Chapitre 4

« Et Nous sauvâmes Moïse et ses compagnons jusqu’au dernier. Et de surcroît engloutîmes les autres. En quoi réside un signe: la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n’en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux. » (Coran, 26:65-68)

« وأَنجينا مُوسى ومن معه أَجمعِين * ثُم أَغْرقْنا الاَْخرِين * إِنَّ فِى ذَلِك لآيةً و ما كَانَ أَكْثَرُهُم مؤْمِنِين * وإِنَّ ربك لَهُو الْعزِيزُ الرحِيمُ » الشعراء:الايات (65 ـ 68)

« Le peuple de Noé a démenti les envoyés. » (Coran, 26:105)

« كَذّبتً قَوًم نوحٍ الْمرًسُلِين » الشعراء: الاية: (105)

«Nous le sauvâmes donc, avec ses compagnons, sur l’arche surchargée. Pour ensuite engloutir le restant.—En quoi réside un signe: la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n’en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux. Ceux de ‘Ad ont démenti leurs envoyés..» (Coran, 26: 119-123)

« فَأَنجيناه وُ مُنً مُعُه فِى الْفُلْكِ الْمُشحونِ * ثُم أَغْرُقْنا بُعًد الْباقِينُ * إِنَّ فِى ذَلِك لآيةً وُ مُا كَانَ أَكْثَرهم مؤًمِنِينُ * وإِنَّ رُبك لَهوُ الْعُزِيز الرُحِيم * كَذّبتً عاد الْمرًسُلِين » الشعراء: الايات (119 ـ 123)

«Donc ils le démentirent, donc Nous les avons abolis. — En quoi réside un signe: la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n’en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux» (Coran, 26: 139-141)

« فَكَذَّبُوه فَأَهلَكْناهمْ إِنَّ فِي ذَلِك لآيةً وما كَانَ أَكْثَرهم مؤًمِنِين* وإِنَّ ربَك لَهُو الْعزِيز الرُحِيم* كَذَّبت ثَمود الْمرسُلِين » الشعراء: الايات (139 ـ 141)

«Car les saisit le châtiment. — En quoi réside un signe: la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n’en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux . Le peuple de Loth a démenti ceux qu’on lui envoyait…» (Coran, 26:158-160)

« فَأَخذَهم الْعذَابُ إِنَّ فِي ذَلِك لاَية وما كَانَ أَكْثَرهم مؤمِنِين * وإِنَّ ربك لَهو الْعُزِيز الرُحِيم * كَذَّبت قَوم لُوط الْمرْسلين » الشعراء: الايات (158 ـ 160)

« En faisant pleuvoir sur eux une pluie, funeste pluie sur ceux qu’avait touchés l’alarme! —En quoi réside un signe: la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n’en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux. Ceux de la Brousse ont démenti les envoyés… » (Coran, 26: 173-176)

« وأَمطَرنا علَيهِم مطَرا فَسآءَ مطَرُ الْمنًذَرِين * إِنَّ فِى ذَلِك لآيةً وما كَانَ أَكْثَرهم مؤًمِنِين * وإِنَّ رُبك لَهوُ الْعُزِيز الرُحِيم * كَذَّبُ أَصًحُاب لْئيًكَةِ الْمرْسلِينُ » الشعراء: الايات (173 ـ 176)

«Eux donc le démentirent, donc les saisit le châtiment du Jour de l’ombre, ce fut le châtiment d’un Jour terrible. — En quoi réside un signe: la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n’en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux. » (Coran, 26: 189-191)

« فَكَذّبوه فَأَخُذَهمْ عذَابُ يُومِ الظُّلّةِ إِنُّه كَانَ عذَاب يُومٍ عُظِيمٍ * إِنّ فِى ذَلِك لآيةً وُ مُا كَانَ أَكْثَرهمً مؤمِنِين * و إِنَّ رُبكُ لَهوُ الْعُزِيز الرُحِيم » الشعراء: الايات (189 ـ 190 ـ 191)

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Le terme ‘azîz (tout-puissant) est un des noms divins les plus remarquables employés souvent par le Coran.

Ce mot qui désigne la suprématie divine apparaît le plus souvent accolé à un autre terme, celui de hakîm, de sage. Cette conjonction des deux termes témoigne en elle-même de la sagesse de la parole divine.

Cependant, dans la sourate Les Poètes, cet attribut divin de ‘Azîz, Tout-Puissant, est accompagné d’un autre attribut, celui de al-Rahîm, Le Miséricordieux.

