Introduction de l’auteur

La plus merveilleuse des créations de Dieu est sans doute la langue et la possibilité de communication qu’elle procure aux hommes. C’est par le lien du langage que les hommes ont établi leur première relation, les uns avec les autres. C’est par cet instrument que les hommes ont pris connaissance du potentiel des pensées profondes que recèlent leurs esprits, et ont pu les échanger. Les mots, les significations et la parole sont les moyens et les outils auxquels recourt le locuteur pour faire connaître ses intentions, ses pensées, et ses désirs…

La Parole divine et les versets qu’elle a révélé et qui nous ont été transcrits, nécessitent une capacité intellectuelle supérieure pour leur compréhension, bien que d’après leur expression, ils ne se présentent pas dans une forme exceptionnelle. Il faut un esprit préparé, débarrassé des erreurs de jugement, une personnalité qui ne soit pas sujette aux doutes et à la malhonnêteté. Car les versets émanent de la Présence Seigneuriale sacrée. Et l’Essence Très Sainte est sans aucun doute hors de portée des raisons particulières et des sagesses individuelles.

Par conséquent, la compréhension de la Parole divine nécessite un esprit et une sagesse exceptionnelle, transcendante. C’est sans doute la raison pour laquelle Dieu a employé le mot « descente » (nuzûl) pour désigner Sa parole. Car pour que les destinataires de ces versets, qui sont les hommes, puissent les recevoir, il fallait que le niveau supérieur de la parole soit mis au niveau de l’intelligence humaine, que la Parole incréée soit rendue perceptible par un être contingent.

La première étape de cette descente est celle du Cœur Très Saint du Prophète (SAW), car il est le seul et unique humain à être digne d’accéder aux sens parfaits des réalités des versets de Dieu.

« Dis: “qui peut se vouloir l’ennemi de Gabriel, lui qui fait descendre (le message) sur ton cœur, avec la permission de Dieu, en tant qu’avération de ce qui avait cours, et que guidance et que bonne nouvelle aux croyants..’’ » (Coran, 2: 97)

Quant aux autres humains, auxquels s’adresse aussi la Parole divine, ils reçoivent les versets de la bouche bénie de l’Envoyé de Dieu (SAW), c’est à dire qu’ils se situent dans une deuxième étape de la descente qui rend la compréhension des versets relativement plus aisée. C’est dans ce contexte que l’appel du Coran à méditer sur ses versets prend une signification. Car Dieu a exposé dans Son Livre des réalités et des idées, de façon qu’elles soient accessibles à ceux qui les reçoivent en proportion de leurs capacités respectives.

On peut même affirmer que chaque verset renferme un sens pour chacun des niveaux de l’intelligence humaine, dans le sens que par exemple le célèbre philosophe Mollâ Sadrâ expose dans son commentaire du verset:

« Nous leur ferons voir Nos signes sur les horizons et dans leur âme, jusqu’à faire éclater (à leurs yeux) que c’est bien là le Vrai. » (Coran, 41:53),

en s’appuyant sur les arguments des Véridiques, dans son ouvrage intitulé al-Hikma al-muta‘âliyya, appelé aussi al-Asfâr al-arba’a, les quatre voyages de l’esprit.1.

Ce n’est pas sans raison que Dieu appelle sans cesse Ses créatures à l’usage de leur intelligence pour la compréhension du Coran, et qu’Il insiste tant sur la nécessité d’approfondir la compréhension de Sa parole.

« Est-ce faute de méditer le Coran? Certains cœurs ne sont-ils pas verrouillés? » (Coran, 47: 24)

Trois mots, méditation, cœurs et verrous expriment la position spéciale du Coran dans la vie de l’homme. Oui, la seule voie offerte pour bien méditer dans le cours de la vie, briser les verrous de l’ignorance et de l’indifférence et retrouver la lumière des cœurs et des intelligences, est celle de la méditation profonde sur les sens des versets du Coran. Il est évident qu’un tel appel est valable pour tous les temps, et ne se limitera jamais à une époque particulière, ou à un moment particulier de la vie ou une période spécifique de l’histoire.

