement permis au père de cet enfant de la ramener chez soi comme servante!

Le père contrarié a déclaré:
« Je demande à la Cour suprême sud-africaine de casser cette sentence inhumaine rendue au détriment de ma fille et je ferai tout mon effort pour la faire rentrer comme membre de ma famille. Mais, si je n’arrive pas à lui rendre son droit, je préfère la confier à une famille vivant hors de ce pays qui voudrait bien l’accepter. »50

L’incident survenu à Sharpeville est aussi un exemple flagrant des crimes des racistes sud-africains:
« Le 21 mars 1960, des manifestations eurent lieu dans plusieurs villes de l’Afrique du Sud, contre la loi qui imposait aux Noirs de porter toujours sur soi leur carte d’identité. À Sharpeville, un certain nombre d’Africains démunis de cette carte, procédèrent à une manifestation silencieuse dans la rue du commissariat de leur quartier, dans l’intention d’être arrêtée par la police. Celle-ci, au lieu de les arrêter, ouvrit le feu, tuèrent 69 d’entre eux et blessèrent 180 autres. »51

Quel est le nom de cette sauvagerie? De quelle émotion humaine inspire-t-elle? N’entend-on pas défendre l’esclavage par tous ces crimes et actes de violence? N’est-ce pas l’esclavage proprement dit que de maintenir les Noirs dans la sujétion? Quel a été le résultat de la résistance à l’oppression, de sous ces soulèvements et de protestations dans le monde? Quelle doctrine abolitionniste a-t-elle pu, jusqu’à nos jours effacer cet acte cruel?

Dans son livre intitulé l’Affranchissement des nègres, le célèbre écrivain américain, Harry Harriod écrit ce qui suit:
« Il est vrai que l’esclavage n’est plus pratiqué aujourd’hui comme au Moyen Âge. Cependant il reste en vigueur sous forme de classification, et les Noirs sont toujours gardés dans un état d’infériorité par rapport aux Blancs. Les lois oppressives les privent de leurs droits les plus évidents. Ils sont facilement condamnés à mort, et les gens (les Blancs) cherchent le plus petit prétexte pour les maltraiter sans trop dissimuler leur attitude et d’autant plus, sans craindre d’être poursuivis par la police! »

Ébranlement dans l’ordre familial

Le foyer familial, où se déroule la vie de l’homme, constitue l’unité de base de la société humaine et exige avant tout, de l’affection et tendresse. Il ne sera un bon abri calme et agréable que si de solides liens d’amitié et de confiance mutuelle unissent ses membres. L’homme a particulièrement besoin de quiétude et de calme intérieur, et plus les liens spirituels se consolident entre les membres d’une famille, plus le bonheur y étendra ses ailes.

Avant la révolution industrielle, les Occidentaux menaient une vie simple et modeste. Le milieu familial débordait de sérénité et d’ardeur. L’homme, afin d’assurer les subsistances de son ménage, travaillait à l’extérieur, et les activités de la femme qui s’adonnait surtout à l’éducation de ses enfants ne dépassaient pas l’enceinte du foyer.

Un des premiers impacts du développement industriel qui exigeait une multiplication de la main-d’œuvre fut qu’hommes, femmes et enfants se voient entraîner vers les usines et les entreprises privées ou publiques. D’où une modification totale de la situation urbaine qui suscitait des efforts considérables pour mieux vivre ou plutôt pour sauver les apparences.

À la suite de ce changement dans le mode de vie qui causait un éloignement entre les membres d’une famille, les liens conjugaux devinrent fragiles et l’affectivité parentale diminua. La femme éprouva des doutes sur son attachement à son foyer et ses enfants et s’en trouva si désintéressée qu’elle ne put assumer ses entières responsabilités. Désormais la femme qui accomplit deux métiers parallèlement, l’un en tant qu’ouvrière ou fonctionnaire, et l’autre en tant qu’épouse et mère de famille ne sera plus apte à remplir entièrement ses engagements à l’égard de son foyer. La contrainte d’arriver à l’heure à son lieu de travail et d’y consacrer une bonne partie de son temps, fait qu’en rentrant chez elle, elle ne peut éprouver que de la fatigue et découragement.

