Chapitre 2

« ‘‘Rentre la main dans ton encolure: elle en sortira blanche, quoique sans mal’’. Entre neuf signes destinés à Pharaon et à son peuple. C’était un peuple de scélératesse » (Coran, 27:12)

« وُ ادًخِل يُدُکُ فِي جُيًبِکُ تُخًرجً بُيًضُاء مِنً غَيرِ سوءٍ فِي تِسًع آياتٍ اِليُ فِرًعُون وُ قوًمِه اِنهمً کانوا قوًماً فاسِقِينُ ».النمل، الاية (12)

Moïse fait partie des prophètes ayant accompli le plus de miracles. Du point de vue intellectuel et du comportement, le peuple israélite envoyé est le plus complexe, et le plus sophistiqué des peuples, et on peut dire en ce sens que les enfants d’Israël sont les plus attachés à leur mode de pensée antique. Ils constituent un peuple exceptionnel aux yeux de Dieu qui, pour les convaincre et leur fournir les arguments décisifs, leur a destiné le plus grand nombre de prophètes et de livres révélés, en les appuyant des plus grands miracles. Mais ce peuple avait en grande partie, préféré se montrer ingrat envers cette bénédiction divine, et n’a pas hésité à mettre à mort un grand nombre des émissaires divins venus à eux. Cependant la patience divine n’a pas été entamée, et Dieu a continué à leur envoyer des prophètes avertisseurs et faiseurs de miracles…

Le verset précédent témoigne de ces miracles de Dieu qui recèlent des points intéressants et subtils que nous examinons ci-après.

Selon certains commentateurs du Coran, l’expression ‘‘main blanche quoique sans mal’’ se réfère à la couleur blanche bien connue, la précision quoique sans mal écartant la possibilité que cette couleur soit l’indication d’une maladie (lèpre) qui aurait pu affecter la main de Moïse.

Ici, une distinction nette est établie entre la blancheur et la maladie, ce qui constituerait en soi un genre de miracle.

Cette interprétation est faible pour les raisons suivantes:

1- La blancheur de la main de l’envoyé de Dieu (Moïse) devrait être semblable à celle que cause cette maladie là. C’est pourquoi le verset a poursuivi: ‘‘quoique sans mal’’ pour écarter et rejeter l’illusion et la confusion dans ce contexte.

2- La pratique de la magie était très répandue à l’époque de Moïse, et une blancheur ne pouvait pas constituer un exploit dans l’art de la magie ni quelque chose susceptible de mettre au défi les autres magiciens. En outre, un miracle semblable ne serait pas compatible avec les autres miracles du prophète de Dieu que fut Moïse (AS).

3- Un miracle pareil ne pouvait être perçu comme tel que par des personnes qui seraient proches, à une distance très voisine de Moïse, et ne pouvait être perçu comme tel par quelqu’un qui en serait éloigné de quelques mètres. Cette observation est appuyée par le Coran:

« Moïse projeta son bâton. Et voici que ce fut d’évidence un serpent. Il retira sa main et voici qu’elle fut toute blanche aux regards » (Coran, 26:32-33)

Par conséquent, cette blancheur était d’une intensité telle qu’elle était clairement perceptible à toutes les personnes présentes.

Cet événement surnaturel est intervenu après celui de la transformation du bâton en serpent. Si la main de Moïse s’était simplement transformée en main blanche, seuls s’en seraient aperçu celles des personnes qui seraient situées aux premiers rangs les plus rapprochés de la scène. Or nous savons que l’événement s’est produit devant un grand rassemblement auquel participaient de nombreux magiciens et sorciers venus relever le défi de Moïse, et travaillant pour le compte de Pharaon. Et ce rassemblement s’était tenu un jour de grande fête, à laquelle les gens étaient tenus de participer sur ordre de Pharaon:

« Moïse dit: ‘‘Vous avez rendez-vous au jour de la parure, quand les gens se rassemblent au matin’’» (Coran, 20: 59)

De même, nous pouvons remarquer que l’événement ne s’est pas produit de nuit. Il a eu lieu à l’heure où la lumière du soleil est la plus éclatante, ce qui lève tout doute au sujet de la prépondérance de la blancheur de la main de Moïse (AS). Si la couleur de la main était d’une blancheur naturelle, cela n’aurait pas été perçu à cette heure là, car la lumière du soleil aurait éclairé toute chose, et il n’y aurait plus aucun doute que cette main était atteinte de maladie.

