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La Direction

A l'approche de la mort du Saint Prophète la question délicate de la direction de la Ummah devint d'actualité. Pendant les vingt-trois premières années du Mouvement islamique, la raison principale de son progrès était l'extraordinaire capacité du Saint Prophète à la direction, à la guidance et à l'organisation. Dans l'analyse historique, cette capacité apparaît comme le plus merveilleux des principaux facteurs qui contribuèrent au succès de l'Islam. Mais qu’en est il après le décès du Prophète?

Le nouveau système avait porté ses fruits alors que le Prophète était encore vivant. Le Coran avait été révélé, les fondements du système social et intellectuel islamique fixés. Cependant, les enseignements islamiques exigeaient la présence d'un Superviseur et d'un Interprète digne de foi. Autrement ils pourraient être exposé à l'altération et à un mauvais usage.

Le Saint Prophète avait donné lui-même la solution de ce problème. Il avait en effet choisi Ali et l'avait présenté aux Musulmans comme étant leur " Walî " (maître). Ali avait reçu le meilleur entraînement. Il était à la tête des pionniers qui avaient lutté pour le succès du mouvement et fait des sacrifices pour lui (ce mouvement). Il était, plus que tout autre, imprégné des enseignements islamiques et familiarisé avec eux.

Mais l'histoire ne se termine pas là. Immédiatement après le décès du Prophète, la situation prit un nouveau tour.

Le Califat fut accaparé lors d'une réunion d'un nombre limité de personnes qui se hâtèrent de nommer un calife parmi elles. Ainsi, la question de direction prit un cours différent. Les troubles ne tardèrent pas à commencer et le progrès du mouvement en pâtit. Dans certains domaines, notamment dans celui de la justice social et de l'idéologie, le mouvement souffrit énormément. En tout cas, le nouvel arrangement avait beaucoup de partisans.

Trois principes de l'efficacité des mouvements historiques

L'efficacité de tout grand mouvement historique dépend largement de trois éléments essentiels: le système idéologique, la direction, et l'existence d'une solide équipe de partisans et d'autres potentialités. Avant la disparition du Saint Prophète, un système mondial vivant avait été mis en place et un groupe relativement solide de Musulmans entraînés avait été formé. C'est pourquoi, malgré l'absence d'une direction convenable par la suite, le poids de ce système et la présence de ses partisans bien organisés constituèrent des facteurs assez viables pour pousser le mouvement en avant. Le progrès rapide de l'Islam au cours du premier siècle et le grand mouvement scientifique et académique des siècles suivants, ainsi que le grand rôle joué par l'Islam dans la culture et la civilisation humaines, furent tous dus à l'efficacité du système et aux efforts des vrais et vaillants Musulmans.

Les êtres humains comme agents de la rétribution divine

Comme nous l'avons déjà dit, l'effondrement de l'injustice et de la corruption est inévitable. Dans le passé lointain, pour vaincre les gens injustes et ceux qui niaient la Vérité, l'intervention de facteurs surnaturels et la rétribution céleste étaient habituels, mais cela n'arrivait qu'après l'envoi d'un message et d'un avertissement clair. 1

A notre époque, l'homme a intellectuellement mûri et il a atteint un degré de perfection relative. II peut maintenant réaliser que les privations sociales, la discrimination indue et bien d'autres calamités sont aussi une sorte de punition.

En s'aidant de son sens commun et de son intuition, il peut sentir les conséquences de ses mauvaises actions et anticiper son avenir. Il peut maintenant utiliser sa volonté et sa détermination pour combattre l'injustice et la corruption; il n'a pas à répéter ce que dirent les Israélites:

«Allez toi et ton Seigneur, et combattez tous deux; nous, nous restons ici».2

Car maintenant la rétribution naturelle est imposée à travers les êtres humains.3 Cette position aussi est conforme à l'ancienne Tradition divine consistant à éliminer les difficultés qui se dressent sur la voie de l'évolution. C'est la raison pour laquelle le Mouvement Islamique ne fut accompagné d'aucune punition divine durant l'époque du Prophète,4 et seul le jihâd et l'effort humain jouèrent un rôle décisif dans l'éradication du système corrompu. C'est ce qui explique pourquoi nous trouvons que l'histoire de l'Islam est riche en guerres d'émancipation.