En outre l’apparition du fléau destructeur de la société, c’est-à-dire le droit à une liberté absolue et illimitée, a fait disparaître la pudeur (principe fondamental pour la santé du foyer familial) dans la majorité des familles et n’a causé que leur malheur. Ajoutons que beaucoup de valeurs morales et les principes respectés et accoutumés qui trouvaient leur origine dans la religion, ont aussi perdu leur sens.

Aujourd’hui, dans les pays civilisés, l’accroissement constant du nombre de divorce est devenu un grave problème social, et les dirigeants se trouvent face à une dangereuse impasse.

La moindre différence d’avis entre les époux provoque des querelles interminables et pour le moindre malentendu, les fondements d’une famille sont détruits. En outre, lorsque le caprice fait son apparition au seuil d’une vie conjugale, l’union disparaît pour céder la place à la désunion et mésentente.

L’origine de certains divorces est de petits problèmes faciles à résoudre. Montrez de l’indulgence et un peu de dévouement, comble le fossé entre les époux et dissipe tout malentendu et désaccord. La tolérance manifestée de la part de l’un des époux, ne fait que consolider les liens conjugaux et approfondir leur amitié et leur affection.

« Depuis quelque temps ont été fondés, en Allemagne de l’Est, des centres d’orientation ayant pour but de conseiller les couples, et de résoudre leurs problèmes conjugaux afin d’éviter les divorces. Médecins et juristes y apportent leur concours et les journaux ont consacré des rubriques à ce sujet. Ils déclarent que la principale cause du taux croissant de divorce est en rapport direct avec le taux croissant des femmes actives. Dans ce pays, l’insuffisance de revenus des familles a contraint environ soixante-dix pour cent des femmes mariées d’entreprendre une activité à l’extérieur, afin de contribuer aux chargés du ménage. Soixante pour cent de ces femmes ont des enfants. Il semble évident que l’activité professionnelle d’une part et le rôle de ménagère et mère de famille de l’autre, ne font qu’exercer une telle pression sur les nerfs de ces femmes, que l’aboutissement n’en pourrait être que d’incessantes querelles avec leurs maris ou même le divorce. »52

Tolstoï, le célèbre savant russe a dit:
« Il faut chercher la cause de la multiplicité de divorces, dans les multiples droits et faveurs accordés aux femmes en considérant leur sensibilité excessive et leur humour instable! Quoique d’autres facteurs non négligeables concourent à cette cause, à savoir la démoralisation due au machinisme, de l’homme et de la femme, les fréquentations continuelles des deux sexes, qui engendre inévitablement d’une part l’accroissement des rapports illégitimes, et de l’autre la discorde entre les conjoints ; et enfin l’activité professionnelle de la femme, etc.

Il y a quelques années, un club new-yorkais entreprit de préparer des statistiques sur le nombre des mariages et des divorces dans les deux villes de New York et de Washington. Les responsables du club s’aperçurent que dans les cinquante dernières années, les artistes de ces deux grandes villes formant d’ailleurs un nombre considérable avaient atteint le pourcentage le plus élevé parmi tous les divorcés. Les résultats obtenus amenèrent les responsables du club à procéder à une autre enquête du même genre à Hollywood pendant les soixante années précédentes. Mais le nombre des divorces y fut si considérable, voire vertigineux, qu’ils renoncèrent à le rendre public. »53

Selon un rapport publié par la passe anglaise, l’année précédente l’Angleterre aurait battu tous les records de divorce dans le monde ; et la moitié de ces divorces auraient eu pour cause l’infidélité.54

Concernant la multiplicité de divorcée aux États-Unis un écrivain affirme:
« Si l’on suppose en moyenne un cas de divorce sur cent mariages, de 1881 à 1890, on s’étonnera peut-être de voir que ce chiffre a été multiplié par dix durant les années 1940 à 1949. Ce qui signifie un cas de divorce sur quatre mariages.

En 1956, en Californie, pour 87 452 cas de mariage, il y a eu 42 471 cas de divorce, c’est-à-dire un divorce sur deux mariages.55

La revue Wake, publiée aux États-Unis écrits:
« Pendant les dix dernières années, le taux de divortialité en Suède a augmenté de dix pour cent ; et dans les 50 dernières années, il a eu une croissance de mille pour cent »56

En 1890, les tribunaux français se sont prononcés pour 9785 cas de divorce dont 7000, sur la demande des conjointes ; et cette proportion de plus de 70 pour cent s’est sans doute accrue à l’heure actuelle...

