Chapitre 9

« — Si deux parties d’entre les croyants se combattent, eh bien! réconciliez-les. Si l’un d’eux avait commis un passe-droit au détriment de l’autre, combattez le coupable jusqu’à ce qu’il fasse retour au commandement de Dieu. Alors, s’il fait retour, eh bien! réconciliez les uns avec les autres dans la justice: soyez équitables, Dieu aime ceux qui opèrent dans l’équité. » (Coran, 49:9)

« وُ اِن طائِفتُانِ مِنُ المومِنِينُ اقتُتُلوا فاصًلِحوا بُيًنُهمُا فاِن بُغُتً اِحًدُيًهمُا عُليُ الاخًرُي فقاتِلُوا الّتِي تُبًغِي حُتُّي تُفِيُء اِليُ امًرِ اللهِ فاِن فآءتً فاصًلِحوا بُيًنُهمُا بِالعُدًلِ وُ اقسِطُوا اِنّ الله يحِب المقسِطِينُ » الحجرات: الاية (9)

La communauté du Prophète (SAW) se caractérise par la justice et la recherche du juste milieu. C’est ainsi que Dieu a voulu guider la Communauté de l’islam vers la voie droite, qui se tient loin des deux extrêmes de l’excès et du défaut.

Le verset précédent évoque le cas de la réconciliation entre deux parties qui se combattent. Ce verset juge entre les deux parties en toute objectivité, loin de toute forme de parti pris, afin que la réconciliation intervienne conformément à des critères rationnels, et non sur la base de sentiments ou de préférences personnelles.

Explicitons à présent la réalité que cache le verset.

Les conflits et antagonismes entre les individus ne prennent pas une seule forme. Les motifs et les cas de conflits sont multiples, ce qui a pour conséquence d’influer sur les modalités de la réconciliation éventuelle.

Le verset nous laisse entrevoir l’existence d’une distinction entre la simple animosité et les différents types de conflit.

Il est possible que le préjugé négatif, l’erreur ou les divergences dans les goûts et les opinions soient à l’origine du conflit. Dans ce cas, le Coran, recommande de réconcilier les deux parties, mais pas selon la clause figurant en fin de verset, où la réconciliation est conditionnée par l’équité.

« Réconciliez-les ». Ceci est à prendre en considération quand il n’y pas de personne physique ou morale, quelqu’un qui se rendrait coupable de prévarication, quand on est en présence d’une situation sans conflit ni confrontation. Dans ce dernier cas, il n’est pas nécessaire de recommander la réconciliation dans l’équité.

Mais si l’une des deux parties en cause recourt à la force, et prend l’initiative d’une agression, et foulant par là les critères moraux et humains sous ses pieds, il devient nécessaire dans ce cas de stopper l’agresseur et de le contraindre à se soumettre à la volonté de Dieu.

C’est là que le Coran insiste sur la réconciliation avec équité.

Il y a ici une question subtile qu’il est possible d’aborder. Les intentions de l’islam, ses objectifs éducatifs visent à l’édification d’une communauté musulmane sur la base de l’équité, de la justice, et éradiquant toutes les causes du comportement agressif parmi les individus de la société. C’est ce qui explique que le Coran insiste sur la réconciliation sur la base de l’équité.

La personne qui se charge d’instaurer la réconciliation entre les deux parties devra absolument rechercher les voies et moyens d’arriver à une solution équitable.

En d’autres termes, cela revient à éviter de ne pas tomber dans la compromission et la concession sur les principes. Car ce sont les agresseurs et les tyrans qui déclenchent les guerres pour s’arroger des privilèges et arracher aux autres leurs droits.

En pareilles situations, lorsque les médiateurs tentent de parvenir à la formulation d’un accord satisfaisant les deux parties, en convaincant une des deux parties à renoncer à ses droits, et à pardonner à son adversaire, cette attitude conduit à ancrer davantage l’esprit d’agression chez les personnes, et il arrive malheureusement très souvent que les agresseurs se voient reconnaître des privilèges en échange de leur accord.

C’est la raison pour laquelle le Coran insiste sur la nécessité d’ancrer l’esprit de la paix, sans accorder de privilège à une partie au détriment de l’autre.

D’où l’accent mis par le verset sur la paix juste, la nécessité d’affronter l’agresseur, et la concrétisation des objectifs éducatifs de l’islam consistant en l’instauration de l’équité.

Bien que les concessions et le renoncement à ses droits en échange de l’obtention de la paix, constituent parfois un élément positif, il n’empêche que les conséquences ultérieures d’une telle attitude peuvent s’avérer catastrophiques, car ce comportement en apparence pacifique contribue aussi à renforcer l’esprit d’agression et encourage à fouler au pieds les droits d’autrui.

A notre époque aussi, l’islam se propose de faire face à l’esprit d’agression, d’iniquité et d’éradiquer toutes leurs formes au sein de la société, afin d’assurer aux hommes la sécurité, la paix et afin qu’il ne soit permis à personne de recourir à la force pour s’arroger des privilèges au dépens des autres.