Ce couple Tout-Puissant et Miséricordieux a été employé en des nombreux versets. Ils sont employés concurremment, en diverses occurrences, ce qui nous a amené à tenter d’en comprendre les significations diverses que ce couple génère selon le cas où il apparaît dans le Coran:

La sourate des Poètes traite des évènements auxquels ont été confrontés les envoyés de Dieu, en commençant par l’histoire de Moïse (AS) avec Pharaon, puis les histoires d’Abraham, de Noé, de Houd, de Sâlih, de Loth et de Shou’ayb (AS).

Ces nombreux récits qui exposent les souffrances des prophètes, ainsi que les épreuves qu’ils ont du affronter, visent à renforcer le cœur de l’Envoyé de Dieu (SAW):

« Remets-t-en au Tout-Puissant, au Miséricordieux » (Coran, 26: 217)

Ce qui est remarquable, c’est que dans l’ensemble des versets, il y a une concomitance entre le couple Tout-Puissant et Miséricordieux, d’une part et l’évocation du châtiment divin, et de la vengeance à l’encontre des impies, car ces derniers n’ont pas reconnu la vérité des paroles divines, ils n’ont pas cru en Sa révélation, et sont demeurés de plus en plus rétifs, opposés, ou indifférents à Dieu.

Tenant compte de ce qui précède, transparaît la vérité que cherche à suggérer l’association des deux attributs divins dans un même contexte, et pourquoi ils sont répétés dans la sourate des Poètes.

L’un des penchants de l’âme charnelle de tout être humain est de tendre au pouvoir, à exercer une influence et à disposer de la force.

Cette aspiration est plus ou moins forte d’un individu à un autre, pouvant varier d’un extrême à un autre.

Il en va ainsi en dépit de l’existence d’hommes pieux, qui ont maîtrisé les tendances de leur âme charnelle, et qui ne laisseraient jamais se développer en eux de telles tendances.

De tels hommes sont naturellement rares, et il est presque impossible d’en repérer un parmi les groupes humains.

En revanche, nous trouvons des milliers et des milliers d’individus, dans chacune des sociétés humaines, qui aspirent à réaliser leurs ambitions au moyen de la domination et de l’influence personnelle et qui, dans ce but n’hésiteraient pas à fouler sous leurs pieds les valeurs humaines et les qualités morales les plus nobles.

Tout cela pour le seul désir d’étancher leur soif de pouvoir, ce feu qui ne s’éteint presque jamais dans les âmes charnelles.

Tout au long de l’histoire humaine, la passion de domination a toujours été accompagnée par le refus de l’hégémonie et de l’injustice. Chaque fois que s’est élevée la tentation d’hégémonie, de convoitise, il s’est trouvé d’autres voix pour se dresser devant elles avec force et pour défier la rébellion des tyrans.

Les prophètes qui sont les messagers de Dieu et tous ceux qui sont à l’avant-garde de ceux qui s’efforcent de libérer l’homme et les sociétés de l’adoration des idoles et de les protéger du danger de chuter dans le bourbier du vice, ont reçu de Dieu l’ordre de prendre en charge leurs congénères pour les guider vers les rivages salutaires du bonheur éternel.

Ils éclairent les cœurs, les âmes et les esprits avec la piété, la foi, et endurent toutes les formes de la souffrance et de la douleur, afin d’assurer le salut des hommes, sans rien demander en contrepartie.

« Je ne vous demande pour autant nul salaire; mon salaire n’incombe qu’au Seigneur des univers» (Coran, 26:109)

La prédication des prophètes ainsi que leur message d’affirmation de l’unité divine et de refus de la tyrannie sont au cœur de la mission divine. Ils combattent afin de purifier l’âme humaine de toutes les formes de l’arrogance, de l’égoïsme, de la superbe et de la course effrénée à la domination et a la passion du pouvoir. Car il existe un lien très étroit entre la passion de domination et la dureté du cœur. Plus on a de pouvoir, plus le cœur s’endurcit.

Les chefs politiques et militaires les plus notoires de l’histoire se caractérisaient par cette qualité de dureté de cœur. Ils faisaient preuve de plus de barbarie, de moins de disposition à supporter leurs congénères, au fur et à mesure que s’accroissait leur puissance.

Ils faisaient preuve d’une réaction énergique à la moindre velléité d’opposition et de refus de leur pouvoir. Ils se montraient ainsi même envers leurs plus proches parents.

Les versets de la sourate des Poètes (numéro 26) évoquent précisément la destinée qui fut réservée aux peuples désobéissants à cause de leur entêtement continuel, et leur refus de répondre à la prédication de Dieu, suscitant la colère de Dieu à leur égard.