Le nouveau problème qui, après la première et surtout la Seconde Guerre mondiale, a suscité la diminution du nombre des mariages est sans doute la corruption morale, à laquelle la jeune génération s’est donné libre cours. Cette jeunesse corrompue, insouciante et libertine a participé également dans la hausse du nombre des divorces. Après avoir comparé les statistiques sur le mariage des femmes divorcées, au cours des différentes années. De Plessis démontre que le nombre de ces remariages a considérablement accru, il ajoute:
« La croissance relative du nombre des femmes remariées par rapport à celles qui se marient pour la première fois relève sans doute de la multiplicité de divorces après la guerre de 1914-1918. »57

L’année dernière, 30 mille cas de divorce ont eu lieu en France: étant donné la hausse constante de ce chiffre, la fédération des familles françaises a eu l’initiative de réclamer au gouvernement de remettre en vigueur la loi de 1941, abolie en 1945 ; selon les termes de cette loi, durant les trois premières années du mariage, le divorce est absolument interdit à quelque titre que ce soit. « La même loi s’applique également en Angleterre, sauf dans deux cas: Violence et sévices extrêmes de la part du mari ; infidélité et corruption excessives de la part de l’épouse.58

La plupart des femmes américaines divorcent après deux, huit, ou vingt-six mois de vie commune au maximum ; et chaque année, cent cinquante mille enfants demeurent ainsi victimes du divorce. Suivant une autre estimation, aux États-Unis vivent actuellement trois millions d’enfants dont les parents se sont séparés pour différentes raisons.59

En citant d’effroyables statistiques sur le nombre de divorces dans son pays: le célèbre écrivain américain, Losson, affirme:
« Quiconque ayant une certaine conception humanitaire, souffre sans doute d’une telle situation critique et désire y porter remède. Il est à souligner, ajoute-t-il, que quatre-vingts pour cent de ces divorces ont lieu à la demande des épouses ; et c’est là qu’on doit chercher la cause de la croissance de ce fléau social pour y mettre assurément un frein. »

Malheureusement dans notre pays aussi le membre des divorces a eu une hausse vertigineuse, en particulier par les classes qui suivent inconditionnellement le mode de vie occidental.

Durant les dix dernières années dans la seule ville de Téhéran il y a eu plus d’un million de cas de divorce, survenus à la suite des querelles déclenchées par les dépenses excessives de la toilette féminine. Certes le nombre de ces divorces est bien plus élevé que le chiffre ci-dessus emprunté aux journaux60. Selon les statistiques officielles, en 1339 (1960 de l’être chrétien) il y a eu à Téhéran 15 335 cas de mariage et 4839 cas de divorce: soit environ un divorce sur trois mariages.61

Et comme les journalistes se sont renseignés auprès des services de l’état civil, soixante-seize pour cent de ces divorces ont eu lieu à la demande des femmes occidentalisées et les artistes. Or, cette hausse du taux de divorce est une alerte contre le grand danger en cours. Et si notre société ne revenait pas à ses solides traditions et convictions islamiques, avec l’expansion de la prostitution et le modernisme destructeur, le taux de divorce continuerait sans nul doute à croître davantage dans toutes nos villes, et l’ordre familial s’écroulerait dans un grand nombre de ménages ou les caprices et tentations ravageuses ont trouvé leur place.

Amour pour les animaux

Les marques d’affection données au chien et la façon d’être généreusement à leur petit soin vont jusqu’à l’extravagance chez certains Occidentaux.

Un étudiant iranien faisant ses études de médecine en Allemagne disait:
« Une fois j’ai prévenu mon propriétaire contre les risques de l’échinocoque ténia du chien qui produit chez l’homme les kystes hydatiques. Lui, qui aimait passionnément son chien et l’embrassait bien souvent, en le couvrant de baisers, n’a pas voulu me croire. Alors, je fus obligé de lui montrer mes livres médicaux, traitant ce sujet. Après les avoir lus, il m’a demandé stupéfait pourquoi, les médecins et les universitaires, eux-mêmes sont si attachés à leurs chiens et les gardent chez eux. Je lui ai répondu que beaucoup de gens, dont certains médecins, ne se soucient guère de leur santé et font ce qu’ils veulent. »

