Chapitre 3

« Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Parabole de sa lumière: une niche où brûle une lampe, la lampe dans un cristal ; le cristal, on dirait une étoile de perle: elle tire son aliment d’un arbre de bénédiction, un olivier qui ne soit ni de l’est ni de l’ouest, dont l’huile éclaire presque sans que la touche le feu. Lumière sur lumière! Dieu guide à Sa lumière qui Il veut.. — Et Il use, à l’intention des hommes, de paraboles, car Dieu est Connaissant de toute chose. » (Coran, 24:35)

« اللهُ نور السُمُوُاتِ وُ الارًضِ مُثلُ نورِهِ کمِشًکوةٍ فِيهُا مِصًبُاحّ المِصًبُاح فِي زجُاجُةٍ الزجُاجُةُ کانُّهُا کوًکبّ درّيّ يوقدُ مِنً شُجُرُةٍ مبُارُکةٍ زُيًتونُةٍ لاشُرًقِيُّةٍ وُ لاغرًبِيُّةٍٍ يُکاد زُيًتهُا يضِيءُ وُ لو لمً تُمًسِسًه نُارّ نورّ عُلي نورٍ يُهًدِي اللهُ لِنورِهِ مُنً يُشُاءُ وُ يُضًرِب اللهُ الامًثال لِلنُّاسِ وُ اللهُ بِکُلِ شُيءٍ عُلِيمّ » النور، الاية (35)

Le verset de la lumière est l’un des plus complexes du Coran. Les commentateurs, théologiens, spirituels et philosophes se sont exprimés à son sujet, chacun mettant en avant sa perspective particulière.

Sans doute, la meilleure façon de décrire les choses est celle de la métaphore. Cette figure de style permet de révéler deux caractéristiques importantes: d’une part, par sa dimension esthétique, elle offre au lecteur la possibilité de se familiariser rapidement avec l’intention visée par la parole exprimée, et d’autre part, elle permet de révéler des sens inaccessibles au premier abord, que seule l’image permet de faire connaître.

Le verset de la Lumière n’en fait pas exception.

Disons tout de suite que même si les commentateurs qui nous ont précédé n’ont pas réalisé les sens que nous avons en vue dans cet exposé, ils ont cependant apporté des commentaires fort édifiants qui sont tous conformes à l’esprit du Coran et qui ont d’ailleurs été reçus comme tels.

Voici quelques autres significations que nous avons dégagées de la méditation de ce verset.

« Dieu est la lumière des cieux et de la terre »: les lumières de Dieu s’étendent à toute l’existence, et elles éclairent les cieux et la terre, et l’on ne peut imaginer une seule parcelle du monde de l’existence qui ne soit pas éclairée par cette Lumière. Chaque être reçoit de cette lumière en proportion de sa capacité.

Pour faire connaître sa Lumière, Dieu emploie cette parabole: « La semblance de sa lumière est celle d’une niche où brûle une lampe, la lampe dans un cristal; le cristal, on dirait une étoile de perle. »

La première question qui se pose à ce sujet est: pourquoi Dieu n’a-t-il pas comparé Sa lumière à la plus éclatante des lumières qui soit, en l’occurrence celle du soleil, et pourquoi l’a-t-Il comparée à une lampe qui est une œuvre des hommes?

Comme réponse, on peut dire que le soleil est une création de Dieu, et s’Il devait comparer Sa lumière à celle du soleil, ce serait une descente du degré de la capacité créatrice à celui de l’être créé, or cela est indigne de la grandeur divine.

En outre, le croyant et l’incroyant profitent également de la lumière du soleil, alors que seuls les cœurs des croyants sont éclairés par les rayons des lumières divines.

Pourquoi alors le Seigneur a-t-Il eu recours à la métaphore de la lampe qui est un objet fabriqué par les hommes?

Nous proposons la réponse suivante: Les caractéristiques qui sont reconnues à la lampe dans le verset en question ne sont ni celles qui sont créées par le Seigneur ni celles d’un objet créé par les hommes, car les propriétés de cette lampe éclatante de clarté sont telles qu’on ne saurait jamais les retrouver dans l’existence. Et ce sont ces qualités qui constituent l’axe de la métaphore.

