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L'homme

La philosophie scolastique soumit la position de l'homme à un Dieu conçu par l'Eglise médiévale qui s'était inspirée du point de vue de l'ancienne Grèce sur ses dieux, et mélangea cette conception avec quelques mythes religieux. Or les dieux grecs avaient une relation hostile avec l'homme, et on considérait qu'ils appréhendaient l'accession de l'homme au Feu Sacré, et son acquisition par lui de la connaissance et de la force. Ils voyaient en l'homme un rival qui devait être contrôlé par tous les moyens possibles.

Les seigneurs des espèces, dont on croyait qu'ils contrôlaient les forces de la nature, avaient peur que l'homme ne maîtrisât ces forces et qu'il ne soumît la nature.

L'histoire du Paradis d'Adam fut présentée comme une tentative faite par Dieu pour cantonner l'homme dans l'ignorance. On représentait l'Arbre Interdit dont l'homme était censé ne pas manger, comme un arbre du Savoir, dont l'homme ne devait pas s'approcher de crainte qu'il ne s'érigeât en Dieu.

Bien plus, on croyait que la désobéissance d'Adam était un péché éternel et le signe de la perversité complète de la nature humaine. Finalement, pour sauver l'homme et le délivrer son péché originel, Dieu avait dû apparaître Lui-Même dans corps de Jésus-Christ à travers le Saint Esprit. La spiritualité devint donc la spécialité des successeurs de Jésus et des hommes de l'Eglise.

De ce point de vue, l'homme est un pécheur méprisable. Et seuls les ecclésiastiques méritent la bénédiction divine. La clé des trésors cachés étant entre leurs mains, on doit s'approcher d'eux pour son salut.

La connaissance fut confinée aux doctrines chrétiennes et toutes les facultés intellectuelles furent vouées à la discussion et à l'interprétation des textes religieux. La vertu résidait donc dans l'attachement à l'organisation de l'Église établie.

L'homme croyait être privé de la Grâce divine, parce qu'il était captif entre les mains des gardiens du sanctuaire du fils de Dieu. Comme il avait tout perdu, l'homme fut obligé de se rendre avec résignation. Ce qui disparut totalement dans ce processus, ce fut le respect de soi. Telle fut la position de l'homme dans l'Occident d'avant la Renaissance.

L'apparition du nouvel humanisme

Cette situation a suscité naturellement une réaction. La Renaissance débuta comme une révolte contre la conception de Dieu qui prévalait à l'époque, et elle suscita la renaissance de l'homme. L'humanisme prit racine sous une nouvelle forme et essaya d'affranchir l'homme de la servitude du Dieu, qui lui avait été imposée.

Mais hélas! L'homme ainsi émancipé fut remis entre les griffes de nouveaux dieux humains, et placé sous une nouvelle servitude, à savoir le mécanisme, l'expansion et la diversification de la consommation, ainsi qu'une course à l'exploitation et aux profits.

Le mode de pensée fut libéré de toutes les entraves des doctrines médiévales. Les sciences fleurirent, mais furent toutes mobilisées au service de la cause de l'augmentation de la production et de l'exploitation.

Etant donné que toutes les contraintes avaient été enlevées, et que la pression avait conduit à la liberté, l'homme s'adonna au libertinage et à la permissivité, et sa vie devint insensée (comme dans le cas du libéralisme occidental).

Une fois de plus "l'homme" fut donc oublié, et la question qui continua à se poser était: Qu'est-ce que l'homme? Que devrait-il être? Que devrait-il faire pour rester homme et atteindre la perfection humaine?

L'homme du point de vue coranique

L'histoire d'Adam, telle qu'elle est décrite dans le Coran, montre qu'au cours de son développement matériel et de ses changements physiologiques1, l'homme atteignit un stade où il obtint une nouvelle naissance2 avec l'infusion de l'Esprit Divin3. Puis au cours de son développement normal, il a soudainement connu un nouveau changement à la suite duquel il s'est transformé en un être4 d'autant plus superbe qu'il a été exigé, même des anges, de lui obéir5, et que les forces du monde lui ont été subordonnées.

L'Arbre Interdit n'est pas l'arbre de la connaissance dont on ne devait pas s'approcher, mais un arbre de désir qui devait être contrôlé. Il est un moyen par lequel l'homme teste sa force de volonté et sa force d'auto-contrôle. Même la désobéissance de l'homme est un symbole de la liberté qu'Allah lui a garantie.