Citant une revue américaine, le bulletin de l’Association iranienne de la Protection des Animaux écrit que cette revue demande à ses lecteurs passionnés des chiens et pour la plupart des femmes de répondre sincèrement aux questions suivantes:
1- Lequel aimez-vous le plus, votre chien ou votre époux!
2. Si votre chien est autant affamé que vous-même et la nourriture disponible est de petite quantité, la donnerez-vous à votre chien ou vous la mangerez-vous vous-même?
3- Est-ce que votre chien dort dans votre chambre?
4- Est-ce que vous pleurerez réellement la mort de votre chien?
5- Est-ce que vous considérez votre chien, comme un animal ou plus?
6. Si votre chien mordait la jambe de votre enfant et en revanche il recevait un coup de pied, voyant l’un en train de pleurer, et l’autre ne cessant de hurler, lequel des deux caresseriez-vous le premier?
7. Si votre chien et votre mari tombaient malades en même temps, appelleriez-vous d’abord le médecin ou le vétérinaire?
8. Au bureau, pensez-vous souvent à votre chien?
Après le tri et le classement des 75 000 lettres parvenues, voici les résultats:

1- Environ les deux tiers des lecteurs ont répondu: nous aimons notre conjoint lorsqu’il aime notre chien! Et bon nombre d’entre eux ont exprimé que leur chien comptait plus que tout.
2- Soixante mille personnes ont répondu qu’ils donneraient le repas à leur chien, même s’ils mouraient de faim, car la vie du chien l’emporte sur la leur!
3- Quarante-neuf mille lecteurs, pour la plupart des femmes, écrivirent: notre chien dort dans la même chambre que nous ; car il est meilleur que n’importe qui!
4. Les deux tiers des lecteurs ont dit qu’ils pleureraient la mort de leur chien, et qu’ils feraient même des offrandes! S’il échappe à un danger.
5- Presque la totalité des lecteurs a écrit qu’ils attachaient une importance primordiale à leur chien, et qu’ils voyaient en lui quelque chose de spirituel!
6- En réponse à la sixième question, ils écrivirent qu’ils essayeraient de calmer en même temps tous les deux.
7- En réponse à la septième question, ils écrivirent qu’ils appelleraient d’abord le vétérinaire, et ensuite le médecin!
8- Tous les lecteurs ayant une activité professionnelle dirent que leur chien leur importait trop pour ne pas penser à lui au bureau et même partout ailleurs.

Comme c’est drôle d’entendre de pareilles choses ; attribuer au chien un rang spirituel, et verser des larmes pour sa mort, mais ne se soucier guère de la mort des milliers d’êtres humains qui se soulèvent pour l’indépendance et la liberté et qui se trouvent impitoyablement calcinés sous les bombes incendiaires.

Coucher un chien dans sa chambre ; mais ne pas permettre aux Noirs, de fréquenter des lieux publics. Appeler immédiatement le vétérinaire pour soigner un chien, et ne pas éprouver le moindre chagrin, en voyant mourir des milliers d’hommes, de la maladie, de la pauvreté et de la faim.

Aux États-Unis, des magasins spéciaux ont récemment mis en vente dix sortes d’Eau de Cologne pour chiens. On y vend même des pâtes dentifrices créées spécialement à leur intention ; et même ceux qui le désirent pourront acheter les meilleurs produits de toilette canins. Le rapport publié par la revue Time, sur le nombre considérable des chiens dans les grandes villes, prouve l’attachement excessif des gens à cet animal:

« Certaines grandes villes, en particulier Londres, Tokyo et Mexico-city, sont devenue littéralement des lieux d’habitation pour les chiens qui par leur nombre ont rendu pénible la vie des habitants et ont pris leur part dans la pollution de l’environnement. Le nombre des enfants mordus par les chiens suit une courbe ascendante. Les grandes villes déjà bruyantes, sont devenues davantage plus bruyantes par les aboiements des chiens. On compte à Tokyo 280 mille, à Los Angeles 300 mille, à New York 500 mille, à Londres 700 mille, et à Mexico-City plus d’un million de chiens. D’une façon générale, on peut dire que les chiens vont mettre le monde en désordre. »62