Les larges masses des peuples des pays envahis par les Musulmans accueillirent les envahisseurs à bras ouverts parce que tout d'abord l'atmosphère de leurs pays était suffocante, et qu'elles vivaient dans la contrainte, et ensuite parce qu'elles étaient sûres de la justice et de l'esprit émancipé de l'Islam. Ces peuples savaient bien que le compagnon musulman leur avait apporté justice et liberté. C'est pourquoi, dans certains cas, les portes des cités avaient été volontairement ouvertes devant l'avancée de l'Armée musulmane, et les soldats musulmans avaient été heureusement surpris de constater que les déserteur des rangs de l'ennemi se joignaient à eux et se battaient côte à côte avec eux contre le système injuste et inhumain qui prévalait dans leur propre pays.

Le respect de la culture et des valeurs humaines d'autrui

L'avance humaine vers les autres pays ne signifiait pas la destruction de tout dans ces pays. Certes, le système social injuste fut remplacé, les fausses divinités et la croyance aux mythes et aux fables religieuses cédèrent la place à la croyance en Un Dieu et à une pensée réaliste, mais les fruits de la culture et de la pensée philosophique, ainsi que les organisations sociales utiles et avancées ne furent pas perturbés.

Le mouvement de l'Islam avait pour but d'aider l'évolution de l'histoire et non de la stopper ou d'en inverser le cours. L'Islam est venu pour construire et améliorer et non pour détruire et dégrader.

Il est intéressant de noter que l'Islam a joué un grand rôle dans la préservation et la renaissance des anciennes cultures de l'Inde, de la Grèce, de l'Iran et de la Mésopotamie. En encourageant la connaissance des pensées des autres et l'investigation dans ce domaine, et en incitant les Musulmans à étudier l'histoire et les mouvements historiques des peuples antérieure, à voyager à travers les régions lointaines et à y ramasser tout ce qui était positif, l'Islam suscita une activité de traduction, d'écrits, de compilation et d'investigation sans précédent, dans la dernière partie du premier siècle, activité qui s'épanouit encore davantage pendant le deuxième siècle et les suivants, pour devenir un événement marquant dans l'histoire de la culture. Tout cela était le résultat de la formation islamique.

En réalité, la tradition évolutive de l'histoire requiert que les réalisations des nations antérieures soit plus développées. Bien que l'histoire humaine soit pleine de hauts et de bas, de déviations, de pauses et de rétrogradation, la réaction du mouvement réformateur et révolutionnaire conduisait toujours, en général, à de bons résultats. Il existe beaucoup d'exemples illustrant ce point, spécialement dans l'histoire islamique. En somme, on peut dire que l'histoire s'acheminait vers l'avant.

La corruption de la direction

Nous ne devons pas oublier que les porteurs du Message de l'Islam (les gouvernants) étaient des hommes qui avaient acquis, d'une façon ou d'une autre, de l'influence dans les cercles islamiques. Et en tant qu'hommes, ils avaient diverges émotions et passions, et pouvaient même parfois être disposés à devenir oppressifs et déloyaux envers le système.

C'est le système idéologique lui-même qui guide et modifie l'action des individus et la conserve au cours de l'évolution.

Mais il est nécessaire, pour conserver son pouvoir constructif, que le système soit conduit, administré et interprété par des dirigeants dignes de foi, au courant de ses fondements, et disposés à tenir leurs engagements.

Si la direction elle-même a une disposition à la corruption, et que malgré les instructions du système, elle s'implique dans la thésaurisation de la fortune, la discrimination de classe, la vie luxueuse et dans d'autres vices, le système cesse d'être efficace par manque d'adeptes sincères.

Dans un tel cas, progressivement, les principales instructions du système sont déformées, car les gouvernants essaient de garder tout sous leur contrôle pour servir leurs propres intérêts, faute de pouvoir oser s'opposer directement et ouvertement au système, étant donné que, tout en étant usurpateurs, ils doivent leur position et leur pouvoir au système lui-même. En outre, ils doivent tenir compte des sentiments du public et du soutien populaire au système. De là, ils prétendent publiquement être les champions de la défense du système, mais ils enfoncent un poignard dans son dos secrètement.

Cette tragédie survint vraiment dans l'histoire de l'Islam. Les gouvernants corrompus des Omayyades et des Abbassides n'étaient pas des produits authentiques de l'Islam. Ils se sont emparés de la direction de la société musulmane contre tous les critères islamiques. Puis, pour édifier le haut palais de leur propre pouvoir, ils se mirent à dénaturer l'Islam avec l'aide de leurs agents stipendiés qu'ils avaient choisis parmi les historiens, les prêcheurs, les "traditionnistes" et les exégètes. Dans ce processus, ils ébranlèrent l'entité islamique éducatrice de l'homme.

En fait, tel fut le sort de tous les grands mouvements de l'histoire. Il arrive souvent qu'après s'être installés, les pionniers tombent en proie à l'égoïsme et aux dissensions, et que pour obtenir le pouvoir ils commencent à se battre entre eux.

