read

La Compagnie

Les enseignements islamiques recommandent l'établissement de relations fraternelles et cordiales avec les autres. Dans le présent exposé nous allons tout d'abord mentionner quelques exemples des instructions du Prophète et des Imams de sa famille sur ce sujet, et élucider ensuite la question de la compagnie et de ses aspects négatifs.

Le Saint Prophète a dit:

«De même que mon Seigneur m'a commandé de m'acquitter de mes devoirs religieux, de même IL m'a ordonné d'être amical avec les gens».

Il a dit aussi:

«La compagnie est un motif de fierté et d'honneur. Lorsqu'elle disparaît, l'humiliation et le délaissement s'ensuivent».

L'Imam Ali (P) a dit:

«Un croyant se lie d'amitié avec les autres; celui qui ne se mélange pas aux autres chaleureusement, et qui n'a pas d'amis, n'est pas bon».

L'Imam al-Çâdiq (P) a dit:

«Une famille qui manque d'esprit de compagnie est privée de la Bénédiction Divine».

Nous apprenons de ces traditions que dans le programme des enseignements islamiques, la compagnie occupe une place primordiale. Elle a un statut égal à celui des devoirs religieux quant à sa propriété d'attirer l'attention et la grâce d'Allah.

Il y a des gens qui sont d'un tempérament rigide, réservé. Ils ne s'approchent pas des autres ni n'encouragent les autres à s'approcher d'eux. La raison de cet isolement peut être l'un des facteurs suivants:

a - Parfois la raison en est une sorte d'auto-duperie et de vanité qui conduit quelqu'un à ne pas tenir compte des autres et à ne pas les considérer comme étant ses égaux. C'est pourquoi il ne les fréquente pas et il ne devient pas disponible pour eux. C'est là le même égoïsme ou la même arrogance que celle dont nous avons parlé plus haut.

b - Certaines personnes souffrent d'un complexe d'infériorité. Elles ont peur de ne pas pouvoir bien se débrouiller dans la société, de ne pas observer les règles de l'étiquette, ou bien elles craignent de faire ou de dire quelque chose qui pourrait les rendre ridicules. Pour ces raisons elles prennent rarement contact avec les autres. Ces personnes doivent donc lutter contre ce sentiment d'infériorité et essayer de reprendre confiance en elles-même. Dans la plupart des cas de complexe d'infériorité, cette tendance est nuisible et elle prive l'homme de nombreuses possibilités.

c - Cet état est parfois le résultat de déceptions et de faillites dans la vie. Ces déceptions peuvent tellement briser une personne qu'elle perd tout espoir et tout sens de l'initiative. Elle ne se sent pas l'envie de rencontrer les autres ou de devenir intime avec eux. Ou bien elle devient si pessimiste quant à l'environnement de sa vie qu'elle n'a plus confiance en personne. Elle ne trouve personne qui soit suffisamment sincère pour être son ami. Ce sentiment de désespoir, de pessimisme et de manque de confiance est bien entendu un malaise dangereux qui produit des effets défavorables sur ses relations avec les autres. On doit donc lutter assidûment contre cette tendance.

d - Certaines personnes ne souhaitent pas se faire des amis parce qu'elles sont engagées dans un travail passionnant et pensent que l'amitié interférerait avec leur importante occupation.

On peut dire à cet égard que la meilleure politique dans toutes les affaires est la modération. Toute bonne action est désirable seulement dans la mesure où elle n'interfère pas avec les autres activités essentielles. La compagnie est quelque chose de bien, mais il ne faut pas lui sacrifier les autres devoirs et responsabilités.

En principe nous devons voir quelle idée se trouve derrière une amitié ou une compagnie. Une compagnie signifie-t-elle qu'on doit perdre toujours son temps? Bien entendu il n'est pas convenable de passer son temps précieux dans des bavardages inutiles ou à faire des visites non nécessaires, mais en même temps on a tort de se détacher des gens et de ne pas nouer des relations avec eux, car alors on devient isolé et on se sent esseulé. Une personne sans amis réalise peu de succès dans la vie. Et de même qu'avoir trop d'amis empêche de s'occuper normalement de ses activités positives, de même être sans amis entraîne des conséquences fâcheuses. Beaucoup de réalisations pratiques dans divers domaines sont dues souvent à l'amitié.

