Chapitre 6

« —Il a lancé sur la terre des ancrages, pour qu’elle ne bouge sous vos pas, et des fleuves et des chemins pour que bien vous vous guidiez. » (Coran, 16:15)

« وُ القىُ فِي الأرًضِ رُوُاسِيُ أن تُمِيدُ بِكمً وُ انًهُاراً و سبلاً لعُلّكُمً تُهًتُدون » النحل: الاية (15)

La guidance est une orientation psychologique et spirituelle. Ce terme peut d’ailleurs être pris pour un synonyme d’orientation, car il s’agit bien de mettre quelqu’un dans le droit chemin, le vrai chemin, la voie qui lui permettra d’atteindre son but.

Dans le contexte divin, ce terme englobe aussi l’émanation éternelle et infinie du Miséricordieux.

La guidance par Dieu de Ses créatures intervient de plusieurs façons:

1- La guidance universelle ou guidance ontologique, c’est à dire liée à l’essence même des créatures. Les docteurs de la foi musulmane sont en effet unanimes à affirmer que le Créateur a instauré la guidance des êtres dans leur structure atomique même, dans le sens où chaque créature se dirige du fait même de son existence vers sa perfection physique, et cette loi s’applique aux organismes micro-cellulaires ainsi qu’aux êtres de constitution plus complexe et plus grande.

2- La guidance par la Loi divine: de même que l’orientation universelle régit l’ordre naturel, l’homme qui est l’être de rang le plus élevé dans la hiérarchie de l’univers a fait l’objet d’une attention particulière de Dieu, car Dieu lui a envoyé des émissaires de guidance afin de le guider vers la bonne voie qui est la sienne et qui lui assure son bonheur, tout en le dotant de sa liberté, de son libre arbitre, de sa pleine volonté pour décider d’emprunter la voie de son bonheur ou celle de son malheur.

3- La guidance écologique: cette troisième sorte de guidance n’a pas reçu la même attention. C’est à elle que se réfère le verset commenté ici, qui lève un voile sur cette réalité.

Dieu exalté soit-Il est la source de l’émanation et de la miséricorde. C’est pour cette raison qu’Il a aussi révélé aux hommes cette sorte de guidance.

Cette guidance se résume dans l’existence de facteurs et de causes naturelles inscrites dans la création et qui oriente les créatures dans leur parcours biologique.

En d’autres termes, cette sorte d’orientation régit les destinées biologiques, dans le sens où les créatures sont contraintes de la produire afin de parachever leur but biologique et d’assurer leur subsistance.

Le point que soulève le verset étudié ici est que Dieu a par un effet de sa sagesse extrême, déposé dans les animaux et les oiseaux des instruments pour leur permettre de connaître la bonne attitude à adopter vis à vis de la vie: depuis le moment où l’oiseau quitte son nid et prend son envol pour affronter seul la vie, assurer seul ses besoins quotidiens, cherchant les points d’eau, ceux de la nourriture jusqu’à son retour au nid. Tous ces mouvements, apprend-on, sont régis par une loi, par un système.

Nous sommes en effet témoins de migrations d’oiseaux qui traversent des distances évaluées parfois en milliers de kilomètres et qui durent un temps considérable. Ces longs voyages, les oiseaux les accomplissent afin d’atteindre une destination précise et bien déterminée auquel ils aspirent. Ils y demeurent un temps qui peut s’estimer en mois, avant de reprendre la route pour le voyage de retour à leur point d’origine.

Comment les oiseaux accomplissent-ils de tels périples, traversant des milliers de kilomètres et revenir à leur point de départ sans commettre d’erreur et avec une précision stupéfiante?

Avant de commencer leur long voyage, les oiseaux se livrent à des manœuvres au cours desquelles ils volent en groupes faisant beaucoup de mouvements dans différentes directions qui laissent stupéfait l’esprit de l’observateur. Durant ces manœuvres, les oiseaux, groupés sont amenés à voler de façon très serrée les uns aux autres sans jamais cependant qu’une collision se produise entre eux.

Les avions les plus perfectionnés qui se livrent avec prouesse à des manœuvres dans le ciel seraient incapables d’accomplir le prodige des oiseaux en vols groupés. Les avions ne pourraient pas voler en aussi grand nombre, et surtout ne seraient pas capables de voler en groupe de façon aussi serrée, comme le font les oiseaux migrateurs.

Outre les oiseaux, il y a aussi d’autres animaux et insectes qui sont dotés de système précis de navigation qui leur permettent de reconnaître les parcours et itinéraires exacts.

Quant à l’homme sous ce rapport, on ne peut dire de lui que ce qu’en dit Dieu dans le Coran:

« …car l’homme fut créé faible. » (Coran, 4:28)

Du point de vue de sa constitution physique, l’homme est de loin le plus faible des animaux, et il ne jouit pas de ces instruments et capacités biologiques dont bénéficient naturellement bien d’autres animaux. Mais il est doté des capacités intellectuelles et mentales sans commune mesure avec celles de tous les autres êtres naturels.

C’est que Dieu, pour compenser cette faiblesse organique chez l’homme, l’a doté de forces naturelles et de facultés qui l’aident à mieux percevoir l’univers qui l’entoure.

Dans les temps anciens, quand il n’y avait ni moyens de communications ni transports modernes, et quand l’homme n’avait pour seul moyen de transport que les montures animales, ses voyages et déplacements étaient constamment sous la menace de nombreux périls.

Les voyageurs pouvaient s’égarer dans les déserts et les grands espaces à cause du fait qu’ils ne pouvaient plus fixer des repères. Combien ont laissé leurs vies dans ces conditions, sans jamais atteindre leur destination!

Cependant les montagnes, les endroits élevés servaient de repères dans les routes des voyageurs et étaient une garantie de retrouver le chemin en cas d’égarement.

Le verset nous permet de comprendre cette réalité que Dieu a compensé l’homme, dépourvu de capacités naturelles semblables à celles des autres animaux, en lui faisant connaître la possibilité qu’offre les ondulations et les reliefs de la croûte terrestre. Les montagnes, les collines et tous les reliefs, les sources, les grottes dans les flancs des montagnes et les rivières servent ainsi aux hommes à repérer les différents points sans grande peine ni risque de s’égarer.

De nos jours, les pilotes, bien qu’ils disposent d’appareils électroniques performants, pour naviguer dans des couloirs aériens bien dessinés, continuent parfois de s’aider des sommets des montagnes, du tracé des fleuves pour s’assurer de la justesse de leur itinéraire.

Ceci est une des bénédictions de Dieu qui a ancré les montagnes, qui a créé les fleuves, et toutes les formes du relief de la géographie.