Allah a choisi l'homme comme Son lieutenant sur la Terre6, c'est dire qu'IL lui a donné autorité et pouvoir. Bien plus, tout ce que l'homme peut utiliser et contrôler dans les cieux lui a été asservi également.7

Allah ne craint pas l'homme. IL l'encourage à s'établir sur la Terre8 et à utiliser toutes les forces cachées dans les montagnes et dans les plaines.9

La domination et le contrôle de l'homme sur la Terre et la mer constituent l'une des exigences de sa dignité.10

Selon le Coran, l'homme n'est pas un être prédestiné11 ni n'a toute liberté de mener une vie sans finalité.12

Il a été pourvu de beaucoup de capacités, de dispositions, et de motivations, accompagnés d'une sorte de direction intérieure13 et de guidance innée14 qui, si elles ne sont pas corrompues, le conduisent à la vérité, à la connaissance15 et à tous les stades d'habilité créative, y compris les stades des découvertes fondées sur l'expérience antérieure, ceux de l'invention de nouveaux outils et équipements lui donnent la possibilité de contrôler la nature, et ceux de l'accroissement de ses capacités à dépasser toutes les difficultés qu'il peut rencontrer.

En outre, l'homme est aussi le porteur du "Dépôt Divin"16 qui représente la conscience, la volonté et la faculté de choisir lesquelles symbolisent son humanité et font de lui un homme responsable. Le "Dépôt Divin" est le don magnifique d'Allah, que ni les Cieux, ni la Terre, ni les montagnes n'étaient suffisamment compétents pour accepter. Seul l'homme a pu assumer cette responsabilité d'avoir le pouvoir d'un choix conscient et d'une volonté libre.

  • 1. «... Nous vous avons créés d'argile, puis d'une goutte de sperme, puis d'un caillot de sang, puis d'un morceau de chair... » (Sourate al-Hajj, 22: 5)
  • 2. «... puis de cela Nous avons produit un nouvel être...» (Sourate al-Mo'min, 23: 14)
  • 3. «IL l'a parachevé et insufflé en lui de Son Esprit». (Sourate al-Sajdah, 32: 9)
  • 4. «Nous avons ennobli les fils d'Adam... et Nous leur avons conféré une supériorité sur beaucoup de Nos créatures». (Sourate al-Isrâ’, 17: 70)
  • 5. «Lorsque JE l'ai parachevé et que J'ai insufflé en lui Mon Esprit: Tombez prosternés devant lui». (Sourate Çâd, 38: 72)
  • 6. «Lorsque ton Seigneur dit aux anges: "JE vais établir un lieutenant sur la Terre». Sourate al-Baqarah, 2: 30)
  • 7. «Ne voyez-vous pas qu'Allah a mis à votre service ce qui est dans les Cieux et ce qui est sur la Terre?» (Sourate Luqmân, 31: 20)
  • 8. «IL vous a créés de la Terre et IL vous y a établis». (Sourate Houd, 11: 61)
  • 9. «C'est Lui qui a fait pour vous la Terre très soumise. Parcourez donc ses vastes étendues et mangez ce qu'Allah a produit». (Sourate al-Molk, 67: 15)
  • 10. «Nous avons ennobli les fils d'Adam. Nous les avons portés sur la terre ferme et sur la mer». (Sourate al-Isrâ', 17: 70)
  • 11. «L'homme pensera-t-il que nous allons le laisser libre». (Sourate al-Qiyâmah, 75: 36)
  • 12. «Pensiez-vous que Nous vous avions créés sans but et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous?» (Sourate al-Mo'min, 23: 115)
  • 13. «Nous avons créé l'homme, pour l'éprouver, de l'union d'un sperme et d'un oeuf. Nous lui avons donné l'ouïe et la vue». (Sourate ad-Dahr, 76: 2)
  • 14. «Par l'âme et Son Créateur qui lui a inspiré ce qui est bon et ce qui est mauvais pour elle». (Sourate al-Chams, 91: 7-8)
  • 15. «Suis les commandements de la (vraie) nature humaine telle qu'elle a été créée par Allah. La création d'Allah ne change pas. Voici la religion droite». (Sourate al-Roum, 30: 30)
  • 16. «... Nous avions proposé le "Dépôt" de la Foi aux Cieux, à la Terre et aux montagnes. Ceux-ci ont refusé de s'en charger, ils en ont été effrayés. Seul, l'homme s'en est chargé, ...» (Sourate al-'Ahzâb, 33: 72)