L'Imam al-Çâdiq (P) a dit:

«Celui qui travaille en comptant sur la connaissance et l'amitié obtient les résultats désirés».

C'est pourquoi un Musulman doit avoir des relations amicales et cordiales avec les autres Musulmans, tout en observant la modération dans ces relations et le fait que celles-ci doivent être fructueuses.

Aussi, il convient de ne pas oublier que l'amitié islamique doit être sincère et cordiale. L'Islam exige la sincérité et la véracité dans tous les domaines - véracité dans la parole, véracité dans les sentiments exprimés et l'amour montré. Une démonstration truquée et superficielle d'amour ou d'amitié est une fraude ou une forme d'hypocrisie dénoncée fermement par l'Islam.

Choisir ses amis et ses compagnons

Il faut dire à ce propos également que bien que l'Islam encourage l'établissement de bonnes relations avec les autres, il interdit formellement toutes sortes de contact et d'intimité avec des individus méchants et malfaiteurs, et ce afin d'éviter la corruption et tout mauvais effet que produit leur compagnie. L'Imam al-Sajjâd (P) a donné le conseil suivant à son fils l'Imam al-Bâqir (P): «Cher fils! Evite la compagnie de cinq catégories d'individus. Tu ne dois ni leur parler, ni les accompagner, ni voyager avec eux». L'Imam al-Bâqir (P) lui a demandé de les spécifier. L'Imam al-Sajjâd 03) a énuméré:

- Evite la compagnie d'un menteur, car il est comme un mirage: il te dessine une fausse image des choses.

- Evite la compagnie des gens corrompus, car ils te vendent à bas prix.

- Evite la compagnie d'un mesquin, car il t'apporte un mauvais renom avant que tu aies besoin de son argent.

- Evite la compagnie d'un imbécile, car en voulant te rendre service il te porte préjudice.

- Evite la compagnie d'une personne qui a coupé ses liens avec ses proches, car une telle personne est dénoncée en trois endroits du Coran».

L'Imam Ali (P) a dit dans un de ses sermons:

«Un Musulman doit éviter d'être ami avec trois types de personnes: "Une personne insolemment méchante, un imbécile et un menteur. Car une personne insolemment méchante décrit ses mauvaises actions comme étant bonnes, et s'attend à ce que tu suives son exemple. Elle ne te sert à rien, ni dans ce monde, ni dans l'autre. Etre intime avec elle est un malheur, et la fréquenter est une honte.

Un imbécile ne peut te faire aucun bien et tu ne peux pas non plus attendre de lui qu'il te sauve d'une calamité. Dans beaucoup de cas il peut essayer de t'être utile, mais ce faisant, il te nuit. Sa mort est meilleure que sa vie, son silence meilleur que sa parole, et son éloignement meilleur que sa proximité.

Quant au menteur, vivre avec lui ne peut jamais être plaisant pour toi. Il apporte aux autres des cafardages qu'il t'attribue, et il te rapporte des cafardages qu'il attribue aux autres. S'il te transmet un rapport vrai, il le fait suivre d'un faux. Sa réputation est si mauvaise que lorsqu'il arrive qu'il dise quelque chose de vrai, personne ne le croît. En raison de l'hostilité qu'il entretient dans son cœur envers les gens, il les amène à se brouiller les uns avec les autres, et fait naître la méchanceté dans leur cœur. Sois donc prudent, et accomplis ton devoir envers Allah »

La bonne humeur et la politesse

Outre le fait d'être amical, un Musulman doit être de bonne humeur, ainsi que poli, afin que les gens se réjouissent de sa compagnie. Sa conduite sociale doit être un signe de sa cordialité.

Le Saint Prophète a dit:

«Il y a deux traits de caractère qui conduiront, plus que toute autre chose, ma Ummah au Paradis. Ce sont la piété et la politesse».

Une fois, alors qu'il parfait aux Hâchimites, le Saint Prophète leur a dit:

«Puisque vous ne pouvez pas gagner les cœurs de tout le peuple par votre fortune, essayez de les gagner par l'amitié et les bonnes manières».