Progressivement, les buts et les objectifs du mouvement sont sacrifiés aux individus. Le système est utilisé au service des dirigeants, alors que ceux-ci ne rendent aucun service valable au système.

La résistance interne

Cette situation demande une action de l'intérieur de la société. Face à cette tragédie, l'Islam détient un brillant record de soulèvements internes. L'agitation contre 'Othman, le troisième Calife, la grande épuration interne sous le Califat de l'Imam Ali (P), la résistance héroïque de l'Imam al-Hussayn (P), puis son martyre, les mouvements académiques de l'Imam al-Bâqir (P) et de l'Imam al-Çâdiq (P) en vue de la renaissance du système, les soulèvements sanglants des Alawites et des descendants de l'Imam al-Hassan (P), ainsi que d'autres événements qui eurent lieu en Iran, en Egypte et dans d'autres pays musulmans durant les règnes des Omayyades et des Abbassides, tous ces mouvements survinrent en réaction contre la situation odieuse créée parles gouvernants et le système corrompu imposé de force par eux (les détails de ces mouvements intérieurs doivent être abordés dans un livre à part).

En tout cas, pour remédier à une telle situation, l'Islam a prescrit les principes de vigilance, de sacrifice de soi, de jihâd intérieur (auto-réforme) ainsi que l'exhortation au bien et l'interdiction du mal.

Les envahisseurs influencés

Les guerres et les conflits internationaux cristallisent les événements marquants de l'histoire.5

L'objectif des croisades était inhumain. Elles furent lancées contre les Musulmans par ceux qui souffraient de rigidité mentale, de préjudice, de conceptions erronées, de discrimination de classe, de stagnation intellectuelle, de retard éducationnel, et de fossilisation médiévale.

Ces guerres furent déclenchées dans le but de s'opposer à une nouvelle religion et à un système mondial qui croyaient aux valeurs humaines et qui avaient remplacé la discrimination et l'inégalité par la justice et l'égalité, et mis à la place du paganisme la ferme croyance en Un Dieu. Le résultat fut une terrible effusion de sang, une destruction à grande échelle et beaucoup d'incidents ignobles qui se poursuivirent pendant plus d'un siècle.

Même dans cette situation, l'Islam joua son rôle constructif. Les croisés se mélangèrent aux Musulmans et découvrirent la grande et riche culture de l'Islam de leurs propres yeux. Ils furent les témoins oculaires du système social avancé des Musulmans, de leurs bibliothèques, leurs centres éducatifs, leurs lois sociales, leurs organisations sociales, leurs centres civiques et toutes les autres réalisations sociales et intellectuelles.

Il s'ensuivit que les yeux et les oreilles des croisés furent ouverts. Ils sortirent donc de leur environnement fermé et de l'étroitesse suffocante de leurs systèmes intellectuel et social. Leur plus grande réalisation, au-delà de toute cette effusion de sang et de ce combat, fut leur contact avec la culture et les principes idéologiques de l'Islam.

L'Europe se réveilla après un sommeil de mille ans. La pénétration de la culture de l'Islam en Espagne et sur les côtes françaises, ouvrit les portes d'une nouvelle culture et d'une nouvelle pensée aux Européens.

Les travaux et les livres islamiques furent traduits de plus en plus en langues européennes. On peut dire justement qu'au début, le progrès industriel et scientifique, et les changements sociaux dans la nouvelle Europe et pendant la période qui suivit la Renaissance, furent inspirés de la culture musulmane.

Un triple effort

Pour assurer l'évolution historique, l'homme doit se battre sur trois fronts.

a) Il doit faire des efforts pour découvrir les lois de la nature, soumettre les forces naturelles et les utiliser.

b) Il doit combattre les rapports sociaux injustes et assurer la justice, la liberté et les droits humains.

c) Il doit contrôler ses passions, combattre l'égoïsme, les vils désirs et les maux intérieurs.

L'Islam a incité ses adeptes à entreprendre une action sur tous les trois fronts. Il a mis en avant, à cet égard, ses enseignements et ses plans, les a expérimentés et les a mis en pratique jusqu'à un certain point.

L'Islam a également fait l'expérience de la formation d'une société juste et libre et mis en avant les vraies grandes lignes des droits humains. Ce que l'homme a pu apprendre dans ce domaine, après avoir subi des guerres prolongées et des tribulations terribles, l'Islam l'avait déjà enseigné.

Ce qui est plus important que toute autre chose, c'est que les instructions que l'Islam a données dans le "grand jihâd" consistent en la formation du caractère et l'auto-contrôle. Ces instructions sont pratiques et détaillées, et encadrées dans un vaste programme.