Dans ce contexte, la fonction spécifique de la lanterne est qu’elle protège la lampe des coups des vents et des ouragans. De même la lumière du Réel, qui s’appuie sur l’essence de Dieu ne subit aucun des effets du temps qui passe, ni dans sa forme ni dans l’intensité de sa lumière.

Le fait que le cristal ou le verre qui protège la lampe soit transparent signifie que cette lumière a la possibilité de se répandre à l’infini, qu’elle ne rencontre aucun obstacle. Ces lumières divines qui sont contenues dans un verre diffusent une lumière intense qui empêche par la même occasion que l’on parvienne à la source même de la lumière. Un être matériel ne peut avoir accès à une Essence dépouillée, immatérielle, et à une Réalité absolue. Et c’est là justement une des caractéristiques évoquées, à savoir qu’il est impossible de toucher à l’Essence Sacro-sainte.

En outre, il n’est pas exclu que ce verset ne porte pas aussi sur cet autre point, à savoir que de même que les hommes font usage de la lumière des lanternes qu’ils ont toujours à portée des mains, Dieu qui est aussi aux côtés des hommes, qui est plus proche d’eux que leur veine jugulaire, exerce aussi avec Ses lumières une influence sur le cœur et l’âme des hommes.

C’est ici que l’on se doit de méditer avec regret et désolation, ce vers:

L’Ami est plus proche de moi que moi-même

Ce qui est plus étrange est que je sois plus loin de Lui

« Dans cette lampe, il est une huile qui provient d’un olivier, arbre béni, qui n’est ni d’orient ni d’occident »: cette expression désigne sans doute cette réalité que l’orient est le lieu où se lève le soleil, alors que l’occident est celui où il se couche. Quand il dit qu’il n’est pas d’orient, cela veut dire que la lumière divine ne se lève pas, c’est à dire qu’elle est éternelle a parte ante (azal), et quand il dit qu’elle n’est pas d’occident, cela signifie que Sa lumière ne connaît pas de couchant, en d’autres termes qu’elle est une lumière éternelle a parte post (abad). Car Son essence est éternelle, de même la lumière de Son être est éternelle.

Bien que le sens apparent de l’expression ni d’orient ni d’occident se rapporte à l’arbre béni de l’olivier, cependant, de l’ensemble du contexte et des caractères qui sont définis dans ce verset, on peut déduire que cette expression désigne aussi la lumière divine. Les grands commentateurs du Coran ont expliqué ce segment en disant que le sens visé par ni d’orient ni d’occident est que la lumière de Dieu illumine l’est et l’ouest du monde. Mais ce sens ne s’accorde pas pleinement avec le sens caché, car si la lumière divine illuminait l’est et l’ouest, pourquoi alors ne préciserait-on pas aussi le sud et le nord, le haut et le bas?

Il est donc évident que le sens du verset ne concerne pas les directions géographiques.

« … dont l’huile éclaire presque sans que la touche le feu »: L’huile de cette lanterne diffuse de la lumière sans qu’elle ait reçu de l’extérieur au préalable l’étincelle qui déclenche la flamme. Il faut en comprendre que la lumière du Réel (Dieu) procède de Son essence, et non de l’extérieur, en d’autres termes, que la lumière divine n’est pas quelque chose qui se surajoute à l’Essence.

« Lumière sur lumière »: cette séquence peut être une allusion au destinataire des lumières divines, car la lumière de Dieu est absolue, et on ne saurait concevoir pour elle des degrés. Par conséquent ce fragment du verset n’introduit pas des aspects dans l’essence de la lumière du Réel. En fait, ce verset exprime l’idée qu’à quelque degré de la connaissance monothéiste que l’homme puisse s’élever, il bénéficiera toujours de la lumière qui correspondra à ce degré.

« Dieu guide à sa lumière qui Il veut »: cette phrase confirme le même sens que précédemment, car Dieu fait pénétrer dans Sa guidance toute personne qui présente les capacités et les dispositions pour cela, et la fait baigner dans Sa lumière, en proportion de son degré de connaissance et de sa capacité essentielle.

On comprendra aisément la fin du verset en gardant à l’esprit ce qui vient d’être dit:

« Et Il use, à l’intention des hommes, de paraboles, car Dieu est Connaissant de toute chose. »