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Le principe premier est sans cause

Les partisans du matérialisme sont très pointilleux sur la question de l'argument de l'absence de cause pour l'existence de Dieu qu'invoquent les croyants. Ils disent que si l'on accepte le créateur et qu'on voit en lui la source de toute l'existence, pourquoi le Créateur ne serait - Il pas Lui aussi sous la loi de la causalité.

Bertrand Russel a déclaré lors d'une conférence tenue à la société nationale laïque à Londres:
“Un jour que je lisais à l'âge de 18 ans l'auto biographie de Stuart Mill, mon attention fut attirée par une de ses citations:
“Lorsque j'ai demandé à mon père:” “Qui est notre créateur”, il ne m'a donné aucune réponse, parce qu'immédiatement la question allait se poser: “Qui a créé Dieu?”! Russel poursuit: Aujourd'hui aussi, quand je pense à cette phrase banale, je m'aperçois qu'elle exprime un sophisme au sujet de la cause première, parce que comme toute chose doit avoir une raison ou une cause, l'existence de Dieu devrait aussi avoir une cause. Et si quelque chose devait exister sans cause ni raison, cette chose pourrait être Dieu ou l'univers. Par conséquent la discussion est sans intérêt.”1

Malheureusement certains philosophes théistes de l'occident ont été eux aussi incapables de résoudre cette question. Herbert Spencer, philosophe anglais, écrit à ce propos:
“Le problème consiste en ce que d'une part la raison humaine cherche pour toute chose une cause, et que d'autre part, elle se refuse au cercle vicieux et à la chaîne ininterrompue de la causalité. Elle ne trouve pas la cause, et ne la comprend pas. Comme au prêtre qui dit à un enfant: “C'est Dieu qui a créé le monde”, l'enfant demande: “Qui a créé Dieu?”

Ailleurs, il écrit:
“Le matérialiste s'efforce de croire que le monde a une existence intrinsèque, sans cause, et éternelle. Mais nous ne pouvons croire en quelque chose qui n'a pas de commencement, et de cause.
Le croyant, fait à ce sujet un pas en arrière et dit: “C'est Dieu qui a créé l'univers”, et l'enfant soulève une autre question qui demeure sans réponse: “Qui a créé Dieu?”

Nous renvoyons cette objection aux matérialistes mêmes. Nous leur demandons: si nous suivions la chaîne de la causalité, nous arriverions à la première cause; disons qu'elle n'est pas Dieu, mais la matière. Mais alors dites - nous qui a créé la materia prima, la matière originelle?

Toute chose est l'effet de la matière, dites - vous. De quelle chose la matière est - elle l'effet?
Vous affirmez que tout évènement procède de la matière - énergie; quelle est alors la cause de la matière - énergie.

Tenant compte de ce que la chaîne des causes et des effets ne peut pas être infinie, il ne peut y avoir d'autre réponse, que de dire que la matière est un être infini et éternel qui n'a pas besoin de cause; et auquel on ne peut déterminer un commencement. La matière aurait aussi existé depuis toujours, et ne connaît ni fin ni commencement et son existence émane d'elle - même et de sa propre nature.

Nous vous rétorquerons alors qu'ainsi vous admettez le principe du non - commencement et de la prééternité, et vous soutenez que toutes les choses procèdent de la matière éternelle, que l'existence aussi a surgi d'elle, sans qu'elle - même ait eu besoin d'un producteur.

Au cours de la même conférence, Russel évoque ce point et dit:
“Il n'y a pas non plus de preuve que le monde ait eu un commencement. Penser que les choses doivent avoir un commencement naît en fait de la pauvreté de notre représentation.”2

Tout comme M. Russel considère la matière comme éternelle; les croyants attribuent cette même qualité d'éternité à Dieu.

Par conséquent la croyance en l'existence d'un être éternel est commune aux philosophes matérialistes et théistes. De même, les deux groupes acceptent l'idée d'une cause première. Leur divergence consiste en ce que pour les théistes, la cause première est douée d'intelligence et de volonté, alors que pour les matérialistes, la cause première n'a rien de tout cela.

Donc, la négation de Dieu ne résout pas le problème de l'éternité.

Outre cela, la matière est sujette au changement et au mouvement. Son mouvement est intrinsèque et dynamique. Or l'éternité ne s'accorde pas avec le mouvement intrinsèque. La matérialité et l'immutabilité sont deux propositions contradictoires, et ne peuvent coexister dans une même chose. L'essence est toute entière immuable. Il est impossible qu'elle soit affectée par le mouvement.

Comment alors les partisans du marxisme qui reconnaissent que la matière est accompagnée de son anti - thèse peuvent - ils justifier aussi son éternité?

Eternité signifie immuabilité intrinsèque et non anéantissement alors que la matière est de par sa nature un ensemble de forces et d'aptitudes, la relativité même, un cycle de vies et de morts.
L'éternité ne s'accorde aucunement avec le mode d'existence de la matière et de tout ce qui participe à sa nature. Quand les croyants acceptent un principe absolu et immuable, ils ne le font qu'au sujet d'un être ayant les qualités d'absoluité et de permanence. Or la matière, a entre autres particularités, celle de refuser la permanence et l'éternité, et d'être en mouvement constant et relatif, ce qui est en opposition totale avec la perfection et l'absolu.

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