L'Imam al-Bâqir (P) a dit:

«Celui qui a la foi la plus parfaite est celui qui a les meilleures manières et les meilleures habitudes».

L'Imam al-Çâdiq (P) a dit:

«Les bonnes manières font fondre les péchés de la même façon que le Soleil fait fondre la neige».

Et comme on lui avait demandé de définir les bonnes manières, l'Imam al-Çâdiq (P) répondit:

«Soyez courtois, parlez d'une façon plaisante, et recevez votre frère de foi aimablement».

Et d'ajouter:

«Les mauvaises manières détruisent la foi de la même façon que le vinaigre détruit le miel».

Les mauvaises manières n'indisposent pas seulement les autres, mais elles tourmentent aussi celui qui y recourt.

Respecter les règles de conduite sociale

Outre le principe général selon lequel on doit avoir envers les autres une conduite fondée sur la cordialité et la politesse, certaines règles importantes concernant l'étiquette ont été mentionnées par le Prophète et les Imams:

Le Saint Prophète a dit:

«Si n'importe lequel d'entre vous aime vraiment un frère musulman, il doit lui demander son nom, le nom de son père, et la famille à laquelle il appartient. Il est nécessaire qu'il connaisse les détails de son ami. Autrement l'amitié n'aurait pas de sens».

Le Saint Prophète a décrit l'un des signes de l'incompétence de quelqu'un dans les termes suivants:

«C'est lorsque l'un de vous rencontre une personne, et qu'il a envie de savoir qui elle est et d'où elle vient, mais la quitte avant de l'avoir interrogée à ce sujet».

Donc, l'un des principes de la conduite sociale veut que nous nous présentions à ceux que nous rencontrons, et que nous nous fassions connaître les uns aux autres nos noms et nos adresses.

Lorsque deux personnes se parlent, leur langage doit être poli et plaisant.

Le Saint Prophète a dit:

«Celui qui se montre respectueux et aimable avec son frère musulman, et calme ses inquiétudes en lui parlant, sera béni par Allah »

Les règles de la conduite conventionnelle islamique veulent aussi que l'on serre la main des visiteurs, que l'on s'asseye respectueusement devant eux , et que l'on les serve convenablement.

Le Saint Prophète répartissait d'une façon égale son attention entre ses compagnons. Tantôt il regardait celui-ci, tantôt celui-là. Il n'étendait jamais les pieds en présence des autres. Si quelqu'un lui serrait la main, il ne retirait jamais la sienne avant que l'autre ne le fasse. Une fois que les gens eurent compris cette habitude chez le Prophète, ils évitèrent dorénavant de garder sa main dans la leur pendant longtemps.

Cette habitude a été recommandée aux autres aussi. Si quelqu'un vous serre la main, ne la retirez donc pas avant qu'il ait retiré la sienne. De la même façon, si quelqu'un vient vous voir, ne le quittez pas avant qu'il ne prenne lui-même congé. Si quelqu'un est en train de vous dire quelque chose, écoutez-le jusqu'à ce qu'il termine.

L'accueil et l'adieu

Le Saint Prophète a dit: «Si quelqu'un vient vous rendre visite, il est en droit d'attendre de vous que vous l'accueilliez chaleureusement à son arrivée, et que vous le raccompagniez, au moins de quelques pas, à son départ ».

C'est faire preuve de bonnes manières que de raccompagner un hôte, au moment de son départ, jusqu'à la porte extérieure de la maison, et donc de lui faire montre de respect et d'amour.

L'Imam al-Çâdiq (P) a dit: «Un jour, le Commandeur des croyants voyageait avec un Thimmî (un incroyant sous la protection du gouvernement islamique) qui ne l'avait pas reconnu et qui ne savait pas qu'il était le Calife des Musulmans à cette époque-là. Le Thimmî a demandé à l'Imam où il allait. L'Imam Ali a répondu qu'il allait à Kûfa. Au moment où leurs chemins se sont séparés le Thimmî remarqua que son compagnon musulman continuait à l'accompagner. Aussi lui demanda-t-il:

- "N'as-tu pas dit que tu allais à Kûfa?"