La revue Animal publiée en France écrit:
« Aux États-Unis, les propriétaires des chiens dépensent chaque année 300 millions de dollars pour la parure et l’habillement de leurs bêtes. Dans des villes telles que New York, San Francisco, Chicago, Los Angeles, etc. Il y a des salons spéciaux où l’on ne s’occupe que de la toilette canine: ils y sont bien nombreux et presque toujours pleins de clients. En outre, pour avoir un diplôme de coiffure canine on doit faire un apprentissage de six mois à un an dans des écoles spécialisées. Dans presque toutes les grandes villes des États-Unis, il existe un à quatre cimetières pour les chiens. Le ‘commerce mortuaire’ y est fort épanoui et leurs responsables gagnent chaque année des sommes considérables sur les obsèques des chiens décédés. »

Or, dans ce même pays d’Amérique où l’on dépense autant d’argent pour l’embellissement des chiens, il y a cinq millions de chômeurs qui souffrent de la faim ; et qui sont prêt à accepter n’importe quelle basse besogne afin d’assurer leur subsistance. La protection des animaux (dans tous les domaines) est une bonne action humaine ; mais les êtres humains abandonnés et souffrants ne sont-ils pas dignes de recevoir au moins autant d’affection et de tendresse que les animaux par les hommes dits “civilisés”?

On est vraiment étonné de tant de contrastes! Dans notre monde, chaque jour des milliers de personnes meurt de la faim ; mais des centaines de millions de dollars sont dépensés pour des chiens.

L’aperçu de tous contrastes inhumains et cet égoïsme déplacé de l’Homme du XXe siècle ont amené des savants réalistes, tels que le docteur Carrel à hausser la voix et déclarer au monde, civilisé:
“Refaites le plan de la civilisation humaine”, car l’actuelle civilisation a dépourvu l’Homme de ses qualités méritoires. »

Les manques, carence affective

Par sa constitution physique et sa caractéristique biologique, la femme présente un cas bien particulier, de par son rôle déterminant dans la vie. Parallèlement à ses quantités et ses capacités physiques, ses caractéristiques maternelles l’ont dotée d’une affectivité innée, qui l’amène comme premier devoir, à protéger et chérir son enfant. C’est à l’abri de l’affection et la tendresse maternelles que les désirs de l’enfant sont satisfaits et il peut s’épanouir ; et rien au monde ne pourrait les remplacer. Quoiqu’elles soient dûment équipées et conformes aux normes d’hygiène, les pouponnières et les écoles maternelles ne peuvent jamais satisfaire les besoins affectifs de l’enfant. Les enfants privés de l’affection et des caresses maternelles seront en proie à toutes sortes de complexes. Mais, dans le monde occidental, la femme, travaillant hors de son foyer, a outrepassé les limites de ses obligations et de ses responsabilités ; oubliant sa vocation, elle a brisé une des traditions incontestées de la vie et de la nature.

Ni le système communiste ni la civilisation matérialiste occidentale ne sont capables de modifier la nature humaine. Ils ont privé la femme de son vrai statut, lui ont ôté son principal devoir ; et ont entraîné les dépravations morales et sociales. Les troubles et les confusions manifestés, par suite de ses complexes, chez l’enfant privé de l’affection maternelle ne sont aucunement remédiables. Les psychologues disent:
« Un éducateur qui exerce son métier sans éprouver du plaisir et dans le seul but de pourvoir à sa subsistance, qui ressent de l’antipathie à l’égard des enfants, qui perd vite patience, qui est nerveux et manque de confiance en soi, n’est point capable de conduire dans la bonne voie l’émotivité des enfants qui lui sont confiés »63

À propos de l’erreur des familles européennes, le célèbre savant, Dr Alexis Camel s’exprime comme suit:
« La grande erreur des sociétés contemporaines réside dans le fait que dès le premier âge de l’enfant le foyer familial et le giron maternel sont remplacés par les crèches et les écoles. Il faut dire que ce phénomène découle de la trahison de la femme. Une mère qui confie son enfant à l’école maternelle pour s’occuper de son métier et de ses caprices artistiques et littéraires, ou pire encore, passe son temps dans les parties de bridge et aux cinémas ne fait qu’éteindre la source de chaleur auprès duquel son enfant peut se développer et s’instruire convenablement. Les enfants qui vivent au sein de leur famille ont un meilleur développement par rapport à ceux qui sont confiés aux internats et vivent avec d’autres pensionnaires de leur âge. Le caractère de l’enfant interne se forme dans le cadre de son environnement. Il apprend peu de choses de ses camarades de son âge et lorsqu’il est abaissé à une unité, parmi tant d’autres dans son école, il ne s’épanouit plus comme il faut. Pour un développement convenable, tout individu a besoin d’une solitude relative et de l’attention portée à son égard par la petite société familiale. »64