Par conséquent, le miracle aurait induit un doute dans les esprits des témoins, à savoir que cette main est peut-être atteinte de lèpre. Or cela n’est pas compatible avec la scène, ni même avec la mission du prophète Moïse (AS).

Le Coran dit:

« Or Nous ne leur découvrions aucun signe qui ne fût plus décisif que son similaire, et Nous les saisissions par le tourment, escomptant qu’ils feraient retour. » (Coran, 43:48)

Il devient par conséquent nécessaire d’interpréter le verset autrement. Or il se trouve que le mot bayzâ’ (adjectif et substantif signifiant blanche en arabe) est un des termes synonymes qui servent à désigner le soleil. Nous sommes alors devant trois possibilités:

Ou bien, l’éclat de la main de Moïse (AS) est inférieur à celui de la lumière du soleil, alors elle devient perceptible aux yeux des témoins du miracle.

Ou bien cette blancheur est égale à celle de la lumière du soleil, dans ce cas aussi, elle n’attire pas l’attention non plus.

Ou bien, — et c’est ce dont nous devons convenir—, la clarté de la main de Moïse dépasse celle du soleil, en intensité, au point de susciter la stupéfaction parmi toute l’assistance de ce jour-là.

Or nous savons que lorsque l’intensité de la lumière dépasse celle du maximum de la lumière du soleil, elle ne manque pas de causer de lésions aux yeux des hommes, des lésions qui sont parfois irréversibles. Il est donc possible que le Coran ait eu en vue ce miracle d’une lumière supérieure en intensité à celle du soleil et qui pourtant ne cause aucun mal aux yeux, comme l’a fait le miracle de blancheur excessive de la main de Moïse (AS).

Ainsi l’expression quoique sans mal qui figure dans le verset prend alors une signification qui a échappé aux anciens commentateurs, et qui consiste dans le fait que cette lumière surpuissante n’a cependant causé aucun préjudice, aucune blessure aux yeux des nombreux assistants qui l’ont perçue bon gré mal gré, sans parler de la stupéfaction qui a sans doute saisi Pharaon et son coeur.1

  • 1. Le regretté Fayz, commentant ce verset a dit: « Il retira sa main de son encolure, et tout l’espace s’illumina… » (Tafsir al-safi, vol. 4, page 89)

    Par conséquent la clarté de la main de Moise était ce jour-la plus puissante que celle du soleil. Autrement, on ne comprendrait pas en quoi l’espace aurait été illumine en plein jour.

    Majlisi, commentant à son tour ce verset écrit: « Le rayonnement lumineux qui se fut manifesté par la main de Moise était plus puissant que celui du soleil » (Bihar al-anwar, volume 13, page 78)

    Abou al-Foutouh al-Razi, commentant ce verset dit: « Il retira sa main de sa poche. On la voyait encore plus blanche que le soleil »

    L'auteur du Nasikh al-Tawarikh dit aussi: « Il retira sa main de sa poche, telle l’astre du jour, comme personne ne l’avait jamais vu auparavant » (Nasikh al-Tawarikh, volume 1, page 373).

    Tous ces jugements témoignent de ce fait que l’interprétation de la blancheur de la main de Moise comme une blancheur provoquée par une maladie, —que les exégètes ont déduit du passage blanche quoique sans mal— ne peut s’accorder avec notre interprétation.