- "Si, je l'ai bien dit", répondit l'Imam.

- "Ne fais-tu pas fausse route?" s'étonna le Thimmî.

- "Je connais mon chemin", dit l'Imam.

- "Alors pourquoi viens-tu avec moi?"

- "C'est une règle de bonnes manières que d'accompagner pendant une certaine distance un compagnon au moment du départ. C'est ce que le Prophète a dit", expliqua l'Imam Ali.

- "Y a-t- il vraiment une telle instruction en Islam?" demanda le Thimmî.

- "Oui, tout à fait."

- "Ça doit être à cause de telles bonnes manières que les gens suivent volontiers l'Islam. Atteste donc que j'embrasse ta religion."

»Puis, il est retourné avec l'Imam vers le chemin menant à Kûfa, et dès qu'il a appris que son compagnon n'était autre que l'Imam Ali, le Commandeur des croyants, il s'est converti à l'Islam en sa présence.»

L'humilité

Selon les enseignements islamiques, l'humilité est une règle de conduite personnelle qui aide à l'établissement de relations sociales saines sur la base de la cordialité et la compréhension. Nous avons déjà discuté de l'humilité et appris qu'elle n'est pas le signe d'un sentiment d'infériorité ou de faiblesse.

Celui qui accepte d'être humilié et qu'on porte atteinte à sa dignité, agit contre les enseignements de l'Islam.

La vraie humilité a été décrite, dans un hadith attribué à l'Imam al-Redhâ, comme suit:

«L'humilité a plusieurs degrés. Selon un de ces degrés, l'homme doit connaître exactement son mérite et occuper honnêtement la place qui est la sienne. Il doit se comporter avec les autres de la même façon qu'il veut que les autres se comportent avec lui. Il doit éviter de maltraiter même celui qui a un mauvais comportement. Il doit contenir sa colère et être tolérant et indulgent. Allah aime les vertueux».

Selon un hadith, le Saint Prophète a dit:

«L'aumône augmente la richesse de celui qui la donne. C'est pourquoi il faut faire l'aumône pour qu'Allah vous bénisse. L'humilité rehausse la position de celui qui en fait montre. Soyez donc modestes afin qu'Allah vous exalte. La tolérance vous rend honorables, pardonnez donc pour qu'Allah vous accorde l'honneur».

Dans les Traditions concernant les manières et la conduite du Prophète et des Imams, on trouve des exemples qui montrent leur humilité. Mais leurs manières ne les ont jamais rabaissés. Elles ont, au contraire, accru leur popularité et rehaussé leur personnalité.

Nous pouvons constater qu'ils s'habillaient simplement, qu'ils se nourrissaient modestement, et qu'ils s'asseyaient avec les pauvres. Ils saluaient les premiers les autres. Dans la compagnie du Prophète on ne pouvait pas faire une distinction de positions, hautes et basses. Le Prophète et ses compagnons s'asseyaient en cercle. Lorsqu'il parlait, il ne se mettait pas à la tête des autres. Lorsqu'il s'asseyait, il ne laissait jamais un autre debout à côté de lui. Même ses serviteurs, il les traitait comme ses amis. Il ne permettait à personne de le flatter ni de le traiter comme étant plus haut qu'un serviteur d'Allah. Il participait aux tâches domestiques. Il faisait lui-même ses achats. Il ne menait pas une vie cérémonieuse et il vivait sans pompe ni faste. Même les gens les plus simples pouvaient lui parler librement. Il parlait doucement. Il était toujours poli et souriant.

La correspondance

C'est faire preuve de bonnes manières islamiques que de correspondre avec les amis, et de maintenir le contact avec eux lorsqu'ils sont au loin, en leur écrivant.

L'Imam al-Çâdiq (P) a dit:

«Pour garder le contact avec les coreligionnaires, il faut leur rendre visite lorsqu'ils sont chez eux, et leur écrire, lorsqu'ils sont au loin. Répondre à une lettre est aussi obligatoire que répondre à une salutation».

Il a dit aussi:

«Lorsque deux personnes se rencontrent, celle qui salue le premier est la plus proche, d'entre les deux, d'Allah et de Son Prophète».