Voici un reportage sur les désordres familiaux et les souffrances des femmes dans les sociétés civilisées apparues à la suite de l’abandon de leurs principaux devoirs de femme:
« Aux États-Unis les 25 pour cent des femmes qui s’adressent aux tribunaux pour divorcer souffrent de différentes sortes de troubles psychiques mentaux ; chaque année, cent cinquante mille enfants sont victimes de la séparation de leurs parents. »

Aujourd’hui, la femme américaine rentre chez elle exténuée ; son rôle dans la société urbaine ne lui donne comme fruit que le trouble psychique, elle le reconnait bien, or, elle souffre chez elle aussi.

Des millions d’Américaines prennent régulièrement des tranquillisants et consultent les psychiatres ; enfin, elles sont toujours déprimées et abattues. Cette dépression vient de leur intense activité dans la société urbaine ; une société robotisée et pleine de vacarmes. Le Dr George Milli, spécialiste en psychologie des adolescents, déclare:
« La plupart des troubles psychiques des jeunes provient de leur enfance et ce sont les mères qui en sont responsables. L’enfant qui ment, qui maltraite les animaux, qui ne respectent pas les lois de la société, a été sans doute privé des soins de sa mère. De nos jours, le principal métier des femmes américaines s’est réduit aux seuls travaux du ménage. »65

Aujourd’hui les relations et les affections entre parents et enfants sont fragiles, mal assurées. Les enfants, par manque de tendresse, n’éprouvent plus de responsabilité et de devoirs filiaux envers leurs parents. Il arrive souvent que les membres d’une même famille ne se rencontrent guère. Le comportement des parents à l’égard de leurs enfants âgés d’un peu plus ou moins de dix-huit ans devient inconsidéré voire brutal. On a vu plus d’une fois que les parents ont chassé leurs enfants du foyer familial dès que ceux-ci ont atteint l’âge de la majorité. Ainsi ils se trouvent obligés d’abandonner la maison paternelle et de vivre seuls. Mais si jamais les parents autorisaient leurs enfants à rester chez eux, ils devraient contribuer à la subsistance du ménage. Ce genre de comportement n’a que des effets néfastes, surtout sur l’esprit des jeunes filles, qui cependant préfèrent vivre seules plutôt que de rester en famille. Se trouvant seules, éloignées de la famille, et n’ayant pas un guide soucieux, elles seront amenées à choisir la compagnie d’autres jeunes qui les fait souvent tomber dans toutes sortes de corruptions.

De nos jours, les relations entre les individus sont froides, tendues et dépourvues de toute affection. L’amitié mutuelle, vivifiant le cœur de l’homme semble écrasée dans l’engrenage des machines industrielles. À vrai dire, on n’entend plus parler du dévouement, de l’indulgence, et de la solidarité. Et quant aux amis de chacun de nous, ils ne dépassent peut-être guère le nombre des doigts de la main.

En réalité, pour fonder son nouvel ordre social, le monde civilisé a détruit tout ce qui est humain chez l’Homme. Les gens coopèrent entre eux selon les articles de la loi, alors qu’ils se sentent, dans leur cœur, écarté les uns des autres. Les gens ne s’entraident pas. Le devoir et la bonne volonté ont perdu leur vrai sens.

Lorsque j’étais hospitalisé en Allemagne, malgré le peu de nombres de mes visiteurs, j’en avais quand même bien plus que les Allemands hospitalisés dans le même service. Ce fait paraissait très étonnant pour le personnel de l’hôpital, mais surtout pour l’un des malades, un professeur de l’université en Allemagne, hospitalisé à cause du cancer. Celui-ci souffrait moins de l’approche de la mort que du comportement inhumain de sa femme et de son fils, qui lui avait fait leur dernier adieu, dès qu’ils avaient appris qu’il allait mourir. Son fils avait vendu, pour trente marks, le corps de son père à l’hôpital qui achetait les cadavres en vue de dissection.