Combien de sociétés humaines ont-elles opprimé les prophètes de Dieu et dont le sort fut l’anéantissement à cause de leur refus de suivre la prédication qui leur fut apportée! Ils se bouchaient les oreilles pour ne pas entendre et pour ne pas obéir aux prescriptions divines. Ils ont même infligé des souffrances aux prophètes de Dieu qui n’avaient pas d’autre but que le bien des hommes et qui n’aspiraient à rien d’autre que le bonheur de l’humanité.

C’est pourquoi les versets qui évoquent le destin ultime des peuples désobéissants se terminent par le terme al-‘Azîz, le Tout-Puissant, pour exprimer la puissance, la capacité et la gloire de Dieu qui l’emportent de toute façon.

Le second nom, al-Rahîm, le Tout miséricorde, semble faire dissonance avec le nom précédent, car la miséricorde ne va pas avec le destin qui a été celui des peuples et des nations qui se sont révoltés contre Dieu.

Pour mettre en lumière cette question, il faut considérer les prophètes en tant qu’ils sont des manifestations des attributs et noms divins sur la terre, de même que leur magnanimité constitue un modèle évident du principe de l’existence.

L’étude et l’examen de la vie des prophètes, leur méthode de prédication pour guider les hommes et les sauver, nous aident à mieux percevoir les degrés de leur endurance et de leur magnanimité, en face de l’injustice et de l’oppression, et aussi face aux moqueries, aux accusations et au diffamations dont ils furent l’objet, ainsi qu’aux dénis que leur opposèrent leurs peuples. Nous réaliserons alors que le degré, le rang d’un prophète auprès de Dieu est en rapport direct avec les souffrances, les tortures qu’il a endurées dans cette voie.

Ainsi le prophète Noé (AS) a prêché son peuple durant 950 ans, période pendant laquelle il endura l’injustice, l’oppression la haine, sans pour cela renoncer à poursuivre sa prédication de nuit, en secret, et de jour, ouvertement.

Malgré cela, Noé ne parvint pas à des résultats probants, car l’opposition de son peuple ne faisait que s’accroître de jour en jour. Son peuple devenait de plus en plus insolent, plus agressif. Ce qui amènera Noé à invoquer la colère divine contre son peuple, après tant de siècles de patience, et après qu’il eut la conviction que plus personne ne croirait en son message, hormis ceux qui avaient déjà cru.

Tel fut le sort des prophètes qui durent supporter le mal de leurs peuples, et qui s’efforcèrent quand même de les guider.

La prédication des prophètes traverse trois phases, après quoi ils invoquent la malédiction de Dieu contre leur peuple et demandent que Son châtiment s’abatte sur eux.

Premièrement: la grande magnanimité dont ils font preuve face aux attitudes hostiles des impies, et où ils font preuve d’une patience extrême qui n’est pas à la portée de l’homme ordinaire.

Deuxièmement: la désespérance définitive de pouvoir guider le peuple et la société, la persistance de l’hostilité et de la désobéissance, et l’inefficacité de toutes les tentatives de les guider, ainsi que la réticence à la prédication divine.

Troisièmement: l’impertinence des peuples rebelles à l’égard de la prédication divine au point de défier le prophète en lui demandant d’invoquer son Dieu pour qu’Il fasse abattre sur eux le châtiment dont Il les menace.

C’est à la dernière de ces trois étapes, que les prophètes décident de lever les mains en signe de prière pour invoquer la malédiction et le châtiment de Dieu contre ces peuples rebelles qui s’obstinent dans leur désobéissance et leur hostilité.

Dans le récit de Jonas, nous voyons que la patience dont fait preuve ce prophète au début, n’est pas au niveau souhaité. Avant même d’avoir désespéré de guider son peuple, Jonas va le maudire. C’est pour cette raison que Dieu va lui imposer une autre épreuve où il sera avalé par une baleine et séjournera quelque temps dans le ventre de cette dernière avant d’être rejeté sur le rivage.

Mais son peuple se ressaisira et se repentira, et se mettra dans le droit chemin, montrant son remords et pleurant sur son pêché, Jonas invoquera Dieu pour que le châtiment qui menaçait de s’abattre sur ses concitoyens soit écarté. Dieu exauça sa prière, et ils furent ainsi sauvés du châtiment divin après avoir cru en la mission divine de Jonas.

Quand nous considérons la puissance absolue de Dieu, en comparaison de laquelle la puissance des gouvernants les plus puissants ne représente rien, nous comprendrons parfaitement que Dieu est vraiment le Tout-Puissant le Tout miséricorde (al-‘Azîz al-Rahîm), car Sa miséricorde se manifeste dans sa magnanimité envers la révolte de ses créatures, leur désobéissance. Quelle que soit son ingratitude, ou sa rébellion, les portes de la miséricorde divine demeurent toujours ouvertes pour quiconque se repent.