Certes, pour satisfaire leurs besoins matériels, les hommes peuvent tenter de tirer profit au mieux du don divin de l’intelligence, et tenter de les satisfaire du mieux qu’ils peuvent, mais pour l’éducation morale, spirituelle et l’élévation de la pensée, il y aura toujours nécessité de prendre en compte et de mettre en pratique les paroles révélées.

Cela ne sera facilité que par l’examen attentif et la méditation sur les versets coraniques, et l’acquisition de commentaires précis et bien argumentés de la Parole divine.

C’est la raison pour laquelle l’auteur du commentaire coranique Tafsîr al-Mîzân, Tabâtabâ’î (Que Dieu soit satisfait de lui), a dit: « Un commentaire du Coran, nouveau, mis à jour de façon à répondre aux besoins de l’époque, devrait être publié tous les dix ans. »

C’est cela même le sens du caractère vivant et éternel du Livre de Dieu. Un livre qui fut le plus grand miracle du Sceau des religions célestes, et qui s’est exprimé dans la langue du Sceau des prophètes.

Nous déduisons de ce qui précède que même s’il faut mettre en œuvre de la minutie et de la subtilité, et s’efforcer toujours de s’appuyer sur les arguments rationnels et traditionnels, afin de ne pas se laisser entraîner au commentaire libre, basé sur des opinions, au lieu et place d’un commentaire véritable —, tout cela n’empêche pas de faire l’effort de mener une recherche dans le domaine du Livre de Dieu, et de concevoir de nouveaux commentaires. Et ce d’autant plus que l’appel vivant et éternel du Coran invitant à la méditation sur les signes divins est toujours en vigueur!

Par conséquent, de même que durant les siècles passés, les docteurs de la Loi et les penseurs de la religion avaient pu mettre en évidence, grâce à leur persévérance, les réalités cachées dans les versets coraniques, de même à notre époque, aussi, cet effort devra se poursuivre inlassablement avec le même esprit et avec la même possibilité de dégager un trésor de significations nouvelles.

Car l’océan des sens des paroles divines est infini. Plus nous y plongerons, plus les perles scintillantes des significations éblouiront les yeux et les esprits. Tant il est vrai que même le mot océan ne suffit pas pour servir de métaphore à l’infinité des paroles divines:

« Si la mer se faisait encre pour (transcrire) le langage de mon Seigneur, elle s’y épuiserait, même si Nous en doublions l’étendue, avant que ne s’épuisât le langage.» (Coran, 18:109)

Les pages qui suivent, même si elles ne concernent qu’une partie infime des versets coraniques, constituent néanmoins un pas, si modeste soit-il, dans la concrétisation de cet objectif.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous devons appeler l’attention du lecteur sur deux points.

a) Ce que nous évoquons sous le titre de Réalités cachées dans les versets coraniques, ne sont que de simples compréhensions qui se sont présentées à l’esprit de l’écrivain. Il est évident que ces intuitions, comme tous les points de vue exprimés au sujet des versets coraniques, ne sont jamais le reflet parfait de l’intention réelle et certaine de Dieu dans les versets. Il faut donc observer la règle qui est de rigueur en la matière, lorsque tout le commentaire a été dit au sujet d’un verset, de prononcer la fameuse réserve: Allahou a’lam! Dieu est plus savant!

b) Que des savants puissent diverger au sujet des thèmes de discussions, ne constitue pas une raison pour rejeter leurs points de vue. Car, comme nous l’avons dit, les conclusions et les compréhension de l’auteur au sujet de certains versets coraniques sont des sortes de points de vues particuliers, qui doivent être pris en compte, à l’instar des autres points de vue et idées exprimés par d’autres commentateurs...

Seyyed Mujtaba Mûsavi Lârî
Qom, Mehr 1382 (Septembre 2003)

  • 1. Au sujet de Mollâ (Mullâ) Sadrâ Shirazi, philosophe iranien du XVIIème siècle, nous renvoyons le lecteur francophone à l’œuvre de Henry Corbin et de ses élèves (note du traducteur).