Conclusion de la partie 1

Cette réalité amère nous fait comprendre jusqu’à quel point l’affectivité humaine tend à disparaître dans les sociétés civilisées. À l’heure actuelle, la régression des principes moraux et l’extension de la dépravation sociale sont indéniables. En reconnaissant cette vérité douloureuse, les grands penseurs cherchent à y remédier. Ils connaissent bien l’étendue du malheur ; ils ont ressenti la nécessité de lutter contre l’insoumission et l’insouciance et de bâtir un nouveau monde fondé sur la loi et les bonnes vertus. Cependant ceux qui se trouvent noyés dans ce genre de vie, se sont aperçu qu’elle est totalement vide, et qu’elle ne pourrait jamais offrir à l’homme le bonheur souhaité.

Il semble bon d’entendre cet aveu intéressant et assez explicite de la bouche même de l’actuel Président américain lors de sa prestation de serment: « nous nous trouvons riches en ressources, mais nous avons le moral instable. Tandis que nous faisons la conquête de la lune à la perfection, sur la terre, nous souffrons d’une discorde écrasante. Nous sommes en proie à la guerre ; nous voulons la paix. Nous sommes démunis par la duplicité, nous cherchons l’union. Nous sommes noyés dans une vie totalement vide, nous espérons la satisfaction. Devant la crise matérielle qui nous a engloutis, nous avons besoin d’une réponse juste, et pour la trouver, il faudra seulement que nous nous référions à nous-mêmes. Prêtons l’oreille à l’appel de notre conscience, nous verrons qu’elle s’honore de la bonté, la pudeur, l’amour, la tendresse, etc.

Le célèbre savant physiologiste français, le Dr Alexis Carrel, écrit:
« Nous avons besoin d’un monde où chaque individu puisse retrouver sa place méritée, et où la matérialité et le spiritualisme ne soient pas disloqués. Nous devons connaître l’art du savoir-vivre. Aujourd’hui, la plupart des gens sont esclaves de leurs caprices. Ils sont enivrés du confort matériel que la technologie moderne leur a procuré et ils ne veulent point renoncer aux avantages de la civilisation moderne. Tout comme les eaux d’une rivière qui se jettent dans un lac ou se perdent dans un marécage, notre vie suit aussi la pente de nos désirs et glisse vers les profits matériels excessifs et la satisfaction des plaisirs dégradants. Le monde moderne basé sur la matérialité ne peut nullement satisfaire les besoins de l’homme. L’homme civilisé a donné priorité à la matière ; il a sacrifié la moralité à l’économie, et il a préféré la quiétude au travail. Cependant rien ne pourra l’empêcher de se sentir étranger dans ce monde où le progrès de la technologie fait miracle. Depuis des siècles, l’homme civilisé ne cesse de s’enliser davantage dans cet abîme. L’homme-robot est une pure création, non pas de la nature, mais du libéralisme et du marxisme. L’homme n’a pas été créé simplement pour la production et la consommation. Dès sa révolution, il a été curieux et en quête de la beauté, de la dévotion, de l’amour, du dévouement, et enfin aux actes de courage et d’héroïsme. Limiter l’homme exclusivement à des activités économiques, c’est tout comme lui ôter une grande partie de sa personne. Donc, le libéralisme et le marxisme minorisent les principaux penchants de l’homme. » 66

Si le monde actuel veut déraciner cette décadence et toutes ces dépravations, il n’y a pas d’autre solution que de s’inspirer des renseignements des prophètes. Oui, tant que le ciel de l’esprit de l’homme est assombri par les nuages de désir, de vice et de caprice, tant que le profane et les impuretés le gardent enchaîné et empêchent sa perfection morale, il n’y a aucun espoir pour son salut.

Tant qu’on ne se penche pas profondément sur la véritable nature humaine et aux valeurs spirituelles, le vrai bonheur n’apparaîtra pas à l’horizon de la vie.