L'Islam a produit également des hommes modèles qui peuvent être un exemple idéal pour les autres. Le fait que l'histoire de l'Islam soit riche en ce genre de modèles, peut être considéré comme le plus grand miracle de ladite histoire.

Le monde contemporain obtient des succès rapides sur le premier front. Beaucoup de grandes réalisations scientifiques et industrielles ont permis à l'homme de contrôler la nature. Et étant donné que l'homme utilise ses réalisations scientifiques pour son succès matériel et pour la satisfaction de ses désirs, il est probable que le progrès dans ce domaine se poursuivra sans arrêt.

Pour ce qui concerne le second front, on ne peut pas nier que quelques grands changements sociaux aient eu lieu et que la lutte pour opérer d'autres changements radicaux se poursuive. Tout au long de l'histoire, on a assisté à certains succès sur ce front aussi. Mais le problème demeure encore irrésolu. On peut dire que ce qui a été accompli, n'est que le début d'un long voyage.

En tout cas, la grande question est de savoir si la lutte contre les bases d'un pouvoir acharné à déployer son autorité dans le but d'exploiter les gens et de piller leurs ressources naturelles et humaines peut déboucher facilement sur un succès final? Est-ce que les acteurs internationaux empreints de malveillance, qui ont tant d'astuces dans leurs bagages et qui inventent même de nouvelles méthodes pour dévorer les nations, laissent faire l'homme opprimé et réprimé?

Le voyage est long. Des sacrifices, des mesures adéquates, d'autres efforts sont nécessaires pour s'assurer ce succès.

Le succès sur ce front ne peut pas être atteint sans obtenir de succès sur le troisième front. L'histoire a soif de vrais hommes, et aujourd'hui, cette soif devient intense. Il y a un vice spirituel. On a l'impression que l'humanité a été oubliée. Les sentiments humains sont piétinés.

L'endurance, le sacrifice de soi, l'humanisme, la liberté spirituelle, la pureté, la renonciation à l'égoïsme et l'égoïsme étroit sont des besoins universels. L'acquisition de ces qualités est essentielle pour que des hommes purs puissent être capables d'utiliser les réalisations du premier front au profit de l'homme, et non au service du mal, ni pour la satisfaction de leurs propres désirs, et pour qu'ils puissent trouver, sur le second front, une atmosphère libre et humaine dans laquelle la terre pourra être remise à des hommes droits. Le Coran dit: «Mes serviteurs intègres hériteront de la terre».

Le triomphe final de la vérité

L'Islam annonce une bonne nouvelle selon laquelle le plus haut et le dernier stade du cours de l'histoire est nettement heureux. Il affirme que l'apogée de l'histoire et la fin des efforts humains enregistreront le triomphe total et logique de la vérité et de la justice.

Mais ce stade n'arrivera qu'après que:

a) Le monde sera devenu plein d'oppression, de tyrannie, de contradictions extrêmes, et prêt à exploser;

b) Les guerres étendues et prolongées, régionales et mondiales, auront débouché sur une destruction et une effusion de sang à grande échelle;

c) Les partisans d'une authentique révolution mondiale finale de l'histoire auront été prêts à la déclencher.

Cette révolution finale (prédite par le Prophète de l'Islam) aura lieu sous la direction du plus grand Réformateur divin et révolutionnaire, le Madhi Promis, et aboutira à la purification permanente, à l'amélioration de l'environnement, au développement ininterrompu de la personnalité et à une vigilance totale et bien déterminée.

Le résultat sera l'émergence d'un homme équilibré et pleinement développé, doté de tous les talents et valeurs, dans une société mondiale unique.

«Nous voulions favoriser ceux qui avaient été opprimés sur la Terre, et Nous voulions en faire des chefs et des héritiers; Nous voulions leur donner le pouvoir sur la Terre et montrer à Pharaon, à Hâmân et leurs armées ce dont ils avaient peur». (Sourate al-Qaçaç, 28: 5-6)

  • 1. «Nous n'avons jamais puni un peuple avant de lui avoir envoyé un messager». (Sourate al-Isrâ’, 17: 15)
  • 2. Sourate al-Mâ'idah, 6: 24
  • 3. «Combattez-les: Allah les châtiera par vos mains». (Sourate al-Tawbâh, 9: 14)
  • 4. «Allah ne veut pas les châtier, tant que tu es parmi eux, pas plus qu'IL ne les châtie tant qu'ils demandent pardon». (Sourate al-Anfâl, 8: 33)
  • 5. «L'écume s'en va au rebut, mais ce qui est utile aux hommes reste sur la Terre». (Sourate al-Ra'd, 13: 17)