Parmi les manifestations de sa Toute Puissance et aussi de Sa miséricorde envers Ses créatures désobéissantes et rebelles, il y a aussi le fait que le châtiment dans ce monde a été suspendu, depuis la dernière révélation, celle qu’a apportée notre Maître Muhammad (SAW), et ce jusqu’à la fin du monde, et jusqu’à l’apparition de notre Maître le Messie, ce grand prophète qui est l’Esprit de Dieu et Sa Parole.

Le Messie a enduré toutes les formes de la souffrance, et a enduré toutes les douleurs jusqu’à ce que son peuple décide de le mettre à mort. Mais malgré cela, Dieu n’a pas fait abattre Son châtiment sur les Juifs. Il a reporté leur compte et leur châtiment au Jour de la résurrection.

Quant à notre Maître Muhammad (SAW) qui souffrit les pires tortures de ses compatriotes, qui le combattirent, l’assiégèrent, le prirent en dérision et ont comploté pour le tuer, au point qu’il a dit: « Aucun prophète n’a souffert autant que j’ai souffert! », alors qu’il est le noble prophète que Dieu a envoyé par miséricorde pour les univers. Malgré tout, Dieu ne châtia pas son peuple dans ce monde et n’a pas fait abattre sur eux Son châtiment.

Si nous prenons en considération tous les points que nous venons de voir et examinions de près les données historiques, nous verrions alors que les peuples qui ont eu à souffrir du châtiment divin, dans le passé, étaient des peuples qui ne représentaient pas, numériquement parlant, une grande multitude. Il s’est agi le plus souvent de cités ou de villes moyennes, et quand le châtiment divin s’abattait sur elles, les prophètes et ceux qui les avaient suivi ont toujours été sauvés: seuls sont éradiqués les pires corrupteurs et corrompus qui niaient en bloc l’enseignement divin.

Si nous devions estimer quantitativement l’ensemble des populations qui ont été soumises au châtiment de Dieu tout au long de l’histoire, nous verrions qu’il ne constitue qu’un faible pourcentage par rapport aux morts causées par une seule guerre des hommes durant notre époque1.

Les guerres modernes sont le plus souvent causées par les convoitises expansionnistes, la soif de domination et les ambitions agressives et sans fondement moral.

Alors que le châtiment divin ne concerne que des régions et des domaines limités et vise à sauvegarder les valeurs humaines et morales, et à éliminer les méchants et les fauteurs de trouble incurables sur qui aucune prédication n’a plus d’effet.

Ces interventions divines surviennent pour servir d’avertissement et de leçons aux autres peuples.

D’autre part, bien que le châtiment divin vise continuellement les impies et les égarés jusqu’au Jour de la résurrection, la croissance démographique galopante de notre temps, le développement des moyens de communications, des moyens de transport, rendent aisée la transmission de l’enseignement prophétique et mettent la preuve manifeste à l’attention des gens à une époque où les peuples vivent un paganisme moderne où l’on rend un culte aux idoles contemporaines, tout cela devrait conduire à l’éradication de la majorité de l’humanité, si le châtiment divin devait s’abattre, et pire, la terre pourrait même se retrouver vidée de l’espèce humaine.

C’est alors que s’explicite clairement la réalité du nom le Tout-Puissant le Tout miséricorde, qui associe Sa Toute puissance et Sa bonté infinie.

C’est cette miséricorde qui a préservé la persistance de l’espèce humaine, en dépit de toute les tyrannies, de tous les pêchés, de toutes les déviations et de l’abandon des hommes à leur passion.

  • 1. Certains critiques superficiels émettent malheureusement trop souvent l’opinion que les religions sont la cause des grands malheurs des hommes, opinion qu’ils considèrent comme une évidence même. Or s’il est vrai que les grandes religions monothéistes s’opposent les unes aux autres, par leur forme, elles sont dotées de principes qui freinent la cruauté des hommes qui s’en réclament. Les grandes guerres occidentales (dites mondiales) qui ont dévasté tant de peuples et causé tant de morts au cours du XXème siècle, ne sont pas des guerres religieuses. De même les massacres des communistes, sous Staline et Pol Pot par exemple, n’auraient pas dû se produire, si on devait croire aux principes humains dont ces dictateurs athées se réclamaient. Ce sont les péchés des hommes qui sont la cause de leur malheur (Note du traducteur).