  • 1. Les archéologues affirment que la vie de l’homme a connu différentes étapes. Des civilisations se sont épanouies, pour finir par disparaître. Les traces retrouvées difficilement des profondeurs de la Terre en sont témoins. Cette dernière période pourrait être commencée par l’époque d’Adam.
  • 2. Dieu des deux Kaaba, p.19
  • 3. L’Islam et les autres, p.42
  • 4. Il est question ici de l’écrivain lui-même.
  • 5. Will Durant, Histoire de la civilisation, tome 18, p.351.
  • 6. Albert Mallet, Histoire, tome III, p.247
  • 7. Histoire de l’Évolution sociale, tome II.
  • 8. Idem
  • 9. Encyclopédie du XXe siècle, tome VI, p.598.
  • 10. Histoire de la Liberté de la Pensée, p.147.
  • 11. Citation retraduite du persan.
  • 12. Civilisation islamique et arabe, p.407.
  • 13. Albert Mallet, Histoire, Tome III, p.226.
  • 14. Du livre: Religion en URSS, p.7.
  • 15. La congrégation à caractère international ou se rassemblent une fois tous les cent ans, les hauts dignitaires du clergé catholique venant des cinq parties du monde. Les grandes affaires relevant de la foi y sont soumises à l’examen. Dans le dernier conseil de ce genre tenu au Vatican, on a compté quelque sept mille prélats des différentes églises du monde. La tenue de ce conseil, réparti en trois sessions de deux mois, dure une année. Et selon les sources officielles, le budget destiné à ce conseil s’élève à 650 millions de lires italiennes environ.
  • 16. Du quotidien: Swedentschezeitunq.
  • 17. La colonisation et les Missions chrétiennes.
  • 18. L’Islam et le Déséquillibre de la classe intellectuelle, p.298.
  • 19. Les plaisirs de la Philosophie.
  • 20. De la revue iranienne Khandaniha, 15e année, N° 11
  • 21. Divorce et Modernisme, p.34.
  • 22. Comment réussir ?
  • 23. Encyclopédie Britanique, tome 23, p. 45.
  • 24. Du livre: Les Lois sexuelles, p.304.
  • 25. Du journal iranien Ettelaat, N° 10414.
  • 26. Du journal iranien Sepid-o-Siah, N° 370.
  • 27. Du journal iranien Keyhan, N° 5356.
  • 28. Du journal iranien Tandorost.
  • 29. Ettelaat, N° 13015.
  • 30. L’Esprit des Lois, p.32.
  • 31. Du journal iranien Ettelaat Haftegui, N° 1089.
  • 32. Du livre: Dieu des deux Kaaba p.227.
  • 33. Du journal iranien Tandorost, N° 12, 5e année.
  • 34. Khandaniha, N° 7, 26e année.
  • 35. Tandorost N° 12, 5e année.
  • 36. Ettelaat, N° 13108.
  • 37. Khandaniha, N° 37, 26e année.
  • 38. Du journal iranien Ferdowsi.
  • 39. Du journal iranien Rochanferk. N° 719.
  • 40. Dieu des deux Kaaba, p.145-146.
  • 41. Samuel King, sociologue.
  • 42. L’homme affamé, Josué de Castro, N° 8, p.26.
  • 43. Le monde dans le 20e siècle.
  • 44. Dieu des deux Kaaba, p.150-151.
  • 45. Notons que certaines lois (concernant les Noirs) citées dans ce chapitre ont changé depuis.
  • 46. Histoires des Religions, p.219.
  • 47. Bases morales de l’Évolution des Peuples, p.194.
  • 48. Du journal iranien Tehran Mossavar, N° 1174.
  • 49. Dieu des deux Kaaba, p.198.
  • 50. Keyhan, N° 7013.
  • 51. Ettelaat, N° 13149.
  • 52. Keyhan, N° 6926.
  • 53. Divorce et Modernisme, p.94-95.
  • 54. Keyhan (1960).
  • 55. Idem.
  • 56. Sociologie, p.295.
  • 57. Divorce et Modernisme, p.92.
  • 58. Khandaniha, 25e année, N° 103.
  • 59. Ettelaat Haftegui, N°1206.
  • 60. Idem.
  • 61. Le quotidien Donya.
  • 62. Ettelaat, N° 13241.
  • 63. Psychologie de l’enfant, p.297.
  • 64. L’homme, cet être inconnu, p.260.
  • 65. Ettelaat Haftegui, N°1206.
  • 66. Us et coutumes de la vie, p. 15,34.