Chapitre 1

« Le regard affaissé, ils sortent des tombeaux, se répandent comme des sauterelles » (Coran, 57:7)

« خشُّعُاً أَبًصُارهمً يُخًرجونَ مِنُ الاجدُاثِ كَأَنُّهمً جُرُادّ منًتُشِرّ »القمر: الاية (7)

Un des moyens d’exprimer avec force et éloquence des idées et des sens consiste dans l’emploi de la métaphore, de l’image et des figures de style…

La phrase métaphorique comprend trois parties: l’objet comparé (sujet de la métaphore), l’image à quoi cet objet est comparé, et ce sur quoi porte la comparaison.

Il est entendu que c’est cette dernière partie qui constitue l’essentiel au point de vue de l’esthétique du discours. Car le but et la finalité même de l’emploi de la métaphore résident dans la force que va véhiculer cette comparaison ou cette analogie.

Mais en ce qui concerne spécialement la polysémie de la Parole divine et des versets coraniques, le regard doit être encore plus minutieux, afin de faire apparaître de façon plus évidente la richesse secrète du Verbe divin.

En commentant le verset ci-dessus, les grands commentateurs sont d’avis que la métaphore se rapporte essentiellement à la façon dont les hommes se disperseront au Jour de la résurrection. La sortie des tombes est un spectacle si terrifiant et si épouvantable que les hommes frappés de stupeur se mettront à errer sans but dans toutes les directions, comme des nuées de sauterelles.

Cette explication fournie par nos prédécesseurs, qui s’appuie sur le verbe répandre de la fin du verset est juste, et reflète bien l’état d’angoisse et de turbulence extraordinaire des hommes au Jour de la résurrection. Cependant il ne faudrait peut-être pas s’arrêter à cet aspect et à cette signification. Car le but principal du verset est de dépeindre la grandeur d’un événement exceptionnel et unique comme celui de la résurrection des corps.

Sans doute, un jour viendra où l’univers qui est le notre sera la scène de l’événement stupéfiant de la résurrection, et avec son avènement, le monde éclatera en morceaux. La terre sera agitée et remuée en tous sens, et les astres seront dans le même temps pulvérisés et anéantis. Les tombes seront sens dessus dessous et livreront leurs dépôts. Ce bouleversement de notre planète interviendra comme la conséquence d’un l’ordre divin qui sera obéi intégralement. Puis après une très longue période, le temps viendra pour les hommes de rendre compte des dépôts et secrets qui leur ont été confiés, et ils devront alors s’alléger du poids de leurs charges.

Si les humains pouvaient considérer que les différents éléments constitutifs de leurs corps physique, comme l’argile et l’eau, seront un jour dispersés en différentes parties sous la forme de fruits et légumes et d’autres matières nourricières, ou qu’ils se retrouveront sous forme de gouttes, au fond de l’océan, il ne leur serait plus difficile de se représenter le renouvellement du cycle de la vie

Pourquoi en effet ces matières qui furent dispersées et séparées les unes des autres, ne pourraient-elles pas de nouveau être rassemblées et se recomposer dans un moule et un corps nouveau? N’en fut-il pas ainsi, après tout, à l’origine même de la vie?

Ceci était un aspect de la grandeur du Créateur dans l’événement de la résurrection.

Mais ce qui semble plus important et plus digne d’attention que la dispersion et l’éparpillement des hommes dans la scène de la résurrection, c’est la séquence de la sortie des hommes hors de leurs tombeaux, qui est comparable à la sortie des sauterelles hors de la terre où elles ont atteint leur maturité. Le cœur du verset porte d’ailleurs sur cette métaphore. Car de même que les hommes, après leur mort, demeurent des siècles dans la terre jusqu’au jour où l’ordre divin leur sera intimé d’en sortir, qu’il leur sera commandé de redevenir vivants, leur retour à la vie sera semblable à celui des sauterelles qui demeurent pendant une longue période sous forme d’œufs, comme des morts, jusqu’à ce que les conditions soient favorables pour que l’œuf devienne sauterelle et puisse sortir de terre.

On sait que pour se reproduire, les sauterelles creusent un trou profond dans le sol pour y déverser un liquide semblable à de la cire. Cette ponte est en réalité comparable à un enterrement.

L’œuf de la sauterelle qui est déposé dans la terre est protégé par une paroi très mince, que l’on peut comparer à un linceul qui recouvre les morts. En automne et en hiver, les œufs sont inertes. Puis au printemps et en été, ils se transforment en insectes, en sauterelles qui s’extraient du sol, puis quand elles viennent à la lumière du jour, elles prennent leur envol dès que les conditions météorologiques le permettent.

Il en va exactement de même pour les morts humains. Les morts réduits à des particules d’être, reprennent vie au moment où l’ordre divin leur sera donné et, semblables aux larves de la sauterelle, sortiront de leur sépulture, et prendront place sur la scène du grand rassemblement.

Cette métaphore coranique est sans doute la plus minutieuse qui soit dans ce domaine et dont le sens se prête à la compréhension du plus grand nombre. Ce verset donne de façon on ne peut plus claire, la modalité du retour à la vie des morts.

Dieu invite ainsi Ses créatures à méditer sur la venue au monde des sauterelles, et à réaliser que leur destin est semblable à celui de cet insecte, et que forcément les humains seront ressuscités.

Par conséquent, en tenant compte de la subtilité de cette métaphore, il conviendrait de traduire ainsi le verset coranique en question:

« Ils sortiront des tombes, comme des sauterelles, et sur la scène de la résurrection, ils se disperseront1. »

  • 1. En sémantique, on considère que les qualités affirmative ou négative dans les propositions se transfèrent, dans le cas d’une métaphore, aussi bien à l’adjectif qu’au nom auquel cet adjectif se rapporte. Dans le verset en question, les sauterelles sont qualifiées de dispersées ; par conséquent, « la sortie des tombes » qui est la métaphore s’applique aussi bien aux sauterelles qu’à la dispersion.